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La Personne aux deux personnes

La critique d'Excessif

4/5
personne_aux2_personnes_vig L'HISTOIRE : Gilles Gabriel (Alain Chabat), ex-star de la chanson des années 80, meurt dans un accident de voiture causé par Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil), petit employé coincé de la COGIP, une grande entreprise de La Défense. Mais Gilles n'est pas totalement mort : son esprit a en fait atteri dans la tête de Jean-Christian qui ne comprend pas bien qui lui parle tout d'un coup. Quant à Gilles qui conserve toute sa fougue, il n'a pas le contrôle des mouvements de son hôte. Gilles et Jean-Christian passent par tous les états avant de se rendre à l'évidence : il va falloir faire avec, à deux dans la même personne, malgré leurs personnalités opposées. Condamnés à une extrême promiscuité, ils vont s'apprivoiser, s'épanouir et se surprendre.
Dans le contexte hexagonal, ce délire fait agréablement tache.
Incontestablement, les réalisateurs Nicolas et Bruno (pas de patronymes) aiment l’absurdité nichée au cœur du quotidien dérisoire, les personnages qui s’emmêlent les pinceaux dans leurs cerveaux, la tristesse diffuse des grands enfants en bisbille avec le monde adulte. En surface, leur premier long métrage, La personne aux deux personnes, se présente comme une satire de la variété française des années 80 et de tous ces vinyles à base de synthés et de refrains rudimentaires qui n’auraient jamais dû ressortir de leurs cartons. A l’arrivée, ce n’est qu’un prétexte pour raconter le périple existentiel d’un comptable loser, employé de la COGIP depuis près de vingt ans, qui devient un winner grâce à l’ange Gilles Gabriel. Son quotidien ? Minable. Sa rencontre avec GG ? Extraordinaire. Son rêve le plus fou ? Buter les collègues en chantant du Jackie Quartz. Juste une mise au point (traduit ici « mise au poing ») ? Non, mieux : l’une des meilleures nouvelles françaises depuis… Depuis quand au fait ?



Nicolas et Bruno, les gars à l’origine de cette comédie hilarante, sont connus pour avoir fait les beaux jours de Canal+ à la fin des années 90 avec le "Amour, gloire et débats d'idées" dans Le vrai journal, de Karl Zéro (parodie à connotation politique de soap opera argentins) et le Message à Caractère Informatif, module d’environ une minute qui proposait un doublage de vieux films d’entreprise sur le principe cher au Grand Détournement : couper le son pour réécrire des dialogues absurdes. Pour le Message à caractère informatif, ils s’attachaient à des énergumènes qui vantaient leur sacro-sainte réussite sociale dans des décors dignes d'un épisode de Derrick. A l'image de cette directrice barjo annonçant à ses employés qu'ils seraient licenciés avant Noël, le sourire aux lèvres. Pour leur passage au long métrage, ils échappent au piège redoutable du sketch étiré sur une heure trente et surfent sur le revival musical des années 80 qui nourrit désormais tous les prime-time de TF1 le samedi soir. Contrairement aux apparences, ce n’est pas de l’opportunisme : Nico et Bruno ont toujours voué depuis le début un culte de la ringardise, une fascination candide pour les individus sinistres. La bonne nouvelle, c’est que La Personne aux deux personnes rassemble tout ce qui les a toujours fait rire. Récemment, Fabien Onteniente utilisait la nostalgie disco avec des ficelles populaires (voire populistes). Les deux cinéastes, eux, ne se débarrassent jamais de leur ton acide et ont le chic pour mettre en scène des situations poilantes qui ne caressent pas dans le sens du poil. C’est à la fois la qualité et la limite de leur premier long métrage: le sens de l’humour est si tordu qu’il n’a rien de consensuel. Le résultat est moins populaire et fédérateur que barré et personnel. Et l’on peut considérer cela comme une bonne nouvelle.


La personne aux deux personnes ne s'intéresse pas qu'au chanteur Gilles Gabriel (Alain Chabat) dont le clip Flou de toi a été très visionné sur You Tube et Dailymotion. Comme Jean-Pierre François (Je te Survivrai), Julie Piétri (Eve lève-toi) et autres Desireless (Voyage Voyage), il passe pour l’auteur d’un standard périssable qui faisait le bonheur des petits clous dans les années 80. A l’heure où tout se recycle et où les gens veulent oublier une réalité grisaille (surtout en ce moment), ces stars d'un tube connaissent un nouveau souffle, essentiellement lié à une certaine forme de nostalgie. Le personnage qui partage l'affiche avec Gilles Gabriel, c'est Jean-Christophe Ranu (Daniel Auteuil, au diapason), un personnage inintéressant au possible qui n’est pas membre de la COGIP par hasard (c’était déjà le nom de l’entreprise qui rassemblait les tocards dans le Message à Caractère Informatif). Le paradoxe comique veut que Gilles Gabriel, pote avec Herbert Léonard et Orlando, ait été retrouvé mort alors qu’il a écrasé un quidam (un argument absurde qui n’aurait certainement pas déplu à un Bertrand Blier). Pendant tout le film, le comptable Ranu est torturé par la voix du sosie de Félix Gray et apprend à devenir un winner sur les conseils de cette voix (intérieure?).


Inattendu dans cet univers (et finalement un peu moins lorsqu’on repense au fait que notre acteur national doit autant sa carrière à André Téchiné qu’à Claude Zidi), Daniel Auteuil provoque une performance involontaire. Il se laisse filmer gras du bide, avec ses slips bleu pastel, et joue sans broncher l’anonyme qui passe ses matins blafards à faire des coucous à des automobilistes ternes de la fenêtre de son studio minable à La Défense. La toile de fond, c’est le monde du travail, décrit comme froid et déshumanisé, pas si éloigné de la réalité, qui devient à son tour contaminé par ce revival eighties. Mais il ne faut pas chercher la vraisemblance (la scène du congrès est tordante). A la COGIP, les jeunes aux dents longues (Marina Fois, dans un rôle ingrat) sont dépassés par des ringards qu’ils sous-estimaient. Pour Ranu, dont les états d'âme sont comme les états d'Amérique, la fusion fantastique avec Gilles Gabriel le secoue comme une boule de flipper et devient une opportunité pour se comporter comme l'adolescent qu'il n'a jamais été et faire tout ce qu’il a oublié de faire pendant près de vingt ans: (re)découvrir la sexualité, apprendre à fumer, céder aux futilités, dire la vérité à ceux qui l’entourent. L’énergie qui en découle fait donc swinguer l’amertume.


A travers ce personnage, le film, finalement initiatique et pas seulement cruel (sinon il se serait étouffé dans son cynisme), montre combien est escarpé le chemin qui mène à ce quelque chose d’indistinct et d'étrange qui s’appelle reconnaissance et acceptation de ses sentiments. Et propose même une histoire d’amour où un quadra marginal malgré lui finit par être accepté dans toute sa singularité. Accessoirement, il permet de comprendre le succès actuel d’une Cindy Sander, recalée de l’émission La Nouvelle Star devenue buzz du net mais pas nécessairement pour de bonnes raisons. Ou plus anciennement de ces freaks chanteurs venus d’une autre époque comme Daphnièle, la miraculée de Joli Dauphin, Normand L’amour, le pépé bègue qui a fait son coming-out il y a deux ans, et autres Jean-Pierre Sauser, brave artiste qui essaye d’imiter Daniel Balavoine avec des synthés pourris. La personne aux deux personnes parle de tous ces papillons de lumière paumés sous les projecteurs qui provoquent autant la moquerie des uns que la tendresse d’une minorité déviante. C’est aussi et surtout une comédie drôle, schizo et efficace, qui ne ressemble à rien, si ce n’est à Nicolas, à Bruno et à toutes les choses bizarres qui se trament dans leurs cerveaux. Dans le contexte hexagonal, leur délire fait agréablement tache.

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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