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La Vie aquatique

La critique d'Excessif

3/5
vie_aquatique_cinefr L'HISTOIRE : Steve Z., le chef de l'équipe océanographique "Team Zissou", sait que l'expédition qu'il conduit est sans doute la dernière, et son plus cher désir est de graver son nom dans l'Histoire. Parmi les membres de son équipe figurent Ned Plimpton, qui est peut-être - ou peut-être pas - son fils, Jane Winslett-Richardson, une journaliste enceinte dépêchée par le magazine Oceanographic Explorer, et Eleanor, sa femme, que l'on prétend être "le cerveau de la Team Zissou".
Tandis qu'ils affrontent tous les dangers, depuis une mutinerie jusqu'à l'attaque de pirates en passant par un "requin jaguar" plus ou moins imaginaire, Zissou est bien forcé d'admettre que tout ne peut pas être planifié comme il l'aimerait...
Bienvenue dans la Zissou team. Etudiant, Wes Anderson avait écrit une nouvelle dans laquelle figurait déjà Steve Zissou, son bateau (le Belafonte) et sa femme, qui se révélait le cerveau de son expédition. Au fil des ans, il a continué d'étoffer la personnalité et l'histoire de ce personnage. La Vie Aquatique est le fruit de ce travail: c’est tout à la fois tragique et grotesque, drôle et triste. Mais la recette est désormais acquise et connue. A défaut de surprises, un film plaisant. Quelque chose comme le chewing-gum de l’œil.

LA VIE AQUATIQUE
The Life Aquatic with Steve Zissou
Un film de Wes Anderson
Avec Bill Murray, Owen Wilson, Cate Blanchett, Anjelica Huston, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Michael Gambon, Bud Cort, Noah taylor, Waris Ahluwalia, Seu Jorge.
Durée : 1h58
Sortie : 09 Mars 2005

Steve Z., le chef de l'équipe océanographique "Team Zissou", sait que l'expédition qu'il conduit est sans doute la dernière, et son plus cher désir est de graver son nom dans l'Histoire. Parmi les membres de son équipe figurent Ned Plimpton, qui est peut-être ? ou peut-être pas ? son fils, Jane Winslett-Richardson, une journaliste enceinte dépêchée par le magazine Oceanographic Explorer, et Eleanor, sa femme, que l'on prétend être "le cerveau de la Team Zissou". Tandis qu'ils affrontent tous les dangers, depuis une mutinerie jusqu'à l'attaque de pirates en passant par un "requin jaguar" plus ou moins imaginaire, Zissou est bien forcé d'admettre que tout ne peut pas être planifié comme il l'aimerait...


Otez-vous déjà de la tête que La Vie Aquatique est une comédie (ce qu’il n’est évidemment pas). Et osons contredire ce vilain préjugé qui traîne dans la bouche des cinéphiles : Wes Anderson n’est pas un cinéaste spécialisée dans les comédies, loin de là. D’où des déconvenues chez des spectateurs qui ont envie de rire à gorge déployée comme s'ils allaient voir le dernier film avec Ben Stiller. Non : ici, à l’instar de ses précédents films, les moments comiques (la présentation du film dans un théâtre avec un public guindé, l'opiniâtreté du protagoniste à tourner son film même dans des conditions chaotiques) alternent avec des parenthèses plus graves (le passage des pirates) voire émouvants (difficultés de la relation père-fils avec Owen Wilson et Bill Murray où les deux acteurs ont l’intelligence de se mettre mutuellement en valeur). D’aucuns pensent que ce réalisateur est gravement surestimé alors que finalement, non: si ses œuvres peuvent décevoir, c’est uniquement parce qu’on en attend trop.


La traque du requin jaguar n’est finalement qu’un McGuffin, un prétexte pour peindre un personnage (Steve Zissou, sorte de double de notre feu Cousteau) qui fantasme des créatures lumineuses et colorées (merci Selick et son animation en stop-motion) et tente in extremis de recoller les brèches de sa vie passée. Ce cinéaste animalier est tellement obsédé par sa passion et les océans qu’il en oublie de vivre avec les bipèdes et a quasiment tout foiré question relation et famille: une femme (Anjelica Huston, cynique à souhait) endurcie par la douleur et un fiston (Owen Wilson, épatant de sobriété) qu’il ne connaît pas. A plusieurs reprises, La vie aquatique est traversé par une noirceur imprévue qui menace de faire exploser l’intrigue et les personnages.





Dans Bottle Rocket, Rushmore et surtout La famille Tennenbaum, Anderson avait déjà prouvé que sous la virtuosité formelle et ses cadrages savamment composés, il arrivait à faire émaner la singulière humanité de ses personnages. Dans des concepts a priori très artificiels et affectés, notre homme parvient à signer des fictions touchantes qui recèlent des abîmes existentiels. Ici, il fait mine de rester en surface alors qu’il plonge dans les profondeurs d'une relation tordue entre un père et un fils. Deux personnages qui n’arrivent pas à communiquer mais se disputent le même objet de convoitise (Cate Blanchett, une journaliste paumée et enceinte) et se soucient l’un de l’autre, surtout dans les situations les plus extrêmes. Il faut lire sur le visage de Bill Murray la détresse d’un père qui a peur de perdre son enfant ou alors voir la tendresse dissimulée du paternel qui a gardé la lettre de son fiston. Cette relation intime et complexe sert d’ossature à ce récit polyphonique où on chante des chansons comme on tente d’effacer les erreurs du passé…


Les moments les plus tendus sont compensés par des digressions absurdes voire bouffonnes (comme les apparitions répétées et subreptices des dauphins qui en plus de ne servir à rien sont parfaitement abrutis – merci de rétablir quelques vérités sur ces bestioles si intelligentes). Chaque membre de l’équipe possède sa part de secrets et constitue à eux seuls une immense famille pour ces gens qui sont sans famille justement. Qu’on soit italien, Brésilien ou Sikh, finalement, peu importe: quand vient l’heure des emmerdes, on est tous sur le même bateau.


Le résultat est très plaisant, aussi émouvant que caustique, mais reste finalement prévisible, sans doute parce qu’Anderson exploite une thématique connue (difficultés des liens familiaux, crise identitaire…) et qu’il se contente de ne pas sortir de ses sentiers de plus en plus fréquentés. En revanche, on tire notre chapeau à Bill Murray qu’on prend plaisir à redécouvrir chaque année. Histoire de rappeler au monde que ce clown triste est un grand. Incidemment, Anderson, en plus de confier un rôle en or à celui qu’il avait fait tourné dans Rushmore, donne l’occasion à Seu Jorge (découvert pour son épatant boulot sur La cité de Dieu) de reprendre quelques standards de David Bowie. Preuve que ces gens-là ont beaucoup de goût.


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