"Le bruit des gens autour", c’est peut-être celui des saltimbanques qui l’été venu montent sur les planches du festival d’Avignon et doivent oublier leurs tracas quotidiens pour retranscrire l’essence d’une pièce – et accessoirement refaire le monde. Leur vie personnelle est aussi compliquée que celle des personnages qu’ils incarnent : ils doivent sauver les apparences même lorsque tout va mal intérieurement. Parce que c’est ça aussi, l’art : du don de soi, du vécu qui suinte. Et lorsque l’art et le vécu se chevauchent et se confondent, les surprises surabondent.
Le bruit des gens autour, c’est aussi une tragi-comédie qui marque le passage derrière la caméra de Diastème, un ancien critique de cinéma qui manifestement a eu besoin de prendre l’air et de donner une définition de l'art (et de l’artisanat) qui lui ressemble. Honnête avec lui-même et son public.
LE BRUIT DES GENS AUTOURUn film de Diastème
Avec Bruno Todeschini, Linh Dan Pham, Emma de Caunes, Frederic Andrau, Léa Drucker, Olivier Py, Jeanne Rosa, Judith El Zein, Olivier Marchal
Durée : 1h45
Date de sortie : 09 Juillet 2008
Le bruit des gens autour arbore des intentions indiscutables et hermétiques à tout jugement critique. Epaulé au scénario par Christophe Honoré, Diastème tente de créer une mise en abyme inversée où la vie devient un théâtre; et le théâtre, le lieu qui cristallise les passions des artistes. Il y a tout d’abord ce qui se passe sur scène (la représentation); ensuite dans les coulisses (les ruptures et les crispations quotidiennes); et, enfin, dans le film (les artistes qui doivent vivre entre illusion du spectacle et fragilité de l’intimité). En découlent des questions intéressantes sur l’être et le paraître: est-ce que les acteurs qui savent provoquer des émotions uniques sont des magiciens extraordinaires ou des êtres comme les autres? Est-ce qu’il est possible pour eux d’être bouleversés dans la vraie vie sans paraître ridicules ou trop théâtraux comme de mauvais comédiens? Est-ce que ces marionnettes qui doivent transmettre des sensations viscérales peuvent ressentir des sentiments par eux-mêmes? L’insistance sur certains motifs comme le climat (le soleil, la chaleur) ou l’eau (la piscine, la pluie) n’est pas anodine. Elle détermine les états de chaque personnage au sein d’une chronique polyphonique qui bourgeonne avant son éclosion.

A première vue, certains caractères paraissent anecdotiques, contribuant plus à l’atmosphère frivole (Linh Dan Pham, qui surgit dans un bus avec une glace à la main et joue les démiurges ingénues); d’autres semblent taraudés par des problèmes secrets et empruntent la posture des artistes dépressifs (Bruno Todeschini en dramaturge reclus qui parle si bien de la vie et ne sait pas s’accorder avec elle). Il émane de ces rencontres un mélange de joie de vivre et d’angoisse artistique que l'on goûte selon sa sensibilité. Le script respecte une trajectoire dramaturgique papillonnante et logique consistant à isoler dans un premier temps les personnages en les présentant un à un avec leurs doutes avant de les réunir dans une farandole ivre, proche de l’opéra kitsch. Un peu comme s’ils appartenaient tous à une grande famille artistique qui croit fort en la puissance de l’art sur la vie (ou du moins la nécessité vitale de l’art pour conjurer les souffrances induites par l’existence). C’est donc une déclaration de foi et d’amour aux artistes où les gens sont heureux d’être ensemble, qu’ils ventent, pleuvent ou neigent. Et c’est tout.
Le bruit des gens autour n’a pas de prétention, et certainement pas celle de révolutionner le cinématographe. L’empathie de Diastème pour ses personnages (à la fois plaies d’amour et pantins paumés dans leurs désirs) constitue son atout le plus sûr. En revanche, l’artificialité théâtrale totalement assumée est un parti pris qui fait la qualité et la limite du film. Qualité car, on l’a déjà dit, Diastème ne se moque pas de ceux qu’il croque. Limite car il finit par mettre en boîte la vie. On aurait préféré l’inverse. A savoir que la vie, les amours et les emmerdes viennent un peu secouer cette sitcom acidulée. Pour peu que l’on ne soit pas client du genre et qu’accessoirement l’on n’en ait rien à foutre, le décrochage est assuré dès les premières images. Mais
Le bruit des gens autour parle essentiellement à tout ceux qui s’intéressent à ce qui se passe au-delà de la représentation théâtrale, une fois que le rideau est tiré, que les acteurs ne sont plus maquillés, que l’œuvre a dépéri. La réponse est pourtant simple : la vie continue de grouiller partout, ailleurs, autour de soi. Une sève artistique qui susurre le fameux bruit des gens autour. C'était donc ça.
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