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La Princesse du Nebraska

La critique d'Excessif

3/5
princesse_nebraska_tmpok L'HISTOIRE : Sasha est une jeune Pékinoise arrivée aux Etats-Unis depuis quelques mois pour poursuivre ses études dans une grande université à Omaha au Nebraska. Suite à des vacances passées en Chine où elle a rencontré Yang, un artiste de l’opéra de Pékin, elle se retrouve enceinte et décide d’aller avorter à San Francisco où se trouve Boshen, l’ex-amant de Yang. Américain sinophone ayant vécu en Chine, Boshen tente de convaincre la jeune fille de garder l’enfant. Mais Sasha est instable et traîne avec des inconnus rencontrés dans le quartier de Chinatown pour une soirée de beuverie. Insolente, voleuse, blasée, Sasha ne voit dans les Etats-Unis qu’un pays où l’on peut faire ce que l’on veut sans prendre de responsabilités. Pourtant l’épreuve de l’avortement va la transformer.
2 films, 2 Chine, 2 femmes, 2 langages.
Yilan, femme trentenaire divorcée, travaille dans une petite ville américaine depuis une douzaine d’années. Originaire de Pékin, elle s’est exilée aux Etats-Unis avec son ex-mari pour connaître une nouvelle vie. Après cette longue période sans avoir revu son père, M. Shi, ce dernier lui rend visite pour la première fois afin de l’aider après la séparation de son mari. L’incompréhension entre le père et la fille est totale. Lui ne comprend pas la manière de vivre de sa fille unique, elle rejette la conception familiale chinoise traditionnelle. L’indépendance acquise par la jeune femme est en totale contradiction avec la piété filiale observée par le père.
Sasha est une jeune Pékinoise arrivée aux Etats-Unis depuis quelques mois pour poursuivre ses études dans une grande université à Omaha au Nebraska. Suite à des vacances passées en Chine où elle a rencontré Yang, un artiste de l’opéra de Pékin, elle se retrouve enceinte et décide d’aller avorter à San Francisco où se trouve Boshen, l’ex-amant de Yang. Américain sinophone ayant vécu en Chine, Boshen tente de convaincre la jeune fille de garder l’enfant. Mais Sasha est instable et traîne avec des inconnus rencontrés dans le quartier de Chinatown pour une soirée de beuverie. Insolente, voleuse, blasée, Sasha ne voit dans les Etats-Unis qu’un pays où l’on peut faire ce que l’on veut sans prendre de responsabilités. Pourtant l’épreuve de l’avortement va la transformer.

UN MILLIER D’ANNEES DE BONNES PRIERES
Un film de Wayne Wang
Avec Henry O, Faye Yu, Vida Ghahremani, Pasha Lychnikoff
Durée : 1h25
Date de sortie : 30 juillet 2008


LA PRINCESSE DU NEBRASKA
Un film de Wayne Wang
Avec Ling Li, Pamelyn Chee, Brian Danforth, Patrice Lukulu Binaisa
Durée : 1h20
Date de sortie : 30 juillet 2008


Si le nom même de Wayne Wang ne réveille pas forcément les consciences, certains titres de films comme Coup de foudre à Manhattan, Vacances sur ordonnance (avec Queen Latifah et Ll Cool J), Win-Dixie mon meilleur ami ou encore Ma mère, moi et ma mère (avec Susan Sarandon et Natalie Portman) pourraient laisser penser le pire. Pourtant le changement de cap est radical, la comédie légère américaine laisse place à une vraie réflexion sur l’exil et l’appréhension d’une culture différente. Construit suivant le modèle du diptyque, Wayne Wang oppose deux figures féminines qui affrontent leurs difficultés d’intégration différemment. Deux films sur le même thème mais construits, tournés et montés de deux manières opposées. Le premier, Un millier d’années de bonnes prières, fut largement écrit et pensé avant le tournage. Le repérage des lieux, le casting de comédiens professionnels et les moyens employés dénotent une conception poussée, réfléchie et rigoureuse. Au contraire, le second film, La princesse du Nebraska, s’inscrit dans une continuation et fut abordé durant le montage du premier volet dans un espace-temps beaucoup plus resserré et improvisé, un tournage plus rapide essentiellement avec une caméra-épaule et un casting non professionnel. Ce procédé de films binômes, le cinéaste l’avait déjà adopté avec les couplets Eat a bowl of tea/ Life is cheap but toilet paper is expensive et Smoke/ Brooklyn boogie.


Par petites touches, Wayne Wang définit ses personnages, ceux du père et de sa fille d’un côté, ceux d’une jeune femme au comportement sans repère dans le second. La sobriété, la rigueur et le silence emplissent Un millier d’années de bonnes prières. Dans son appartement d’une zone pavillonnaire de la banlieue, Yilan a choisi de s’intégrer par son travail, son mode de vie et une pensée plus proche de la culture occidentale que de la pensée confucéenne. Dans La princesse du Nebraska, la frénésie et l’instabilité l’emportent. Sasha, bien plus jeune et surtout lâchée dans un monde fait de consommation et d’individualisme, gère son intégration de façon plus désordonnée et agressive. Dans les deux cas, une rupture nette avec le passé. Cependant Yilan a eu la chance de connaître les évènements de Tian Anmen, de se rappeler de son grand-père et de l’époque difficile dans laquelle ses parents ont vécu. Sasha, trop insouciante et peu curieuse, ne comprend pas le passé de son pays. Leur façon même de parler diffère. Yilan aide son père à découvrir de nouveaux mots anglais et explicite certains sens, elle parle un mandarin juste et raffiné. Sasha ne vit que par la communication technologique, un mandarin argotique et les insultes. Les mots ont essentiellement laissé place aux images nouvelles, rapides et fluctuantes.


A l’image de la société occidentale, la cellule familiale a dans les deux cas éclaté. Yilan révèle à son père les raisons de sa séparation avec son ex-mari mais n’en semble pas trop perturbée. Son indépendance comme sa solitude sont, aux yeux de son père, incompréhensibles. Sasha quant à elle repousse systématiquement les relations profondes et sincères. Seuls comptent l’instant, le désir et l’irresponsabilité. Sasha ne compte que sur elle, non pas qu’elle se sente seule et rejetée mais bien parce que vivre par et pour elle-même est sa seule conception de la vie sociale. L’espace des corps joue dans les deux films un rôle crucial. Sasha évolue dans un espace saturé, la mégapole de San Francisco aux rues bondées par les défilés excentriques et au quartier de Chinatown très fréquenté. Yilan, beaucoup plus en retrait de la ville, vit au contraire dans un espace paisible, ensoleillé émaillé d’espaces verts. Wayne Wang, lui-même exilé aux Etats-Unis depuis 1967 où il a effectué ses études avant de revenir à Hong-Kong puis de repartir, parle ici au plus juste de la condition des communautés chinoises installées sur le nouveau continent. C’est tout en subtilité qu’il dresse deux portraits dissemblables, mais partageant certains traits communs, de deux jeunes femmes modernes tournées vers un même modèle, celui de la société occidentale, tant dans ses charmes que ses dans travers.

David A.



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