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Le Choc des Titans

La critique d'Excessif

4/5
Affiche préventive du film Le Choc des Titans L'HISTOIRE :

Résultat de l'accouplement du dieu Zeus avec une humaine, Persée a été recueilli et élevé par un pécheur. Le jour où sa famille adoptive est tuée par la faute d'Hadès, le dieu des enfers, le jeune héros décide de se venger et, pour ce faire, prend la tête d'une équipe de guerriers humains en guerre contre les dieux. Objectif : tuer le légendaire Kraken, gigantesque monstre marin duquel Hadès tire sa force...

C’est en quittant les siens que Louis Leterrier a finalement trouvé sa voie. Comme Persée

Mauvais blockbuster aux allures de téléfilm kitsch, Le Choc des Titans de Desmond Davis était déjà, en 1981, complètement dépassé. Mal réalisé, mal joué et pas très bien écrit, il ne doit son aura culte, et donc sa longévité, qu'aux effets spéciaux magnifiques du grand Ray Harryhausen, qui livrait là un superbe chant du cygne professionnel aux charmes quelque peu surannés. Car déjà, cette décennie était celle qui allait accoucher, de Tron à Abyss, des balbutiements d'une révolution numérique à venir et les monstres mythologiques en stop-motion allaient bientôt devoir laisser la place à des créatures synthétiques autrement plus réalistes. Près de 30 ans plus tard, au moment même où l'avènement de cette révolution est désormais consommé, il était donc quelque part logique de voir revenir sur la table l'histoire intemporelle du Choc des Titans. Vieille histoire, nouvelles images.

 

Le Choc des Titans - Louis Leterrier


 
Ce remake était en projet depuis déjà une dizaine d'années mais a pris récemment une nouvelle tournure. Le dernier succès en date faisant obligatoirement force d'exemple à suivre dans les mœurs hollywoodiennes, le carton mondial de 300 a donc remis au goût du jour le péplum fantastique et relancé l'intérêt du studio Warner pour une mise à jour du film de Davis. En effet, du choix de la date de sortie à une bande-annonce « rock'n roll » en passant par des affiches sur lesquelles Persée hurle comme un Spartiate bovin, tout a été fait pour entretenir la filiation avec le film de Zack Snyder et donc réitérer son succès fracassant. Si heureusement, à l'arrivée, Le Choc des Titans de Louis Leterrier ne ressemble absolument pas à tout ça et s'il a su trouver sa personnalité, c'est bien à son réalisateur qu'il le doit.
 
Gros bosseur et personnage d'une modestie souvent désarmante, Louis Leterrier ne ressemble à aucun autre réalisateur français. Au lieu de revendiquer son individualité d'artiste et de chercher une reconnaissance critique, il aura passé cette dernière décennie à apprendre son métier avec beaucoup d'abnégation, quitte à servir de « shooter » pour Luc Besson, avant de se retrouver parachuté à Hollywood sur un gros blockbuster Marvel comme L'Incroyable Hulk. Au-delà des contraintes inhérentes à un tel système, c'est finalement ce qui pouvait arriver de mieux à un cinéaste qui n'a jamais cessé de mettre en avant sa volonté de travailler en groupe, d'envisager le cinéma comme un moyen d'expression collectif et surtout de s'effacer derrière ses propres films. Cette attitude humble et directe aura forcément déteint sur un film comme Le Choc des Titans, qui évite soigneusement de se la jouer grande œuvre d'esthète postmoderne pour mieux revendiquer son identité de grand spectacle fun et émotionnel à l'ancienne. Ainsi, même si le souffle de l'épopée court à travers tout le film, la structure du revenge movie prédomine, charriant avec elle tout ce que cela sous-entend d'empathie viscérale vis à vis des personnages, de narration concise et linéaire. La durée du film (1h45, à l'heure où le moindre blockbuster tape facilement dans les 2h30) n'est d'ailleurs pas étrangère à cette impression d'ensemble qui fait que l'on ne s'ennuie jamais. Le film n'est certes pas exempt de petits défauts (une bande originale assez terne, un climax manquant de quelques beaux plans larges, un clin d'œil inutile à la chouette mécanique du film de Desmond Davis...), mais rien qui ne l'empêche de déployer son énergie communicative.
 
Jusqu'ici desservi par des scripts peu brillants (L'Incroyable Hulk, heureusement compensé par l'apport d'emprunts pertinents au comics et une vraie volonté d'humaniser le mythe), voire complètement ineptes (les « bessonades »), Leterrier trouve ici l'occasion d'atteindre une véritable maturité narrative, servi qu'il est par un script particulièrement bien écrit. On le doit à deux jeunes scénaristes, Phil Hay et Matt Manfredi, qui n'avaient jusqu'ici à leur actif que deux nanars patentés (Le Smoking et Æon Flux), et Travis Beacham, auteur d'un script à la réputation mythique, Killing on Carnival Row, qui traîne à Hollywood depuis plusieurs années et sur lequel se sont notamment penchés Guillermo Del Toro et Neil Jordan. Que ce soit dans le parcours du héros, dans sa quête vengeresse qui virera peu à peu à la quête initiatique (un apport énorme et payant par rapport au film original), dans la caractérisation soignée mais discrète des personnages (quelques idées superbes, dont celle du sourire de Draco, le personnage de gros dur incarné par un Mads Mikkelsen royal) ou dans des dialogues savoureusement « badass » toujours placés au bon moment dans la bouche d'acteurs au charisme ravageur, le film de Leterrier impose sa patte et trace son chemin sans faillir.

 

Le Choc des Titans - Louis Leterrier


 
Pour autant, Le Choc des Titans n'en oublie pas son titre et assure le spectacle tout du long. Armé de son génial designer de monstres (Aaron Sims, déjà à l'œuvre sur L'Incroyable Hulk), Leterrier filme amoureusement un superbe bestiaire, allant de la magnifique Méduse, qui lui permet au passage de signer la plus belle scène du film, au monstrueux Kraken en passant par Charon, le passeur du Styx. Ils sont tous là, traités avec une générosité jouissive mais aussi un véritable souci quant à leur intégration dans le récit, à leur fonction au sein de la quête de Persée. Le monde des Dieux, visiblement largement coupé au montage (sinon comment expliquer la présence d'un acteur aussi connu que Danny Huston pour camper un rôle aussi fugace que celui de Poséidon ?), est plus en retrait mais, une fois de plus, l'accent étant mis sur la problématique purement humaine du demi-dieu Persée, ce parti pris a plutôt tendance à servir le récit. Quant à la fameuse guerre entre les Dieux et les Titans qui précède l'intrigue du film, elle est résumée dans une scène d'introduction merveilleuse, reposant essentiellement sur une idée visuelle très forte que l'on se gardera bien de vous révéler.
 
Réussissant à traiter avec intelligence et brio le thème de l'humanisation d'un être exceptionnel, thème après lequel il courait déjà dans Danny the Dog et L'Incroyable Hulk, Leterrier livre donc avec ce Choc des Titans son film le plus abouti, un pur spectacle du samedi soir au sens noble du terme, qui risque bien de marquer l'imaginaire cinématographique de la génération actuelle. C'est toujours émouvant de voir un cinéaste naître à lui-même. Ça l'est encore plus lorsqu'il s'agit de quelqu'un que l'on a vu avancer, travailler et se perfectionner, et qui finit par trouver sa place au sein d'un système auquel ne l'ont pas prédestiné ses origines. « Artisaaaaaaaans !! » beuglait le gratin du cinéma français il y a environ un mois sur la scène du théâtre du Châtelet, lors d'un numéro musical bien hypocrite qui venait clôturer une cérémonie des César toujours aussi ronflante. Pendant ce temps, l'un des rares cinéastes français que l'on puisse qualifier de véritable artisan mettait la main à son dernier film. Loin de Paris. Loin du cinéma français. C'est en quittant les siens que Louis Leterrier a finalement trouvé sa voie. Comme Persée.
 


Arnaud BORDAS

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Total des votes : 853

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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vince75 27/03/2012 à 05h34
jostema26 24/04/2010 à 07h02
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