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La Reine des pommes

La critique d'Excessif

2/5
Affiche du film La reine des pommes L'HISTOIRE :

Adèle aime Matthieu. Mathieu, lui, n'aime plus Adèle. Désespérée et profondément paumée, la jeune femme se retrouve chez une vieille cousine borgne qui tente par tous les moyens de lui redonner goût à la vie. Déjà en lui conseillant d'oublier celui qu'elle aimait tant en couchant avec d'autres hommes. Pierre, Paul, Jacques par exemple.

un goût revendiqué pour le cinéma de la Nouvelle Vague

Il y a souvent un petit quelque chose de différent dans les premiers films. Ce grain de folie, cette douce rêverie maladroite, cet aveuglement qui agace en touchant paradoxalement les points sensibles. Comme son amie Laure Marsac il y a quelques années, l'actrice Valérie Donzelli a succombé à l'appel de la caméra. Une tentative à des années lumières de la réussite timidement éclatante de son aînée - Le quatrième morceau de la femme coupée en trois, premier film expérimental et décalé sur l'errance d'une jeune femme - mais un essai quand même.

 

En apparence, La reine des pommes mobilise la quasi-totalité des éléments trop souvent inhérents au cinéma français dit d'auteur. Des personnages qui gagnent en originalité ce qu'ils perdent en réalisme, un goût revendiqué pour le cinéma de la Nouvelle Vague, une histoire ultrasimple que l'on sent fortement autobiographique, et bien sûr, une mise en scène qui frôle l'amateurisme assumé.  C'est d'ailleurs le premier choc du film - et le choix du mot n'est pas hasardeux. Cette image franchement laide qui, alliée à une réalisation grossière, offre une vision de Paris qui a rarement été aussi plate. L'argument économique est à invoquer pour la défense de la toute jeune réalisatrice, mais les contre-exemples ne manquent pourtant pas.  L'autre surprise vient du ton général. Des premières minutes aux derniers instants, Valérie Donzelli entretient cet équilibre dangereux entre le décalage amusé et le ridicule exaspérant. De toute évidence par choix, les personnages s'apparentent à des entités complètement vides, prétextes à amener des situations rocambolesques qui divertissent là où une cohérence narrative aurait reposé un spectateur avide de logique. Fallait-il vraiment utiliser le même comédien pour la totalité des rôles masculins ? L'idée ne manque pas d'intérêt lorsqu'elle est mise en parallèle avec la difficulté de cicatriser la plaie d'une rupture amoureuse. Fallait-il pousser le vice jusqu'à caricaturer les facettes de l'homme à coup de grosses lunettes et d'imperméable ? Pas si sûr. Au lieu d'appuyer la tonalité comique, le jeu des motifs et des dialogues poussés à l'extrême - entre la poésie de bas étage et l'accent bourge - sonne creux. Pire, ce décalage fait figure de maladresse.

 

La Reine des pommes

 
Les connaisseurs s'amuseront pendant un moment à remarquer le positionnement de la cinéphile Valérie Donzelli - Rohmer, Truffaut, Demy et par ricochet, Mouret et Honoré - mais cela reste une bien maigre consolation. Les efforts sont pourtant bien là, visibles et louables. Adèle se lève ponctuellement pour chanter son désarroi aux côtés d'une cousine qui se prête froidement au jeu, mais la sauce ne prend pas. Lorsqu'il s'aventure jusqu'à ses limites, l'humour fait mouche - « Adèle, tu peux me dire ce que cette Espagnole fait ici ? ». Et surtout, La reine des pommes prend de la valeur dans ses moments les plus sobres. La fin par exemple, simple et sincère, sans autre artifice que le regard neuf qu'Adèle pose sur le monde. Le personnage de Laure Marsac également, lointain écho de la vie d'Adèle qui ouvre et ferme discrètement son récit. Plutôt que ses tentatives maladroites et simplistes, ce sont ces petits instants de grâce que l'on retiendra du premier film de Valérie Donzelli.

 

 

Geoffrey CRETE

Le verdict des internautes

Total des votes : 6

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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