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La Vengeance De Monte Cristo

La critique d'Excessif

0/5
contedemontecristoz2 L'HISTOIRE :
Clandestinement adapté par Martin Campbell à l'occasion du Masque de Zorro, le récit romanesque d'Alexandre Dumas n'est pas seulement attendu par les amateurs de ''cape et épée''. En effet, il marque aussi le retour de l'ex-espoir Kevin Reynolds, génie éphémère consacré par Fandango et La Bête de Guerre, mais depuis cantonné aux grosses machines à fric, qu'il emballe avec compétence mais sans grand enthousiasme. Inactif depuis le sous-estimé 187 : Code Meurtre, le voici qui s'attache à un projet apparemment sans risque pour réalisateur désireux de se refaire une carrière. Mais les apparences sont trompeuses : La Vengeance de Monte-Christo est un vrai challenge et Reynolds en profite pour signer un court-métrage clandestin, 20 minutes en état de grâce, sans doute ce qu'il a fait de mieux depuis 1988.

LA VENGEANCE DE MONTE CRISTO
Année : 2002
Réalisateur : Kevin Reynolds
Acteurs: Jim Caviezel, Guy Pearce, Dagmara Dominczyk, Richard Harris, James Frain
Durée : 2h10
Sortie : 17 avril 2002

''C'est Complexe !''

Suite à un accostage forcé sur l'île d'Elbe, le jeune Edmond Dantès se voit remettre un pli confidentiel par Napoléon en personne, sans savoir que ce message peut faire de lui un traître. Suite à une conspiration initiée par son meilleur ami, il est envoyé en prison au château d'If, une geôle de cauchemar perdue en pleine mer. Seul, abandonné, désespéré, il rumine sa vengeance...

En se frottant aux aventures Dantès(ques) du célèbre prisonnier du château d'If, Kevin Reynolds ne faisait pas forcément une bonne affaire. Car ils sont nombreux à s'être cassés les dents, ceux qui ont cru que les tartes à la crême de l'adaptation littéraire (Les Trois Mousquetaires, La Dame aux Camélias, Les Misérables et autres L'Homme au Masque de Fer) étaient des valeurs sûres : histoires maintes fois rabâchées qu'il faut rafraîchir un peu, comparaisons avec les aînés, coupes inévitables dans des matériaux ultra-foisonnants, risque de l'illustration empesée et académique. On ne donnera pas de noms, mais les vaincus furent nombreux. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Le Comte de Monte-Cristo est de loin le client le plus coriace. Presque tous les obstacles scénaristiques s'y donnent rendez-vous pour compliquer la vie des adaptateurs, à commencer par l'étalement de l'intrigue sur plus de 15 ans, sans parler d'une nette rupture de rythme au bout du premier quart (qui nous plonge dans un long huis-clos à deux personnages), du mélange des genres (romance, espionnage, intrigues de cour, prison etc), de la profusion de protagonistes, de la richesse de leurs interactions. Mais si cette histoire se distingue de ses voisins de rayons, c'est surtout par son extravagante invraisemblance, laquelle laisse loin derrière les ''grosses ficelles'' habituelles. La plus immédiatement gênante réside d'abord dans l'incapacité de tous les acteurs du drame (sauf de la femme qui l'aime) à reconnaître Edmond Dantès à son retour de prison : hormis une barbe et quelques rides, c'est le même homme. C'est bien simple, le film ne cherche même pas à expliquer cet étrange phénomène que l'on ne peut, jusqu'au bout, évacuer totalement de son esprit, même si on comprend que Dantès a changé, qu'il est devenu un étranger aux yeux de ses interlocuteurs. Un défaut pas très handicapant en comparaison de LA terrible épreuve, celle qui a flingué à bout portant quantité de versions, télé comme ciné : l'incontournable Abbé Faria !!



En prison depuis huit ans, traité pire qu'un chien, sans rien à faire, à peine nourri, au bord de la folie, logiquement privé de toutes ses forces, Edmond Dantès voit tout d'un coup émerger, en plein milieu de sa cellule, un vieillard hirsute qui se présente comme étant l'Abbé Faria, occupant de la cellule voisine creusant pour sa liberté. Ce dernier va : lui apprendre à lire et à écrire, lui enseigner toutes les langues étrangères et toutes les sciences, sans oublier l'escrime, lui expliquer qui a voulu le piéger, tout ça en bricolant durant sept autres années un tunnel jusqu'à la sortie et sans jamais être repéré par les gardes. Le meilleur pour la fin : Faria va également rendre le héros riche comme crésus et lui permettre indirectement de s'évader (mais pas comme on le pensait). Généralement présenté comme la pire chose au monde pour les scénaristes, l'écueil à éviter à tout prix, le Deux Ex Machina gagne ici ses lettres de noblesse. C'est bien simple, Faria sort littéralement de nulle part, apporte TOUT à Dantès sur un plateau puis disparait du récit sans autre forme de procès. Il incarne à lui seul la métamorphose du personnage et l'articulation centrale de l'histoire sans que rien n'ait préparé sa venue (à l'exception bien sûr des imprécations religieuses de Dantès, puisque Farria, contrairement à ses propres dires, est bel et bien un saint, un miracle venant réparer une injustice absolue). En l'état, nous voici avec un coup de force tellement monstrueusement gonflé qu'il impose d'emblée le respect. Ce qui, en littérature, peut passer grâce à la gestion des informations par l'auteur, pardonne rarement à l'écran, d'autant que cette scène suppose aussi une batterie d'éléments visuels flirtant avec le ridicule : les personnages marchent sur leurs barbes, discutent comme des gentilshommes tout en faisant rôtir du rat, s'exercent au combat dans des espaces de deux mètres sur deux et on en passe. Si nous insistons autant sur ce passage-clé, c'est que la façon dont Kevin Reynolds se tire de cet exercice permet, en l'occurence, de mettre en lumière les raisons de la demie-réussite du film.

Véritable court-métrage, cette séquence frappe par l'évidence de sa narration qui permet d'éviter l'écueil de l'inventaire évènementiel. Car le pire qui puisse arriver au passage de l'Abbé Faria est d'avouer à l'écran sa nature purement utilitaire (que nous avons mise en évidence plus haut), d'instrument scénaristique artificiel dépouillé de toute substance humaine. Bien au contraire, Reynolds semble à ce moment précis se réveiller, prendre contrôle de son film, lui donner corps et identité. On assiste vraiment à la naissance du personnage d'Edmond Dantès, troquant la stricte illustration feuilletonnesque contre l'authentique tragédie teintée de sérial. A tel point d'ailleurs que c'est le reste du film qui, en comparaison, fait office de passage obligé, de prétexte fonctionnel à ce segment magistral. On est alors tenté de définir les points forts de ce metteur en scène...



Kevin Reynolds est un réalisateur insulaire. L'île, présente visuellement (Rapa Nui, Waterworld) et thématiquement (le repaire de Robin des bois, perdu dans un océan de verdure) dans ses films ''commerciaux'' est aussi au coeur de ses deux grandes réussites : Fandango et La Bête de Guerre. Bâtis comme des road-movies, ces films se concentrent surtout sur l'isolement des voyageurs, retranchés à ce point dans leur véhicule qu'ils se coupent du monde. Un état de fait flagrant dans La Bête de Guerre où le tank apparaît comme un ilôt au milieu d'une mer de sable. Reynolds, sait comme personne générer alors un univers nouveau, autarcique donc auto-suffisant (la question étant les conditions et les limites de cet autonomie). Il construit des règles sociales et des enjeux délimités (géographiquement et humainement) qui lui permettent de larguer les amarres avec la réalité, de passer à un deuxième film, comme on accèderait à une strate supérieure ou à un degré plus profond de sommeil. Lorsque l'interaction entre le dedans et le dehors constitue la charpente du film (La Bête de Guerre), Reynolds livre une oeuvre d'une cohérence exemplaire. Dans le cas contraire, il ne peut que sauver ce qui lui correspond le mieux. C'est donc sans surprise que les meilleurs scènes de La Vengeance de Monte-Cristo se situent toutes sur des îles : l'introduction sur Elbe, le château d'If, la plage déserte où Dantès rencontre les pirates et , last but not least, la visite de l'île de Monte Cristo. Dans chaque cas, elle paraissent abouties, dôtées d'un respiration adéquat, en bref, il leur consacre le temps qu'elles nécessitent (c'est surtout vrai pour If, bien sûr). Cette particularité du metteur en scène explique plus son attachement au projet que le manque d'ampleur du résultat. Car au final Reynolds s'en sort avec les honneurs et prouve à de nombreuses reprises qu'il n'est pas mort, qu'il est encore capable de donner de vrais moments de cinéma. Malheureusement, son style ne s'épanoui que dans la durée, ce qui est aussi valable pour l'action (on se rappelle du combat final dans La Bête de guerre qui tirait toute sa force de sa succession d'actes manqués ou avortés étirant la situation en densifiant le suspense). Ceci explique pourquoi les duels du films nous touchent davantage dans leur dimension physique (le sadisme des personnages s'y exprime clairement) que chorégraphique ou épique.

Naviguant en eaux troubles, Reynolds pâtit d'un scénario simpliste qui relègue les circonvolutions de l'histoire de Dumas à quelques notes d'intention contenues dans les dialogues (''mes motivations sont complexes'', ''je vais les étudier pour mieux les faire souffrir''), fidèles à l'esprit du roman mais malheureusement en contradiction avec la suite du récit. Le corps de celui-ci, la vengeance torturée et savante de Monte-Cristo, se résume à une succession de saynettes évoquant par endroit un slasher en dentelles, tant la psychologie des personnages est réduite à sa plus simple expression. Là encore, l'ensemble est parfois aéré par les ralentissements rythmiques de Reynolds (le combat en ombres chinoises à Rome). Pensé comme une course de vitesse, le script aurait gagné à être adapté aux exigences de son marathonien de réalisateur, conteur minimaliste partiellement incompatible avec l'approche ''reader's digest'' de ce produit plaisant mais étriqué.

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