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Le Grand Alibi

La critique d'Excessif

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legrandalibi_cinefr L'HISTOIRE : Pierre Collier est mort... Assassiné chez le sénateur Henri Pages au cours d'un week-end de villégiature. Sa femme, Claire, est la coupable désignée. Elle a été arrêtée un revolver à la main à côté de la victime. Sans doute a-t-elle des raisons d'avoir voulu se venger de son mari volage. Pourtant, les apparences peuvent être trompeuses. L'arme n'est pas celle du crime, et chaque invité devient un suspect potentiel. Esther la maîtresse de Pierre, Léa son amour de jeunesse humiliée, Philippe son rival. Et pourquoi pas le sénateur en personne, passionné par les armes à feu ? Une affaire complexe à résoudre pour le lieutenant Grange, surtout lorsqu'un deuxième meurtre la fait rebondir...
Aussi snob qu’inutile
Quiconque a lu un livre d’Agatha Christie sait combien la grande prêtresse de la littérature policière anglaise s’y entendait pour trousser une intrigue en jetant l’opprobre et la suspicion sur tous les personnages, avant de révéler que le coupable n’est autre que celui qui semblait le plus innocent de tous. Bizarrement, le cinéma n’a jamais réussi à rendre justice à ces intrigues alambiquées aux rouages soigneusement huilés. Le crime de l’Orient-Express et Mort sur le Nil ont suscité de grosses productions bourrées de Guest Stars et, malgré plusieurs versions successives, Les dix petits nègres a résisté à l’adaptation. Plus récemment, Pascal Thomas s’est avisé à son tour de transposer ces Murder Stories dans l’Hexagone. Après Mon petit doigt m’a dit et L’heure zéro, il vient d’enchaîner avec Le crime est notre affaire. Plus étonnant encore, Pascal Bonitzer, scénariste de Rivette et Téchiné devenu le réalisateur de Rien sur Robert, tente à son tour sa chance au box-office avec Le grand alibi. Les cinéphiles reconnaîtront par ailleurs dans ce titre celui d’un classique d’un autre maître du suspense, Alfred Hitchcock. Autant dire que les fées semblent s’être penchées sur ce film dont l’intrigue bête comme chou n’est comme il se doit qu’un prétexte à de multiples rebondissements et coups de théâtre.


Un crime mondain. Une femme est retrouvée à côté de la victime, une arme à la main. Le mobile ne fait pas de doute : la meurtrière s’est vengée de son mari volage. À ceci près que les apparences sont trompeuses et que les soupçons vont se porter de l’un à l’autre des protagonistes réunis le temps d’un week-end chez un sénateur. Chacun des comédiens exécute son petit numéro et puis s’en va, laissant à un autre le soin d’assurer sa relève. Bien qu’il s’agisse de toute évidence d’un film de commande destiner à remettre à flots un cinéaste que l’échec commercial de son film précédent avait plongé dans une profonde dépression au point d’envisager de renoncer à la réalisation, il est très curieux de voir un scénariste de renom s’atteler à une mécanique aussi éprouvée, sans jamais chercher à en tirer parti. Comme s’il devait mettre ses pas dans ceux d’une autre malgré lui. On retrouve toutefois çà et là quelques-unes des marottes de Bonitzer et notamment son goût prononcé pour certains milieux intellectuels aisés qu’on pourra qualifier de parisianisme BoBo. Après tout, il ne fait là que reprendre une tradition pérennisée longtemps par le boulevard et ses fameux coups de théâtre. Mais les portes ont beau claquer en cadence, Bonitzer n’est pas Lubitsch et tout le monde sait qu’il n’est rien de plus difficile que de mettre en scène une pièce de Feydeau pour atteindre la grâce. Dans Le grand alibi, la mise en scène consiste essentiellement à filmer des acteurs (de talent) qui bavardent entre eux, voire à emprunter tel ou tel plan à ses maîtres, comme cette séquence finale sur les toits où l’on reconnaît un emprunt à Va savoir de Rivette. Pour le reste, le réalisateur se dit que l’intrigue se suffit à elle-même et que les comédiens n’ont qu’à exécuter leur numéro… c’est-à-dire à dire leur texte en restant dans le cadre. Funeste méprise ! En homme de culture Bonitzer aurait dû relire “L’organisation de l’espace dans le Faust de Murnau” et en tirer les enseignements qui s’imposent : Eric Rohmer y définit assez justement ce qui constitue l’essence du septième art, qui plus est en s’appuyant sur un chef d’œuvre du cinéma muet. Foin de logorrhée verbale, on se désintéresse assez vite de ce Grand alibi factice où tout sonne faux, à commencer par des dialogues saupoudrés de mots d’auteur inutiles et pédants.


Malgré son expérience, de critique aux “Cahiers du Cinéma”, puis de scénariste au service des auteurs, Bonitzer semble n’accorder qu’une importance très relative à la psychologie, comme le prouvait déjà son précédent film, le calamiteux Je pense à vous, où la provocation croyait pouvoir s’affranchir de la vraisemblance. Le grand alibi prouve qu’un dîner de têtes ne présente pas la moindre saveur si ses participants ressemblent à des pantins désincarnés. Du coup, quand surgit la clé de l’énigme, il y a longtemps qu’on s’est désintéressé de ce jeu de construction aussi snob qu’inutile. Mieux vaut relire un roman d’Agatha Christie : sa prose y est autrement plus évocatrice que ce divertissement ennuyeux qui se croit plus malin que le spectateur et s’acharne à l’affirmer.


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  • heure_zero_haut23
    Le coin du cinéphile
    Qui Veut La Peau D'agatha Christie ?19 novembre 2008 - 1 commentaires

    Agatha Mary Clarissa Miller aka Agatha Christie, née le 15 septembre 1890 à Torquay dans le South Devon, est aujourd'hui mondialement connue pour sa prolifique et extraordinaire carrière d'écrivain ...

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