L'HISTOIRE : En mémoire de son père adoré, la belle Tiana travaille jour et nuit pour réaliser son rêve : ouvrir le plus beau restaurant de la Nouvelle-Orléans. Alors que les obstacles se multiplient, elle embrasse une grenouille qui n'est autre que le Prince Naveen, jeune home gâté et irresponsable qui ne pense qu'à s'amuser. Ce baiser l'ayant transformée à son tour en batracien, Tiana va lutter contre les sorts vaudous de Facilier, le Maître des Ombres qui veut capturer le Prince. Obligées de fuir dans les bayous mystérieux de Louisiane, les deux grenouilles vont faire d'heureuses rencontres et se révéler l'une à l'autre alors que le danger malfaisant se rapproche.
Une très beau conte de fées dans la lignée des grands classiques de Disney
Pour son 49ème long-métrage d'animation, Disney a choisi de revenir aux sources de ce qui a fait le succès légendaire du studio en orchestrant un conte de fées musical dessiné à la main, dans la plus pure tradition de ses grands classiques. Réalisé par John Musker et Ron Clements, La Princesse et la grenouille est un véritable enchantement pour les sens, un film coloré et fantaisiste qui n'a rien a envié aux précédentes œuvres des deux créateurs de La Petite sirène et Aladdin.
Un conte de fées pas si classique
Volt, héros malgré lui a récemment tenu la dragée haute aux dernières productions 3D du même genre avec un spectacle emballant et intelligent mais il faut bien avouer que la douce surprise de retrouver un dessin animé Disney réalisé à l'ancienne a de quoi charmer dès les premières minutes du métrage. Avec ses décors pastel et foisonnants de détails, la Nouvelle-Orléans citadine reflète toute la musicalité et la chaleur d'une ville éclectique pendant que la retranscription du Bayou éblouit par le travail sur les clairs-obscurs et son atmosphère mystérieuse qui occasionne autant de dangers que de bonnes rencontres. Tout en parvenant à être épurée dans le style, cette richesse de textures génère un émerveillement majeur qui ne va jamais à l'encontre des émotions ou des personnages. Ce flot étourdissant de couleurs et de lumières est purement au service de l'œuvre et du récit.
En retrouvant ses fondamentaux narratifs et en accouchant d'une fresque formellement intense, l'équipe artistique n'a pourtant pas oublié d'injecter une bonne dose de spontanéité et de détourner les stéréotypes de cette histoire universelle, surtout au travers de son personnage principal. Si Tiana est la digne descendante de Cendrillon et La belle au bois dormant, la demoiselle a un caractère bien trempé. Courageuse et battante, elle est la cousine éloignée de Mulan et fait de cette aventure mystique où le vaudou est roi, un buddy movie endiablé. Affublé d'un prince grenouille suffisant et fainéant, la belle sort les dents comme elle livre son cœur. Sans temps mort et pour le meilleur, Tiana et Naveen, les deux batraciens que tout oppose, vont bientôt se tourner autour comme le jazz et la java.
Armstrong, je ne suis pas noir, je suis vert de peau
Outre cette somptueuse peinture de la Louisiane, La Princesse et la grenouille doit surtout sa réussite à son univers musical, faisant partie intégrante du décor dans lequel il s'inscrit. Habitué aux films d'animation après avoir écrit les partitions de James et la pêche géante, 1001 Pattes, Monstres & Cie ou encore Cars, Randy Newman délivre des harmonies dont les nuances parviennent à retranscrire toute la richesse d'une époque et d'un lieu qui ne jurait que par le zarico, le blues, le gospel et surtout le jazz. Le musicien libère une palette multi-genres et puisant dans les racines jazzy qui l'empêche de tomber dans une simple illustration sonore et balisée. Cette comédie musicale se sublime aussi avec un personnage haut en couleur : Louis, l'alligator qui veut intégrer un groupe pour pouvoir montrer son talent de trompettiste. Tous les morceaux du personnage sont interprétés par Terence Blanchard, l'homme qui a construit sa légende dans le genre et est devenu le compositeur attitré de Spike Lee depuis Jungle Fever. Cette somme de talents, associée à une direction artistique des plus emballantes, accouche de magnifiques séquences, comme cette virée au clair de lune où la joyeuse bande emmenée par Ray la luciole et son accent cajun, traverse les marécages du Bayou à la recherche de Mama Odie, une sorcière plutôt insolite. C'est d'ailleurs par la force de la caractérisation des personnages secondaires que la musique trouve un parfait allié. C'est eux qui impriment le rythme du long-métrage et permettent à ce dernier de ne jamais le voir retomber. Même le méchant Facilier, un sorcier qu'on dirait sorti de Pirates des Caraïbes, chante à tue-tête en invoquant les esprits de l'au-delà sur des percussions en transe inspirées de la magie noire. Au final, l'univers musical de La Princesse et la grenouille évite les écueils cul cul la praline et procure une émotion teintée de peur et d'amour, d'ombre et de lumière. La dualité d'une princesse noire et verte de peau qu'aurait apprécié Walt Disney.
Par Nicolas Schiavi
Du cinéma à la littérature, en passant par les jeux vidéo, voici un petit dossier sur ces jolies filles qui sous des apparences de paillettes et d'insouciance peuvent révéler un tout autre univers