Après l’écriture du scénario de La Vérité si je mens (1 et 2) et la réalisation de Ah ! si j’étais riche, les complices Gérard Bitton et Michel Munz livrent avec Le Cactus leur second long-métrage. Avec ce film, les deux compères prouvent qu’ils maîtrisent désormais tous les rouages de la comédie à la française.
L’acteur à la mode du cinéma français, la star incontournable du moment, LE nouvel Astérix, c’est Clovis Cornillac. Tout le monde le sait, tout le monde le voit, mais personne ne s’en offusque. Et pour cause, le comédien, spécialiste des personnages nerveux, enchaîne en revanche les longs-métrages avec sang froid. Que de chemin parcouru depuis le révélation dans Mensonges et trahisons…, film dans lequel il interprétait d’ailleurs déjà le compagnon de la belle Alice Taglioni. Un long dimanche de fiançailles plus tard, le voilà propulsé au rang d’acteur banckable, inspirant assez de confiance aux producteurs pour vendre un film uniquement sur son nom. Et de Brice de Nice en Chevaliers du ciel, il faut bien avouer que Clovis Cornillac attire plutôt le succès par les temps qui courent.

Forts de cette garantie, Gérard Bitton et Michel Munz développent ainsi tranquillement une histoire aussi abracadabrantesque qu’une comédie française peut se permettre, avec comme postulat burlesque l’hypocondrie. Un thème déjà bien exploité par Woody Allen, mais dans un tout autre style, et qui ne dépareille absolument pas dans la liste des prétextes cités par les derniers films du genre en France. En effet, qu’il s’agisse de la narcolepsie (
Narco) ou de
l’antidote Villeret, les comédies nationales ne semblent plus savoir quoi inventer pour justifier des situations ridicules, donc drôles (dit-il en soupirant). Le personnage de Pascal Elbé est ainsi hypocondriaque, et cela doit engendrer des gags et des crises de rire tout le long du métrage. Enfin, à condition d’y mettre un minimum de rythme et de talent de mise en scène, choses que le duo de réalisateurs parvient heureusement à faire.
Le plus important dans ce genre de divertissement étant de conserver un rythme soutenu, de façon à garder la dynamique du rire,
Le Cactus assène les unes après les autres les séquences hilarantes. Pas de place pour les sentiments, il ne s’agit pas de s’attendrir sur les personnages, mais bel et bien de s’en moquer, et si possible avec une pointe de cynisme. Ce qui n’empêche aucunement une rapide autocritique, avec le cliché tellement vrai du touriste français hautin et désagréable. Cette petite pique entre compatriotes s’avère possible grâce à l’une des bonnes idées du film : situer une grande partie de l’action en Inde. Un tour de passe-passe qui permet surtout d’éviter que l’essence comique du film ne repose que sur le personnage hypocondriaque. Clovis Cornillac peut du coup lui aussi se lâcher (notamment dans un face à face mythique avec un singe), Pierre Richard nous gratifier de quelques scènes poilantes, et le scénario, jusqu’ici simplissime, s’échapper dans un genre aventurier assez plaisant.

Du côté de l’écriture, les répliques sont efficaces et font mouche à chaque fois. Un constat qui sonne comme une évidence avec les scénaristes de
La vérité si je mens. Le personnage de Darroussin, peu utilisé, bénéficie à ce titre de passages très bien pensés qui ne sont pas sans rappeler le type d’humour corrosif des films de Thomas Gilou.
Certes, l’originalité ne sera pas au rendez-vous, le concept étant bien connu du public. Mais
Le Cactus procure grâce un sens du comique permanent un bon moment de cinéma. Que demander de plus ?