L'HISTOIRE : Quelque part dans la jungle, une jeune fille a jadis été agressée par deux hommes. Quelques jours plus tard, on devait retrouver les corps de ses agresseurs dans les eaux d’une rivière voisine, flottant au fil du courant, mais nul ne sut jamais ce qu’il était advenu de la malheureuse jeune fille, ni qui ou quoi avait pu lui sauver la vie.Des moments simples d’émotion et des séquences hallucinées
Après Ploy, présenté à la Quinzaine des réalisateurs il y a trois ans, le thaïlandais Pen-ek Ratanaruang propose La Nymphe, annoncé comme un film d'horreur érotique, dans la section «Un certain regard».
La première scène est un plan-séquence d’une beauté inouïe. La caméra plonge dans la jungle des maladies tropicales chères à Apichatpong Weerasethakul et capte de loin le viol d’une fille par deux hommes. Le plan continue et révèle que les rapports de force se sont inversés (les deux violeurs flottent morts, dans la rivière). Un miracle divin? Une manifestation secrète de la nature? On ne sait pas. La victime, elle, a disparu. Plan suivant : le spectateur pénètre dans une nouvelle sphère floue, celle d’un couple a priori accordé avec l’existence mais dont l’amour s’est étiolé dans la monotonie. Lorsque l’homme propose à la femme de partir en reportage sur la faune et la flore dans la jungle, ils vont vivre un cauchemar à la faveur perverse d’un coup du destin qui se transformera en exorcisme. Au bout du périple, la femme qui a cocufié son époux avec son patron va se rendre compte du lien amoureux sacré qui les unit.
Le cinéaste Pen-ek Ratanaruang qui avait atteint un sommet avec son précédent long-métrage, Ploy, opère la fusion du cinéma moderne et du cinéma de genre par l’immersion du fantastique et de l’horreur au sein de questionnements existentiels d’une fiction de couple. Ici, il utilise son talent d’invocation de toutes les invisibilités, comme si le réel fourmillait de matière ectoplasmique, pour scruter la lente réconciliation d’un homme et d’une femme qui s’aiment mais vivent sur deux planètes différentes (elle est urbaine, il est artiste). Après une bonne heure d’errance entre effroi et néant, le récit quitte la piste du Blair Witch Project pour revenir en ville et montrer les efforts pour reconsolider le lien défait. Des moments simples d’émotion et des séquences hallucinées (une scène d’amour dans la jungle entre la nymphe et le photographe) voire surréalistes (la femme retenue par la nature qui renaît d’un arbre) rappellent que Pen-ek Ratanaruang sait mieux que personne filmer l’amour à mort.