Bien avant la fureur de
Princesse Mononoke et la profonde sagesse du
Voyage de Chihiro, Hayao Miyazaki avait participé en 1986 à définir tout un pan du cinéma d'aventures et du jeu vidéo avec
Le Château dans le ciel, premier métrage à sortir des Studios Ghibli, fondés suite au succès en 84 de
Nausicaa. Inspiré notamment par
Les Voyages de Gulliver, Miyazaki imagine une de ces histoires dont il a le secret, exaltant en nous les sentiments les plus nobles, tout en dispensant une mise en garde contre les abus technologiques et industriels, ceux-là même qui ont depuis longtemps défiguré le Japon, et la planète en général.
LE CHATEAU DANS LE CIELRéalisateur : Hayao Miyazaki
Durée : 2h 04
Sortie : 15 janvier 2003
Pazu est un jeune orphelin qui ne rêve que d'une chose : découvrir Laputa, la légendaire cité dans le ciel, que son père a un jour entrevue. Un soir, il recueille Shiita, un jeune fille inconsciente descendue du ciel. Cette dernière est en possession d'un médaillon qui pourrait bien être la clé pour atteindre Laputa, médaillon convoité par une famille de pirates de l'air, et par l'armée…Le Château dans le ciel est peut-être l'œuvre de Miyazaki où le cinéaste a le mieux opéré la fusion entre cinéma de divertissement et fable socio/écologique. En effet, si les thèmes précités de mise en garde contre l'industrialisation et le non respect de la nature dominent, le métrage réserve sa dose de morceaux de bravoure assez sidérants, égalant en cela
Les aventuriers de l’arche perdue de Spielberg sorti six ans plus tôt. La seconde séquence d'action, proprement époustouflante, accumule les péripéties avec une science du rythme redoutable. Ces scènes dantesques sont appuyées par une technique d'animation sans faille, où la précision des détails sert à illustrer le gigantisme des situations (voir la séquence d'écroulement du chemin de fer). Entre l'attaque de la forteresse des militaires par le robot et l'assaut final sur Laputa, Miyazaki nous offre tout simplement certaines des séquences les plus ambitieuses vues dans une œuvre animée (œuvre tout court ?).
Mais réduire
Le Château dans le ciel à cet aspect serait passer à coté de la richesse narrative et visuelle de l'œuvre, qui a depuis nourri tout un pan du cinéma mondial. Il suffit de comparer le personnage du robot avec celui du
Géant de fer de Brad bird (excellent dessin animé de 1999) pour s'en persuader. Déjà proches par leur design respectif, les deux machines symbolisent de plus les mêmes valeurs et problématiques : conçues telles des engins de guerre, elles sont capables de canaliser leur énergie à des fins pacifistes (dans le Bird : faire ami/ami avec un petit garçon, dans le Miyazaki : veiller sur une tombe tout en servant de niche à de petits animaux). Une nuance notable dans le discours de tenu par Miyazaki, puisque la mise en garde se double d'une énonciation sur la possibilité de maîtriser la technologie.
Enfin, comme énoncé plus haut,
Le Château dans le ciel a ceci de frappant que son scénario contient les germes de la plupart des histoires que mettra en scène des l'année suivante l'un des genres phares des jeux sur consoles : le RPG (jeux de rôle). Jeune héros avide d'aventure, mystérieuse jeune fille aux pouvoirs étranges pourchassée par les méchants, découverte d'un monde caché… Des éléments présents dans les
Final Fantasy,
Grandia et autres… De là à conclure que Miyazaki a réussi avec son film à modeler et influencer toute une partie de l'industrie du loisir (toutes proportions gardées, bien sûr), il n'y a qu'un pas qu'il serait délicieux de franchir…