Le réalisateur de
El Asaltante (déjà présenté en 2007 lors de la semaine de la critique) revient sur la croisette avec son nouvel opus, La Sangre Brota. On sait l'exercice du second film terriblement compliqué après les espoirs fondés sur une première création. Qu'en est-il ici ? Le résultat se montre troublant, bouleversant et ne manquera pas de remuer une certaine vision des choses. S'appuyant sur de formidables comédiens, Pablo Fendrik tisse un film de famille fiévreux, érotique et volontairement violent dans ses confrontations internes. Comme si la cellule familiale était vouée à se disloquer pour trouver un nouveau souffle ?

La famille reste un thème indémodable du septième Art. Elle propose un cadre idéal, en tant que micro-société, à toutes les expérimentations d'un cinéaste qui s'en donne la peine. Si elle peut représenter un lieu de réconfort, une cellule saine où chacun peut s'y développer sereinement, elle peut aussi être l'incarnation des angoisses, des démons du passé qui se transmettent de génération en génération dans la descendance. Il s'agirait plutôt du deuxième embranchement dans la famille, centre de toutes les préoccupations, de La Sangra Brota. Dans la famille d'Arturo, le père donc, il y a le fils cadet, Leandro, sa cousine éloignée la troublante Romina, et la sensuelle jeune fille-piège Vanesa. Avec une galerie de personnages riches gravitant autour du noeud familial, le film de Pablo Fendrik dispose d'une belle palette de comédiens afin de porter son histoire de grande tragédie où le goût du sang et de la volupté habitent chacun des plans.

Avec une mise en scène privilégiant la vie urbaine, l'ambiance de la rue, la part d'aléatoire sur une palette de couleurs saturées et contrastées, Fendrik touche son but, provoquer les sens et susciter des réactions. Le style visuel du cinéaste s'atèle à saisir l'instant, à capter l'implicite derrière les postures physiques. Il y parvient par ce style unique mélange d'urgence et de sentiments exacerbés. Les sentiments enfouis du père (formidable Arturo Goetz par ce mélange d'instinctif, de fureur, et de sagesse) trouveront le meilleur révélateur possible à l'image. Mais il ne faudrait pas oublier la stupéfiante force des autres acteurs, plus particulièrement Nahuel Perez, de plus en plus impressionnant, ici en adolescent rebelle, rock-attitude, en perte de repères. Il joue d'une force communicative son personnage brisé en quête d'idéal. Le manque de communication annihile toute possibilité de compréhension du passé inconnu de sa famille, ce qui l'amène plusieurs fois à se confronter à son père. Une autre surprise vient de la jeune fleur dangereuse sous les traits de Ailin Salas. La jeune actrice, sous son apparence de nymphette sensuelle en diable, nous rend la terrifiante image du monstre enfoui sous des allures d'ange. Il s'agit sans doute de la très belle (et inquiétante) révélation du film.
Plein de bruits et de fureur, La Sangre Brota est avant tout un film sensitif exploitant toute l'étendue de la palette du cinéaste (les acteurs, l'histoire, les sons, les couleurs, le rythme, les cadres ...) pour restituer avec un talent indéniable l'éclatement des valeurs familiales (un point pouvant être mis en comparaison avec
Tokyo Sonata, vu lui aussi au Festival de Cannes 2008), et la force des non-dits qui vous rongent inlassablement jusqu'à l'éclatement. Bien loin de nous laisser indifférents, le violent destin tumultueux de tous ces personnages nous remue en profondeur et longuement après la vision, à l'image de l'ultime séquence du film semblant sans espoir quant à l'avenir des unités parentales. Les jeunes pousses trouveront-elles un meilleur avenir que leurs aïeux ?