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La Tourneuse de pages

La critique d'Excessif

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latourneusedepagesz2 L'HISTOIRE : Mélanie, jeune pianiste, tente le concours d'entrée au conservatoire mais échoue, perturbée par l'attitude désinvolte de la présidente du jury, une pianiste reconnue. Dix ans plus tard, les deux femmes se croiseront à nouveau. Mélanie saura se rendre indispensable en devenant la tourneuse de pages de la musicienne.
La Tourneuse de Pages est le cinquième long-métrage de Denis Dercourt qui est aussi professeur au Conservatoire National de la Région de Strasbourg. Cette familiarité avec l'univers de la musique, le réalisateur en use pour donner sa couleur bien particulière à ce thriller contemplatif qui séduit sans convaincre totalement.

LA TOURNEUSE DE PAGES
Un film de Denis Dercourt
Avec : Catherine Frot, Déborah François, Pascal Greggory, Clothilde Mollet, Xavier de Guillebon, Julie Richalet
Durée : 1h25
Sortie le : 9 août 2006

Mélanie Prouvost, onze ans, prépare assidûment le concours d'entrée au conservatoire, qu'elle espère remporter grâce à un don exceptionnel pour le piano. Mais alors qu'elle semble réussir l'examen, la présidente du jury perturbe délibérément sa prestation et c'est le cœur brisé que Mélanie renonce définitivement à la musique. Dix ans plus tard, elle est engagée comme stagiaire dans le cabinet d'avocat de Maître Fouchécourt, le mari de cette femme. Apprenant qu'il cherche quelqu'un pour garder son fils durant les vacances de la Toussaint, la jeune fille se porte volontaire et emménage dans la demeure du couple...


A travers l'histoire de cette jeune fille issue d'une modeste famille de bouchers qui voudrait faire payer à une bourgeoise établie l'abandon d'une carrière prometteuse, le thème qui émerge immédiatement de La Tourneuse de Pages est bien entendu celui de la vengeance sociale. L'idée de l'antagonisme de deux univers est d'ailleurs suggérée dès le générique d'ouverture, qui alterne les plans sur des mains gantées hachant la viande crue et les images ouatés montrant une petite fille en train de rêver tout en pianotant dans son lit, le tout enveloppé d'une douce musique au piano dont chaque note semble résonner en écho. Si elle ne fait finalement pas carrière dans la musique, Mélanie (Déborah François) va malgré tout pénétrer un monde qui ne lui était jusqu'ici accessible qu'en rêve, celui d'une famille immensément riche (les Fouchécourt logent dans ce qui s'apparente à un véritable château), monde dans lequel elle va réussir à se rendre indispensable. D'elle, on ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'elle est douée en piano et qu'elle est capable de violence, ainsi que le suggère sa réaction lorsqu'elle échoue à l'examen. Sur ces maigres fondations, le film va déployer un concept qui, s'il n'est pas nouveau, renferme toujours la promesse d'une certaine efficacité.



Contrairement à la plupart des thrillers américains du type La main sur le berceau et autre Fenêtre sur Pacifique, dans lesquels un étranger malveillant va s'employer à détruire la sérénité d'une famille ou d'un couple bien sous tous rapports, La Tourneuse de Pages ne cherche pas à défendre de quelconques valeurs familiales et le réalisateur entretient une certaine ambiguïté quant au parti qu'il adopte. Ariane Fouchécourt (Catherine Frot) a certes profondément blessé le cœur d'une innocente en annihilant son seul espoir de salut, mais lorsqu'on la découvre dans son intimité, dix ans plus tard, elle semble plus vulnérable que malveillante. De son côté, Mélanie a ses raisons et si certains de ses actes sont de toute évidence excessifs, il arrive qu'ils répondent à une situation effectivement intolérable pour quiconque. En devenant la tourneuse de pages d'Ariane, Mélanie ne tarde pas à s'imposer comme la béquille incontournable mais vouée à rester dans l'ombre de cette pianiste brillante qui a perdu confiance en elle. L'une comme l'autre paraissent se satisfaire de cette relation à la fois fusionnelle (Mélanie fait désormais "partie intégrante" d'Ariane) et hiérarchisée selon leurs âges et leurs statuts sociaux respectifs.


Plutôt que de jouer la carte du spectaculaire, Denis Dercourt opte pour une mise en scène limpide, mise au service d'une narration linéaire et d'une ambiance intimiste propices à révéler la dualité de ses personnages en tant qu'êtres humains. Les plans léchés, la photographie superbe, la musique très présente et parfois envoûtante, tout concourt à exprimer la fascination qu'elles exercent l'une sur l'autre. Cependant, ce parti-pris du classicisme, dans la réalisation comme dans le scénario, constitue aussi l'une des principales limites de La Tourneuse de Pages, peut-être tout simplement parce que l'"action" peine à décoller véritablement, en dehors des scènes de concert très réussies où le destin d'Ariane se trouve soudain suspendu à la bonne volonté de Mélanie dont les intentions demeurent impénétrables. Au lieu du tumulte que la première partie, très bien menée, laissait de toute évidence présager, le film finit par confiner à une certaine froideur. Et le talent de ses deux interprètes principales n'y change malheureusement rien. Le film aurait d'ailleurs gagné à se centrer encore davantage sur elles au lieu de s'égarer dans certains sentiers inutiles, tels la menace de représailles de Mélanie sur le jeune fils d'Ariane. Si La Tourneuse de Pages parvient à maintenir un certain suspense quant à la forme que va prendre la vengeance de la jeune fille, la tension n'est pas suffisamment maintenue jusqu'au bout pour que le dénouement de ce duel psychologique, plus subtil que certaines pistes le laissaient craindre, produise tout l'effet escompté.


En dépit de ses qualités, La Tourneuse de Pages laisse une impression un peu amère, celle d'un film lisse et élégant, agréable à regarder comme à écouter, alors qu'il aurait pu être bien plus que cela.

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