Le prochain entretien d’embauche que vous passerez pourrait être celui de
La Méthode. Thriller psychologique au croisement du
Couperet de Costa-Gavras et de la « télé réalité » dans ce qu’elle a de plus nauséabond, le film du réalisateur argentin Marcelo Piñeyro dresse dans un huis clos parfaitement maîtrisé un constat glacial des conditions de recrutement telles qu’elles pourraient se pratiquer dans certaines grandes entreprises. Si le scénario co-écrit avec le scénariste d’Alejandro Amenábar d’après une pièce de théâtre réserve joliment son lot de trahisons, de manipulation et de retournements de situation, la réalité qu’il dévoile est peut-être bien plus sauvage et cruelle …
LA METHODEUn film de Marcelo Piñeyro
Avec Eduardo Noriega, Najwa Nimri, Ernesto Alterio, Pablo Echarri, Eduard Fernández, Carmelo Gómez, Adriana Ozores, Natalia Verbeke.
Durée : 1h55
Sortie : 20 septembre 2006Sept cadres, dont deux femmes, postulants dans une multinationale sont convoqués ensemble pour s’éliminer les uns après les autres afin d’obtenir un poste très haut placé. Entre compétitivité exacerbée et alliances sans scrupule, secrets dévoilés et luttes d’influences, tous les moyens sont bons pour enfoncer son voisin. D’autant que livrés à eux-mêmes, les candidats en viennent vite à comprendre qu’ils sont peut-être observés par des caméras, voire qu’un psychologue de l’entreprise s’est glissé parmi eux… Sélectionné au 24ème Festival du Film Policier de Cognac le printemps dernier, on pouvait se demander en quoi
La Méthode se rapprochait du film policier en l’absence de criminel et de cadavre. Pourtant, le film peut se voir comme le reflet intériorisé, aux blessures internes du
Couperet, car là où José Garcia éliminait physiquement les candidats au poste qu’il briguait, les cadres de
La Méthode s’éliminent psychologiquement avec tout autant de férocité et de violence, ramenant naturellement le film au genre du thriller psychologique. Ainsi, si le film de Marcelo Piñeyro dispense une violence beaucoup moins visuelle et frontale que le polar de Casta-Gavras, elle n’est pas moins sous-jacente dans chacune des attaques que subissent les candidats, révélant quelque part le meurtre d’une certaine humanité.
Sans être une satire assumée du monde de l’entreprise,
La Méthode a comme autre point commun avec
Le Couperet une charge contre une société ultra capitaliste broyant les individus, à ceci près qu’elle est beaucoup plus insidieuse. La représentation du monde économique contemporain est ainsi à la fois très subversive, mais aussi très implicite, comme en témoignent les manifestations contre le FMI qui se déroulent dans la rue et que l’on entend sans que l’on puisse les voir, mais que les candidats coupés de ce bas monde observent du haut de l’immeuble de l’entreprise. Car à l’instar de la violence ou de la critique sociale, c’est derrière les apparences que se cachent les véritables personnalités de ces sept cadres bien propres sur eux.
Derrière leurs costumes impeccables et leurs sourires de cadres dominants, les postulants laissent alors apparaître des loups à l’affût de la moindre faiblesse pour se dévorer entre eux. Remarquablement menée, l’histoire distille dans un climat de suspicion et de paranoïa tous les ingrédients du suspense et des faux-semblants, déployant des épreuves psychologiques assassines pour évincer les candidats.
Si le réalisateur affirme qu’il est resté en deçà de la réalité par rapport aux méthodes de certaines entreprises, le procédé ajouté au huis clos rappelle furieusement certaines émissions de télévision, du
Maillon faible à la « télé réalité », laissant apparaître avec l’élimination d’un candidat du groupe, humiliations, manipulations, alliances (parfois sexuelles) et luttes d’influence, sans oublier une bonne dose de voyeurisme. En filigrane, une fois encore, Marcelo Piñeyro décrypte les soubassements psychologiques de notre société actuelle rangée au zapping humain, et derrière les apparences d’un cocon ouaté au design épuré et à la douce musique lénifiante emplissant les couloirs de l’entreprise, il révèle l’hypocrisie et les trahisons que couvent les plus bas instincts du petit groupe.
Avec une image lisse et soignée, la réalisation est à l’avenant du propos. Tout semble d’une élégance remarquable mais la violence sous-jacente est sans concession, comme le montre le dernier plan du film. Parvenant à tenir le spectateur sous tension dans un huis clos pendant presque deux heures, Marcelo Piñeyro signe avec
La Méthode un beau thriller psychologique qui en dit plus que ce qu’il laisse voir.
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