La critique d'Excessif

3/5
laketahoe135 L'HISTOIRE : Cherchant à échapper à l'atmosphère d'affliction qui règne chez lui, Juan, un garçon de 16 ans, accidente la voiture familiale. Alors qu'il tente de la réparer, il rencontre Don Heber, un mécanicien dont le seul compagnon est Sica, un chien boxer ; Lucia, une jeune mère qui veut aller à un concert de rock ; et David, un jeune mécanicien obsédé par les arts martiaux. Les univers absurdes et déconcertants de ces personnages entraînent Juan dans le périple d'une journée, durant laquelle il finira par accepter un événement aussi naturel et inexplicable que la mort ...
On aurait tant aimé s’attacher à Juan, ce jeune adolescent qui accidente la voiture de la famille et qui tente par tous les moyens de la réparer... Son chemin aurait pu nous fasciner, nous émouvoir et ses rencontres nous faire rêver quelques minutes. Malheureusement, malgré notre bonne volonté, impossible de se prendre de passion pour ce petit film bien trop poseur et complexé, ne laissant que très rarement respirer son histoire et ses personnages... Seduisant par son esthétique chaude et ses premiers travellings, Lake Tahoe tourne ensuite à vide et laisse de côté son spectateur. Dommage.

LAKE TAHOE
Un film de Fernando Eimbcke
Avec Diego Catano, Hector Herrera, Daniela Valentine...
Durée : 1h23
Date de sortie : 16 Juillet 2008

Juan, un garçon de 16 ans, accidente la voiture familiale. Alors qu'il tente de la réparer, il rencontre Lucia, une jeune mère qui veut aller à un concert de rock et David, un jeune mécanicien obsédé par les arts martiaux. Sa journée, ponctuée d’instants plus absurdes et invraisemblables les uns que les autres, le mène à une difficile conclusion...

L’affiche est sublime... Et c’est déjà énorme. Instantané de vie surexposé, cliché maculé d’un moment en apesanteur où trois personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer font face au spectateur interloqué par ces grandes lettres rouges sur un mur blanc, cette photographie inspirée est une jolie introduction au film de Fernando Eimbcke. Celui-ci s’ouvre de façon assez surprenante... A la Jarmusch, cumulant les fondus au noir mais conservant la bande sonore en fond, le réalisateur mexicain tente de nous plonger dans un univers quasi-désertique où une voiture rouge s’encastre dans un poteau électrique. Sa couleur jure et semble en total désaccord avec le reste du paysage... En sort un jeune garçon de seize ans, troublé par le choc mais bien décidé (quitte à marcher longtemps) à réparer sa bêtise. S’en suivent alors de longs et très beaux travellings suivant le jeune homme (à la Jarmusch une fois d eplus...) dans sa quête d’un téléphone, puis d’un garage, puis d’argent et ainsi de suite... Quête initiatique un peu appuyée mais assez séduisante dans ses premiers instants, Lake Tahoe peine cependant à garder le rythme à et à nous fasciner réellement.

Si les personnages présentés ne manquent pas de caractère, ni de vrais sentiments, ils semblent néanmoins bien éloignés, presque trop froids pour nous émouvoir et le jeune Juan, quasiment insensible durant toute la durée du métrage, ne parvient pas à faire ressentir son profond déssaroi et la peine qui le ronge. Si petit à petit les langues se délient et le récit se dramatise, il est souvent trop tard pour que les révélations fassent l’effet escompté. Au sein d’une oeuvre très contemplative, évitant constamment de se confronter à son sujet en utilisant trop de chemins détournés, Lake Tahoe manque de pistes de reflexions et ressemble à ces oeuvres paralysées, figées dans leur sujet et incapables de s’en éloigner. Tristement, nous perdons le fil du film et sombrons dans une sorte d’attente interminable... Si quelques petites séquences intérressantes viennent ponctuer le film, elles semblent néanmoins trop peu nombreuses pour nous sauver de ce profond sentiment d’ennui qui pointe. On reste en suspens devant ce joli ouvrage, superbement bien photographié mais trop peu porté sur les vrais troubles du personnage et l’émoi qui pourrait s’en dégager. On ne comprend que tardivement le but du film et sa portée... Encore une fois, dommage.

Kevin Dutot

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