L'HISTOIRE : Pendant une semaine d'atelier, un professeur de collège propose à ses élèves une expérience ayant pour but de leur expliquer comment fonctionne un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôles aux conséquences tragiques. Au bout de quelques jours, ce qui avait débuté par des notions inoffensives telles que la discipline et l'esprit communautaire, devient alors un véritable mouvement : LA VAGUE. Le 3e jour, les étudiants commencent à exclure et persécuter ceux qui n'ont pas rallié leur cause. Quand le conflit éclate et tombe dans la violence lors d'un match de water-polo, le professeur décide de mettre fin à l'expérience. Mais il est trop tard. LA VAGUE est incontrôlable.
Problème entre la forme et le fond.
Parmi les nouveaux espoirs du cinéma allemand, il existe une petite bande de canailles rebelles qui veut tout bousculer, prendre le pouls de leur époque et filmer la réalité du monde d’aujourd’hui en envoyant paître les héritages des ancêtres Fassbinder, Herzog et Wenders. Avec La Vague, le réalisateur Dennis Gansel essaye de s'inscrire dans cette mouvance jeuniste et décortique à travers une étude du comportement les conséquences d’un "phénomène" gravissime : le retour au galop du fascisme ordinaire. A grand renfort d’artifices – mais aussi de clichés, il raconte comment une classe de collégiens finit par succomber au totalitarisme sous l’impulsion d’un prof marginal. Et c’est parti pour le clash.
Pendant une semaine d'atelier, un professeur propose à ses élèves une expérience ayant pour but de leur expliquer comment fonctionne un régime totalitaire. Il organise un jeu de rôles où les étudiants appliquent pour de vrai les directives d’un leader à la noix et prolongent l'exercice en dehors des heures de cours. Au bout de quelques jours, ils commencent à exclure et à persécuter ceux qui n'ont pas rallié leur cause. Bien entendu, les conflits explosent et ce qui commence comme une expérience finit en carnage. Difficile de ne pas penser à L’expérience, d’Oliver Hirschbiegel qui racontait il y a quatre ans la même histoire à un niveau adulte, avec de faux matons et de faux prisonniers, et étudiait dans un espace confiné la question du pouvoir sous toutes ses formes, selon qu’il s’exerce ou se subit. La Vague peut se défendre : c’est l’adaptation d’un roman écrit dans les années 80 par Morton Rhue qui s’inspirait d’une expérience effrayante menée en Californie dans un lycée de Palo Alto il y a cinquante ans par un professeur (Ron Jones) ayant transformé ses élèves en faction fasciste pour prouver à quel point un modèle totalitaire a toujours les bons arguments pour séduire.
Le constat filait tellement les jetons que certains ont tenté de remettre en cause la véracité des événements et donc de prouver que toute cette expérience n’était que du flanc pour faire flipper maman et papa sur le devenir de leurs têtes blondes. Transposée dans l’Allemagne d’aujourd’hui, cette histoire ne fait qu’éveiller les démons outre-Rhin et ressoude un parallèle bien pesant avec la seconde guerre mondiale en rappelant la docilité avec laquelle le peuple allemand a appliqué le nazisme. Le roman, lui, reste un outil d’auto-flagellation dans toutes les écoles en Allemagne où il est étudié chaque année avec la même ferveur. Dennis Gansel l’a mis en image pour la jeune génération. Il introduit un professeur au caractère anticonformiste (Jurgen Vogel, toujours génial, même dans les mauvais films), présenté comme un ancien punk passionné par les mouvements anarchistes, qui porte les tee-shirts des Clash et des Ramones, passe de la théorie à la pratique pour faire piger le concept d’autocratie à ses ouailles, regarde son petit théâtre de l’horreur, mais se trouve bien dépourvu lorsque tout se retourne contre lui.
Pour qui est familier avec le genre, le schéma narratif se révèle très classique voire mécanique (ce qui bannit toute ambiguïté morale) en divisant méthodiquement les clans (les réfractaires, les extrémistes et les résistants) et en détaillant des notions comme l’idée d’appartenir à une collectivité, le nationalisme ou le racisme ordinaire. Pour essayer de maintenir l’attention du public et éviter de paraître trop scolaire ou didactique, Gansel utilise des artifices visuels poseurs. Or, sous couvert de faire un Salo ou les 120 journées de Sodome à la sauce MTV, le cinéaste mélange la réflexion et le divertissement sans parvenir à créer une homogénéité pertinente. C’est le gros problème de ce film qui réduit au passage les élèves à de jeunes décérébrés qui ne sont pas motivés par des raisons politiques mais uniquement par goût pour la provocation gratuite. Tout est dans la frime. La Vague ressemble à un adolescent tête à claques qui pense être subversif en portant un tee-shirt du Ché. Restent les intentions toujours louables, quoique moralisatrices, de rappeler que l’on a tendance à oublier la fragilité de nos démocraties et qu’un rien peut les ébranler. C’est urgent et c’est contemporain. Oui, et après ?

La Vague, de l'Allemand Dennis Gansel, est un de ces petits films diffusés en circuit limité qui finissent par toucher leur public malgré les embûches grâce à la force de leur sujet ou de leur mise ...