La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Le fil L'HISTOIRE : Il avait quitté la Tunisie depuis de nombreuses années pour devenir architecte, loin d'une cellule familiale et d'un pays qui n'accepteraient pas son homosexualité. Lorsque son père meurt, Malik décide pourtant de revenir chez sa mère quelques temps, pour l'aider à surmonter l'épreuve. Dans la chaleur de l'été tunisien, il rencontre Bilal, un jeune homme employé par sa mère pour s'occuper de la propriété. Et peut-être un moyen de briser ce fil imaginaire dans lequel Malik s'emmêle depuis son enfance.
un film honnête et humain

L'adage veut qu'il soit préférable d'écrire d'abord sur ce que l'on connaît : Oliver Stone a fait la Guerre du Vietnam, Spike Lee est né à New-York, Christophe Honoré vit à Paris. Medhi Ben Saïd, lui, est Tunisien. Tout comme Malik, son alter-ego cinématographique, le jeune réalisateur partage sa vie entre la France, son pays d'adoption, et sa terre natale. Une manière de poser un regard à la fois attachant et violent sur un pays ralenti par ses mécanismes moraux, où l'homosexualité est toujours officiellement condamnée. Un sujet paradoxalement brûlant - produire un film sur le sujet est extrêmement compliqué dans le pays - et glissant pour un public occidental habitué aux histoires d'amour compliquées.

 

Le fil de Mehdi Ben Attia

 

Une histoire d'amours et de gens
Le talent de Medhi Ben Saïd vient avant tout de sa volonté ferme de ne jamais situer son histoire d'amour dans un contexte tragique et tortueux. Malik et Bilal s'aiment et sont tous les deux des hommes : la rencontre relève davantage de l'évidence que de l'exception. Ne jamais décrire l'homosexualité de ses protagonistes comme un drame fait toute la force d'un film à l'architecture classique - conflit, hésitation, pardon, résolution, personnages secondaires - qui se situe loin de Tu n'aimeras point, sorti récemment et lui aussi placé dans un contexte violent. C'est ce qui peut paraître ostensiblement simple - certains diraient naïf - dans cette histoire où finalement, chacun trouvera sa place dans le meilleur des mondes possibles ; en vérité, c'est une volonté sobre et mature d'affirmer une position presque politique. La situation actuelle d'un pays en proie à des conflits relativement éteints en France n'est certes pas écartée - la scène hallucinée sur la plage en offre une vision terrifiante et absurde - mais le réalisateur évite d'en faire le sujet principal de son film. Le Fil est avant tout et pour tout une histoire de famille et d'amour, un moment charnière dans l'existence d'une poignée de personnages anti-conformistes, installés dans une société où leur place n'a rien de logique. La liberté est au centre des préoccupations de chacun, et le spectateur accompagne le douloureux processus de guérison de personnages hantés par leur passé, englués dans leurs mensonges, qui renaîtront un à un avant le générique de fin.

 

Le fil de Mehdi Ben Attia

 

Une histoire de sensibilité
Lorsque la mer envahit l'écran dans les derniers instants, épilogue sous forme d'un court saut dans le futur, on s'interroge. Est-ce que tout ceci était destiné à nous expliquer, point par point, que la différence n'a rien de mauvais, et qu'avec le temps et l'amour, chaque chose trouve son chemin ? Le principe est sans aucun doute simple, et pourtant, sans véritablement remuer les esprits, le film de Medhi Ben Saïd est d'une tendresse et d'une sincérité apaisantes. Grâce à une poignée de comédiens qui nous arrivent - Salim Kechiouche, formidable - ou nous reviennent - Claudia Cardinale, de retour sur sa terre natale presque trente ans après le Jesus de Nazareth de Franco Zeffirelli - ce jeune cinéaste parvient à donner vie à un scénario qui aurait pu tomber dans la banalité la plus absolue. Les limites communes à la plupart des premiers films sont présentes - un manque de rythme, une analyse des caractères partiellement floue, une construction bancale - mais avec elles, la sensation d'avoir vu un film honnête et humain. Dans la conjoncture actuelle des choses, cela en devient presque rafraîchissant.

 

 

Geoffrey CRETE

Mag : plus d'actu sur Le Fil

  • iletaitdansouestz2042
    News Portrait
    Claudia Cardinale, le prestige incarné12 mai 2010 - 0 commentaires

    Après deux ans d'absence, Claudia Cardinale fait aujourd'hui son grand retour, à l'affiche d'un nouveau long métrage, Le fil. L'occasion de revenir sur son immense carrière cinématographique.

Le verdict des internautes

Total des votes : 18

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience