Les rues froides de Paris assombries par la violence de la première Guerre Mondiale qui se prolonge. Une enfant, misérablement vêtue, contemple sa mère qui chante au loin, l’attend. Elle lui est ravie quelques mois plus tard par son père qui la confie à sa propre mère, tenancière d’une maison close. Elle y est élevée jusqu’au jour où son père, contorsionniste de formation, l’emmène avec lui sur les routes. Elle y débute sa carrière avec des chansons populaires qui enchantent les passants. C’est ainsi que la jeune Edith est repérée en 1935 par Louis Leplée, gérant d’un cabaret. Bouleversé par sa voix, par son aura, il lance la Môme Piaf.
LA MOME
Un film d'Olivier Dahan
Avec Marion Cotillard, Jean-Pierre Martins, Gérard Depardieu, Clotilde Courau, Jean-Paul Rouve, Sylvie Testud, Pascal Greggory, Marc Barbé, Caroline Sihol, Emmanuelle Seigner
Durée : 2h20
Sortie : 14 Février 2007
La vie en rose, La foule, Non, je ne regrette rien, Hymme à l’amour, L’homme à la moto… Des chansons qui ont marqué toute une génération, qui continuent à nous faire frissonner, fredonnées dans le monde entier et, emportée par ces chansons, une femme, fluette, tout de noir vêtue, fragile et puissante, farouche et rebelle, gouailleuse et despotique, mais terriblement séduisante de par sa seule présence, pénétrante, sa voix unique, intense. Difficile d’incarner une figure aussi forte, aussi impalpable, de la faire revivre. Un pari audacieux relevé brillamment par Marion Cotillard, emblème, au-delà du personnage Piaf, de ce film. C’est sa prestation, bouleversante, que l’on retient en premier lieu en se posant, une fois l’émotion première passée, sur ce récit. Derrière le maquillage qui la transforme littéralement, ce sont les gestes, les attitudes, les regards qu’elle a su saisir. Elle ne se contente plus de jouer, elle habite, incarne Piaf, semble s’être laissée envahir par les doutes, les angoisses de la femme.

Car plus que sur l’artiste, c’est sur la femme que s’attarde Olivier Dahan, Une femme cassée par la rudesse de la vie, de la mort, de la maladie. Il met très peu en avant son parcours de chanteuse, son ascension, la séductrice qu’elle était, qui a lancé Yves Montand, Charles Aznavour, Georges Moustaki, ses innombrables passions, tout aussi lumineuses que dévastatrices. De l’éternelle amoureuse, il ne retient qu’une liaison, celle avec Marcel Cerdan, s’arrête sur ce coup de foudre qui la transporte, l’irradie, la déchire, l’anéantit. Elle ne se remettra jamais de la disparition soudaine de celui qui avait apparemment su la rendre sereine, lui apporter un réel équilibre.
Le cinéaste transfigure d’ailleurs l’ultime scène de leur relation, une séquence tranchante, représentative de son univers, de cet esthétisme onirique dont il est friand et qui imprègne ce film, lui donne presque parfois la tonalité d’un conte fantastique.
Pour mieux cerner la douleur qui émane de la femme, Olivier Dahan s’est donc concentré sur certains des épisodes les plus poignants de sa vie, ses déchirures, à commencer par celles de son enfance, ses égarements, la turpitude qui l’entoure, la drogue à laquelle elle se retrouve assujettie et il transcende ainsi la détresse d’Edith, celle qui transperce dans ses chansons, lui apporte cette force qui l'a rendue éternelle. Il s’arrête sur ce qui a fait d’elle cette chanteuse unique en insistant sur ses choix, souvent spontanés, directs, liés à des rencontres, impromptues et inattendues avec de jeunes auteurs. C’est ainsi que l’un d’eux, en forçant sa porte d’entrée, en lui fredonnant un « non rien de rien, non je ne regrette rien » lui donne le courage de remonter sur scène. Il cherche à comprendre ce qui l'a rendue aussi fascinante, revient sur son apprentissage aux côtés du compositeur Raymond Asso qui, après l’assassinat de Louis Delpée, la façonne, devient son Pygmalion, sur sa rencontre avec Marguerite Monnot, qui écrivit et interpréta ses plus belles mélodies, donne la parole à ceux qui ont fait d’elle la femme qu’elle est devenue, entière et poignante.


Pour mieux cerner l’artiste au travers de la femme, au travers de ses meurtrissures, il a choisi du coup de briser la temporalité de son récit, de s’axer sur des moments précis de son existence, des moments qui la définissent, expliquent une attitude, une chanson, ce qui lui permet de la suivre en évinçant des pans entiers, en passant de son enfance à sa déchéance, de sa gloire à ses premiers pas, de façon totalement déstructurée, la force émotionnelle se dégageant de chacune de ces parenthèses étant sa seule finalité. Du coup, si le film nous transporte, il ne peut être considéré comme un portrait fidèle de l’artiste, présentée ici dans ce qu’elle a de plus sombre. Olivier Dahan, dont le parti pris est intéressant, oublie l’égérie lumineuse qu’elle a été, passe très vite sur l’éclat de sa renommée, celui de l’amante passionnée et irrésistible, de la star généreuse qui a apporté beaucoup au monde de la musique. Des traits de sa personnalité probablement plus médiatisés, raison pour laquelle Olivier Dahan s’en est probablement détourné, préférant faire revivre avec sincérité la môme qu’elle a toujours été.