Prenez une présentatrice télévisée dont l’émission va prochainement s’arrêter, mariez-la à un homme en tous points idéal et attentionné. Confrontez-la ensuite à son avenir en pointillés et à ses attentes profondes. N’oubliez pas de faire venir dans le jeu, son ex-mari débordé qui l’a trompée et quittée pour une collègue et amie, depuis lors enceinte. Ajoutez enfin à tout cela, un écrivain antiquaire à l’homosexualité très assumée et vous obtiendrez un chassé-croisé adultérin aussi sardonique que jouissif. Dès lors, une question nous vient aux lèvres : Sam Karmann aurait-il signé la comédie surprise de la rentrée ?
LA VERITE OU PRESQUE Un film de Sam Karmann
Avec François Cluzet, Karin Viard, André Dusollier, Brigitte Catillon
Durée : 1h35
Date de sortie : 12 septembre 2005Auréolé de la Palme et de l’Oscar du meilleur court-métrage pour
Omnibus en 1993 et remarqué avec
Kennedy et moi, son premier long, Sam Karmann signe avec
La vérité ou presque une adaptation habile du livre éponyme de Stephen Mc Cauley et surtout une comédie française comme on en voit peu.
Ainsi, sortant presque en même temps que La Vie d’artiste, intéressant mais nettement moins réussi,
La Vérité ou presque pourrait être au premier abord l’un de ces films si convenus dans sa forme, un parmi tant d’autres, si oubliables. Mais très vite, à mesure qu’il déflore ses intentions et que son intrigue se construit, l’ensemble s’épanouit, jouissant à plein d’une écriture et d’une incarnation « trois étoiles ». Questionnant par le cinéma et le biais de la comédie, le rapport que l’on entretient dans nos vies à la vérité, en confrontant l’angle de la nécessité morale à celui du contrat social, le réalisateur d’
A la petite semaine nous livre avec
La Vérité ou presque une comédie de mœurs où tous progressivement se leurrent, s’éclairent, savent et évoluent après avoir trompé, menti ou abusé de la confiance d’autrui.
L’intention est d’emblée convaincante et le résultat des plus enthousiasmants puisqu’à la manière des classiques de la comédie américaine, la subtilité de l’ouvrage scénaristique dispute au jeu des acteurs ici réunis, félicitations et compliments. Aussi louable que remarquable, le film auquel nous convie Sam karmann a donc tout du produit haut de gamme par son écriture et son incarnation. Une rareté dans le genre en France.
En effet, alors que les débuts de cette comédie dramatique n’encouragent pas à l’euphorie - le classicisme apparemment revendiqué de la situation et sa mise en images assez simple n’y aidant pas-, le film prend progressivement corps, cela à mesure que sa trame scénaristique se déploie et que son équipe d’acteurs au rang desquels – excusez du peu - on compte André Dussolier, Karine Viard et François Cluzet, s’égaie. De fait, gagnant chair et esprit, le métrage s’affermit, se disperse adroitement, louvoie, nous égare et nous fait rire autant qu’il nous surprend ou nous attendrit. Le plaisir pris à suivre ce ballet de couples égarés, perdus, sur fond de carriérisme, d’obsessions et de tromperies devient dès alors des plus agréables.
Pour dire vrai, si la qualité de ce film ne devait se mesurer qu’à l’aune du seul texte joué et de la partition qui s’interprète à l’écran,
La Vérité ou presque serait déjà fort savoureux, notamment en raison de ses élans cinglants ou de ses dialogues aussi cyniques que tranchants. Mais si l’on ajoute à cela un casting remarqué et une direction d’acteurs remarquable, l’on obtient ce qui manque à toutes les comédies françaises qui péniblement se déversent sur nos écrans : du corps et de l’envie, de l’émotion et du sel. En somme, toutes ses platitudes qui font de notre cinéma, une industrie à produire du télévisuel sont ici désamorcées, déboutées et dépassées par le talent de cet attelage cinématographique de fort belle tenue.
De fait, distinguer la part des uns ou celles des autres dans cette réussite serait faire injure à l’ensemble. Toutefois, on saluera les moins connus d’entre les acteurs réunis sur ce film, que ce soit Brigitte Catillon ou Julie Delarme. De même, appréciera-t-on la prestation convaincue de la femme de Sam Karmann, Catherine Olson, dans le rôle de la chanteuse Pauline Anderton.
En somme, quand l’esprit vient aux femmes et l’intelligence à la mise en scène, alors le spectateur heureux d’avoir vu
la Vérité ou presque est ravi de s’être acquitté du prix de son ticket. Et rien que pour cela, Sam Karmann et son équipe se doivent d’être grandement félicités pour ce film si méritoire.
Donc, dans la jungle des sorties de septembre, si l’envie vous vient de voir une comédie plaisante qui opère avec cynisme et légèreté, alors c’est
La Vérité ou presque qu’il vous faut aller voir. L’une des rares réussites récentes à se placer volontiers au dessus de la valse habituelle des comédies médiocres de mœurs à la française.
Jean-Baptiste Guégan