Yamakazi le suggérait,
Le Baiser Mortel du Dragon le confirme : Luc Besson aime les arts martiaux et le cinéma qui bouge son corps. Du coup il débauche la star de kung fu Jet Li et lui demande de démolir le pauvre Tchecky Karyo qui n'en demandait pas tant. Le résultat, sympathique, laisse un peu perplexe.
LE BAISER MORTEL DU DRAGONRéalisation : Chris Nahon
Acteurs : Jet Li, Bridget Fonda, Tchecky Karyo
Durée : 1h38
Sortie : 1er Août 2001
Jet Li arrive à Paris pour une enquête. Mais Tcheky, le flic chargé de travailler avec lui, est un psychopathe, un ripoux et un proxénète. Pas de chance ! Il aurait dû regarder Dobermann. Du coup, Jet devient l'homme à abattre.Youpi !
Le Baiser Mortel du Dragon est le premier film occidental (hors Matrix) à recycler avec bonheur les codes visuels du cinéma d'action hong kongais.
Bouh ! L'indigence crasse de tout ce qui habille les scènes de combat vient bousiller la jolie impression du début et nous rappelle qu'on est, encore et toujours, dans une production Besson. A film schyzo, critique bicéphale !
1)
LE BAISER mortel
DU DRAGON :

Jet Li, on ne le dit peut-être pas assez, ne véhicule rien. Il est charismatique, certes, même s'il se burine de plus en plus, mais aucun univers spécifique n'est rattaché à son image. Toute qualité martiale mise à part, il a eu dans le cine HK à peu près le même rôle que Schwarzy en son temps : corps maléable, il est l'instrument idéal pour des cinéastes ambitieux et, dans son cas, avides de mouvements de caméra amples auxquels sa souplesse se prête tout particulièrement. Mais dès qu'il ne travaille pas avec des Tsui Hark ou des Yuen Woo Ping, le soufflé retombe. Au mieux, il imite puissamment Bruce Lee ou joue les seconds couteaux face à Mel Gibson, au pire, il se transforme en Tintin asiatique quasi-asexué, dépersonnalisé et au final transparent. Luc Besson l'a bien compris et, ne se sentant (probablement) pas de taille à se réapproprier la star, échaffaude autour de lui une esquisse de son univers perso.
On croise donc par-ci par-là des référents à
Nikita,
Léon,
Taxi, l'une des deux vedettes invitées, Bridget Fonda, appartenant indirectement à la famille puisqu'elle a tenu le rôle titre du remake américain de Nikita,
Nom de Code : Nina. Gueules de comics, seconds couteaux qui jouent comme des pieds, Tcheky Karyo qui en rajoute tellement en flic ripoux qu'il en devient une private-joke à lui seul, vision touristique de Paris etc. En gros, ça tient plus du collage que du scénario à proprement parler, et les incohérences s'accumulent jusqu'à l'overdose : on ne saura jamais rien des motivations du grand méchant de l'histoire, les personnages se croisent sans arrêt comme si Paris se résumait à la Tour Eiffel et deux ruelles pisseuses pleines de putes...
Surtout, le film ne raconte rien d'intéressant, ses enjeux partent en fumée et le hors sujet devient la seule figure de style du réalisateur Chris Nahon. Toutes les scènes tournant autour de Bridget Fonda ne servent à rien, cassent gravement le rythme, désintéressent au plus haut point.Ou comment faire durer avec entêtement des séquences chiantes à mourir... La comédienne n'y est pour rien mais pâtit d'une histoire composite sans fil conducteur valable. En bref, on se concentre sur les détails en oubliant carrément de résoudre le semblant d'intrigue. Pris comme ça,
Le Baiser Mortel
Du Dragon est un ratage à oublier au plus vite (deux trois répliques drôles mises à part).
2) le baiser
MORTEL du dragon :

Contrairement à Christophe Gans qui s'est presque plu à saboter avec un montage hâché les chorégraphies élégantes de Philip Kwok, Besson a compris que seuls les chinois savent faire du chinois. Point. Le réalisateur chorégraphe Corey Yuen (
She Shoots Straight entre autres) se voit donc confier non seulement les chorégraphies mais carrément la réalisation de scènes de combat. Amis zappeurs, bonsoir! Si vous n'avez jamais jonglé en direct d'une chaîne passant un kung fu movie déjanté à une autre diffusant
Navarro, l'expérience va vous scotcher, croyez-nous !
En clair, dès que Nahon et son équipe ont fini d'ouvrir et de fermer les portes tout en réécrivant les dialogues sur le plateau, six hong kongais en pleine forme débarquent, probablement entourés de cascadeurs occidentaux entraînés au pays. Bref, ça se met à causer cantonais, à répéter des acrobaties démentielles. Luc a dit carte blanche ? Pas de problème : corps explosée avec gerbe gore, tronche cramée au fer à repasser, nuques brisées, baguettes plantées dans la gorge, bras fracturés. Question ultra-violence, le contrat est rempli haut la main, tant et si bien que Jet Li se redécouvre des dispositions pour la brutalité sauvage à mille lieu des envolées grâcieuses de Tsui Hark. Il ne nous avait pas offert ça depuis
Born To Defend, son unique réalisation, et la première scène de
Fist Of Legend.
Question chorégraphies, ça dépote bien. Les scènes sont enlevées, nerveuses, exploitent intelligemment le décor, durent et se renouvellent dans le mouvement. C'est du bon bis con mais jouissif comme Corey (et d'autres) en tournait dans les années 80. Li et ses adversaires s'en donnent à coeur joie. On notera en particulier un combat très inventif où Li et un géant blond s'invitent mutuellement à venir se battre sur le terrain de l'autre. Une chouette référence aux jeux vidéo.
Juste retour de bâton : cette sauvagerie tranche quelque peu avec les violons et les trémolos des scènes qui ont précédé. Sécheresse et efficacité contre molesse et caricature. Le film n'a pas su trancher. Résultat : après avoir suivi avec excitation les démêlées martiales de Jet Li, on baîlle tant et plus durant des tunnels dialogués de plus d'un quart d'heure.
Amis DVDrameurs, ce film est donc fait pour vous. Nous conseillons vivement à l'éditeur de prévoir une piste
Bridget pour les ménagères de 50 ans, une piste
Tcheky pour les sales gosses et une piste
Jet pour les fans de castagne. Allez-y, mais emportez de quoi lire et une lampe de poche, c'est un conseil.
Résumé :
LE BAISER Mortel
DU DRAGON : Durée : 1h ; Note :
2Le Baiser MORTEL du Dragon : Durée : 38 min ; Note : 8Note globale : 5
Texte : Denis BrusseauxIllustrations : Abbot
Ci-dessous les liens avec les tests concernant Jet Li, Corey Yuen et Luc Besson.