L'HISTOIRE : Patty et Walter parcourent les routes d'Italie avec leur petit cirque depuis des années. Le quotidien des deux saltimbanques fait de représentations et de périodes plus creuses bascule un soir d'hiver lorsque Patty découvre une fillette abandonnée...
La Pivellina évoque le quotidien des gens du voyage et le sujet délicat de l’abandon d’enfant
Tourné dans une caravane à la périphérie de Rome, La Pivellina aborde le sujet de l'abandon mais plus généralement celui de l'enfance. Entre espoir et désillusion, Tizza Covi et Rainer Frimmel portent à l'écran les difficultés d'un couple d'artistes de cirque qui réussit malgré les années à rester uni dans l'adversité. Seule l'arrivée d'Asia va bouleverser cet équilibre.
La Pivellina est un film à part. Présenté comme un documentaire mais bel et bien fiction, le long-métrage de Tizza Covi et Rainer Frimmel interpelle. La lumière crue des premières scènes fait instantanément entrer le spectateur dans l'univers froid et austère de Patty et Walter, deux artistes de cirque désabusés. Si la découverte soudaine par Patty d'une fillette abandonnée est présentée comme l'un des ressorts scénaristiques du film, elle ne parvient pas pour autant à instaurer la tension dramatique à laquelle on pouvait s'attendre. Il est notamment dommageable que le déchirement provoqué par le retour de la fillette chez ses parents soit à peine effleuré.
L'apprentissage de la confiance
L'adoption temporaire d'Asia par le couple de saltimbanques permet néanmoins au réalisateur de poser un regard judicieux sur le quotidien des gens du voyage et les liens très étroits qui unissent les générations qui cohabitent à l'intérieur du camp. On notera à ce sujet la performance du jeune Tairo Caroli qui incarne avec une maturité saisissante un adolescent tourmenté qui parviendra néanmoins à établir un lien de confiance avec la petite Asia âgée de seulement deux ans. L'instauration de la confiance entre la fillette et sa famille adoptive d'un temps est d'ailleurs le point névralgique du film.
Un ensemble un peu décousu
Tizza Covi et Rainer Frimmel parviennent à déjouer les difficultés inhérentes aux tournages effectués avec des enfants en bas âge. La réalisatrice n'a de cesse de filmer la fillette dans ses moindres faits et gestes afin de capter de manière très subtile ses réactions de détresse et de joie éphémère. Si le rendu se révèle être attachant, l'accumulation de ces instants pris sur le vif donne à certaines scènes une sensation de longueur renforcée par un scénario à l'intrigue mince et dépourvue de rebondissements. Les séquences s'enchaînent souvent sans qu'aucune ligne directrice ne soit véritablement perceptible. Dès lors les tribulations de Patty et de sa petite protégée perdent grandement de leur intérêt. La quête de la mère biologique de l'enfant reste très superficielle et parvient à faire oublier qu'elle est pourtant le principal enjeu du long-métrage. La scène finale est en revanche une surprise qui pourra toutefois laisser perplexe nombre de spectateurs.
Hésitant entre documentaire et fiction, La Pivellina a le mérite d'évoquer sans tabou le quotidien des gens du voyage et le sujet délicat de l'abandon d'enfant. Si le caractère très linéaire de l'intrigue est souvent déroutant, on regrette également que l'univers du cirque dans lequel la fiction s'inscrit ne soit pas davantage mis en valeur.
Magali MENIN