L'HISTOIRE : On les appelle les Maras. Construits sur le modèle des gangs de Los Angeles, ces groupes de jeunes sèment la terreur dans toute l'Amérique Centrale.
Plongée dans les banlieues de San Salvador dans le quotidien des membres d'une armée
invisible. Nouveau fléau mondial qui détruit par la violence aveugle les principes démocratiques et condamne à mort une jeunesse privée de tout espoir d'avenir.
Poveda pose un regard très juste sur ces jeunes gens aussi puissants que perdus.
« Mata para vivir, vive para matar » : tue pour vivre, vis pour tuer. Voilà comment pourrait se définir la vie d'un Mara, descendant des gangs de Los Angeles. Ancien photoreporter, Christian Povela entretient des rapports forts avec le Salvador où il a passé une grande partie des années 80, couvrant la guerre civile qui déchira le pays. C'est devant la gravité du problème des Maras qu'il décida en 2004 d'y retourner. Après une série de photos, il s’est lancé dans ce documentaire.

Comme le réalisateur le dit, la vie là-bas ressemble à une version tropicale du Six Feet Under d'Alan Ball : la mort, les enterrements, les cadavres sont des choses presque quotidiennes. Et ce qui est déchirant, c'est que malgré la situation dans laquelle ils vivent tous, la mort de n'importe quel membre du gang n'est jamais vécue comme un événement banal. Chaque fois, larmes, colère, désespoir, incompréhension se lisent et se font entendre. Ces scènes sont primordiales dans la démarche de Christian Poveda : peu importe qui nous sommes et comment nous vivons, nous restons tous des êtres humains, et avoir un tatouage sur le front qui prône notre appartenance à un gang n'aide pas à faire le deuil d'un ami ou d'un membre de sa famille.
A travers le portrait de personnes emblématiques (on serait presque tenté de dire personnages), Poveda tente de donner un visage humain à l'un des camps de cette nouvelle guerre civile qui déchire le pays. Sa force est de ne jamais sombrer dans un misérabilisme dangereux ou un sensationnalisme lorgnant vers Hollywood. C’est d’ailleurs ce qui fait la particularité de son film : ne pas tomber dans les situations et les scènes attendues de fusillades ou de mise à mort. Même l’autre gang, pourtant au centre des préoccupations, ne sera jamais montré (leur seule présence est évoquée par ceux qu’ils tuent).

Ce sont davantage des tranches de vie quotidienne, des rendez-vous chez le médecin, des discussions, des fêtes. Et des enterrements. Ni victimes ni bourreaux, ces jeunes gens cherchent juste à survivre dans leurs paradoxes (des hommes très croyants et respectueux mais prêts à dégainer à tout moment, la mère célibataire borgne qui renaît en se remaquillant). La mise en scène n’est jamais forcée, le montage se fait discret sauf lorsqu’un membre est retrouvé mort, et la musique n’est jamais utilisée pour appuyer un moment dramatique.
Le vrai sujet du film pour le réalisateur est la solitude humaine. Une solitude qui les pousse à entrer dans le gang très jeune pour y trouver une famille, qui les poursuit pendant leur courte existence face aux épreuves difficiles, et qui vient brusquement les achever lorsqu’on les retrouve étendus au coin d'une rue. « Tôt ou tard, c'est l'hôpital, la prison, ou le trou ». Chacun d'eux en est conscient. De cette idée découle une structure en spirale qui nous enfonce à chaque mort un peu plus profondément dans le cauchemar quotidien de ces gens qui sont voués à perdre leurs proches un par un, la plupart du temps sans aucune raison, entraînant des réactions en chaîne sans fin. La scène finale, qui remonte aux rites de passage, montre à quel point la violence a perdu tout son sens, devenant un jeu presque banal et naturel dans la vie des enfants.
Le reporter-photographe Christian Poveda a été assassiné mercredi 2 septembre à 15 kilomètre au nord de San Salvador. A 54 ans, Poveda venait de terminer un documentaire sur les gangs Maras. Alors ...