L'HISTOIRE : Animateur d'une émission de télé-achat, Monsieur Guy se remet brusquement en question. Alors que l'audimat chute de jour en jour, l'homme tente de trouver de nouveaux concepts sous la pression de son associée. Parallèlement, les hasards de la vie l'amènent à croiser le chemin d'un certain Jean-Pierre, agent secret dont la mission est de démanteler un dangereux réseau de trafiquants venus de l'Est. L'occasion pour Monsieur Guy de prouver qu'il peut être bien plus qu'un simple présentateur. Un héros ? Pourquoi pas...
Un nanar old school, sans la moindre inspiration
Nous pensions le genre de la comédie nanardesque en France éteint depuis la triste disparition de Jean Lefèbvre, Alice Sapritch, Paul Préboist et consorts... C'était sans compter l'arrivée impromptue de Vincent Lagaf', célèbre animateur de télévision, dans le monde du Septième Art. Ce qui étonne n'est pas tant son désir de faire du cinéma mais le fait que cela ait lieu aujourd'hui. Il ne faut pas oublier qu'au début des années 90, Lagaf' était un humoriste reconnu, dont le triomphe sur scène fut particulièrement retentissant, que ce soit au Théâtre d'Edgar, au Gymnase ou bien encore au Théâtre de Paris. En 1995, il confirma d'ailleurs un véritable potentiel en tant que comédien grâce à une pièce intitulée Le Surbook dans laquelle il tenait alors le rôle principal. Puis, contre toute attente, Lagaf' se laissa séduire par les sirènes du PAF et s'y enferma petit à petit, laissant s'envoler ses rêves cinématographiques.
Quinze ans plus tard, l'acteur apparaît finalement en tête d'affiche du film Le Baltringue, d'après une idée de lui-même, sous la direction de Cyril Sebas. L'or à l'appel ?
UN FILM IMPROBABLE
La première question que l'on se pose après avoir vu Le Baltringue est : POURQUOI ? Construire un film autour de la personnalité de Lagaf' apparaît à ce jour comme un pari extrêmement fou. Ceci étant, il n'est pas le premier animateur à franchir le cap, pensant trouver sa place aux côtés des plus grandes stars. En 1997, on se souvient de Nagui, alors en pleine gloire, donnant la réplique à Cristiana Reali dans un film mis en scène par Ariel Zeitoun, Une Femme très très très amoureuse. Echec sans appel. Il en sera de même pour Maïté avec Le Fabuleux destin de Madame Petlet, sorti dans l'indifférence la plus totale deux ans plus tôt. Mais cela n'est rien à la vue de certains confrères qui se sont improvisés metteurs en scène le temps d'un tournage. Parmi eux, Jacques Martin (Na !, en 1972), Guy Lux (Drôles de zèbres, en 1977), et plus récemment encore, Patrick Sébastien (T'aime, en 1999). Finalement, seul Pierre Tchernia s'en sortira avec les honneurs, avec des oeuvres tels que Le Viager, La Gueule de l'autre ou bien encore Les Gaspards, véritables classiques à part entière.
En ce sens, la prise de risques pour Lagaf' se montre ici amoindrie. L'homme n'a aucun compte à rendre, et surtout, peu de gens l'attendent. Ses inconditionnels ont semble-t-il totalement disparu de la circulation et la sortie du Baltringue en salles, particulièrement discrète, le démontre aisément. La surprise aurait donc pu être bonne si avec un minimum de bon sens l'auteur/comédien s'était littéralement lâché. Ce fut d'ailleurs sa pensée d'origine : « J'étais à un moment de ma vie professionnelle où j'aspirais à faire autre chose. Ma première idée du film était de mettre en scène un animateur populaire d'access prime time. Tout le monde le prend pour le plus gentil de la Terre mais une fois les projecteurs éteints, l'animateur se transforme en tueur à gages. Je voulais vraiment interpréter un personnage dur, un salaud. Mais on m'a prévenu : "Ça y est toi aussi, tu veux faire ton Tchao Pantin'' ». Mal conseillé, Lagaf' propose donc à notre grand regret ce qu'il fait habituellement à la télévision, à savoir un jeu des plus excessifs, sans aucune direction précise et malheureusement dénué de tout sens comique, en interprétant un personnage à la fois loufoque et hystérique. Cependant, le scénario n'apporte aucune consistance ni même justification par rapport à ce caractère qui, en conséquence, finit par agacer très vite. On comprend que l'acteur ait souhaité se faire plaisir. D'abord affublé d'une perruque on ne peut plus kitch, Lagaf' se la joue ensuite James Bond, version crâne rasé, exécutant alors quelques cascades improbables et gratuites (traîné sur plusieurs mètres derrière une voiturette de golf), le tout entre deux séquences de dialogues terriblement creux. A l'arrivée, ce n'est plus un film, mais un caprice d'enfant gâté de près de 90 minutes sans le moindre fondement.
Gilles BOTINEAU
La princesse et la grenouille est devenu le nouveau loeader du box office France après six semaines de règne de Avatar.