L'idée même de remplacer Peter Sellers par Steve Martin apparaissait déjà come un crime de lèse-majesté à l'égard des fans de ce comique britannique particulièrement inoubliable dans l'imperméable mastic froissé de l'inspecteur Clouseau de la Sûreté, seul policier belge doté d'un accent aussi improbable. Et puis, il a fallu se rendre à l'évidence : cette Panthère Rose-là n'entendait pas marcher sur les traces de son illustre aîné, mais faire table rase du passé en revisitant ce qui est désormais un mythe. Steve Martin est donc devenu un flic parisien, régulièrement relégué à la circulation par son supérieur jaloux, qui brille autant par sa maladresse congénitale que par son instinct miraculeux lorsqu'il s'agit d'élucider une ténébreuse affaire. C'est une fois de plus le cas dans cet opus deux du Revival où il est obligé de faire équipe avec les plus fins limiers de la planète pour démasquer un monte-en-l'air insaisissable.

Ce qui est bien avec
La Panthère Rose 2, c'est que l'intrigue policière n'est qu'un prétexte. L'important, ici, c'est la façon dont Clouseau dévaste tout sur son passage, alors même qu'il a à peu près tous les autres personnages du film contre lui, à commencer par son supérieur hiérarchique, Dreyfus, qu'interprète l'ex-Monty Python John Cleese qui réussit la prouesse de succéder à l'inoubliable Herbert Lom qu'on pensait insurpassable sur le registre de l'atrabilaire congénital. Le plaisir qu'on peut prendre à ce film sans prétention repose davantage sur des données quantitatives que qualitatives. En l'espèce, Steve Martin est un digne héritier des grands burlesques, ne reculant devant aucun effet pour taquiner nos zygomatiques, pas même devant les fameuses tartes à la crème. C'est dire que la finesse n'est pas de mise, mais qu'on s'amuse bien.

La cerise de ce gâteau parfois limite indigeste, c'est sa distribution incroyable. On a même la surprise de découvrir dans le rôle des bonus cachés (au générique) Jeremy Irons, Judith Godrèche et même… Johnny Hallyday dans une très brève apparition. Il faut voir Clouseau s'en prendre au Pape ou jouer les pyromanes récidivistes pour mesurer la folie réjouissante de cette farce dont tous les gags ne figurent pas dans la bande-annonce, ce qui constitue déjà en soi une qualité suffisamment rare pour mériter d'être soulignée. Il faut dire que même relégué à la fonction subalterne de contractuel incapable de libeller une contravention pour stationnement interdit, sa capacité de nuisance demeure intacte. C'est même pour ça qu'on l'aime. Qu'importe dès lors que la mise en scène soit réduite à sa plus simple expression. On n'en attend pas autant de ce genre de films.