L'HISTOIRE : "Le hérisson" s'articule autour de trois personnages, dont le point commun est de vivre dans le même immeuble. Paloma Josse est une petite fille de 11 ans, redoutablement intelligente et pourtant, suicidaire. De son côté, Renée Michel est une concierge discrète et solitaire, qui ne tardera pas à tomber sous le charme de l'énigmatique Monsieur Kakuro Ozu.
Une mise en scène et un ton manquant légèrement de piquant... Un comble !
Le hérisson. Curieux titre que voici ! Il s'agit en fait de l'adaptation du deuxième roman écrit par Muriel Barbery, L'élégance du hérisson. Publié il y a trois ans, ce best-seller a tout de même remporté le Prix Georges Brassens en 2006, le Prix Rotary, et surtout le Prix des libraires en 2007, ce qui contribua grandement à son succès. Le cinéma ne pouvait passer à côté d'une telle opportunité et c'est donc à la jeune Mona Achache que revint la lourde charge de mettre en scène cette extraordinaire histoire.

A tous les inconditionnels du roman, une mise en garde s'impose. Comme toute adaptation cinématographique, le résultat diffère quelque peu de l'oeuvre originale. Certains choix ont été faits, parmi lesquels des ajouts voire des suppressions. Mais qu'ils soient justifiés ou pas, l'essentiel a bel et bien été conservé, à savoir « l'esprit » du livre. Le film nous amène donc à réfléchir, sur nous-mêmes d'abord, puis l'Art et la Beauté en général, le tout avec beaucoup de philosophie. On y retrouve également ce même microcosme intemporel, décrit avec minutie, entre humour, caricature et tendresse, et à l'intérieur duquel on croise, entre autres choses, une femme de ménage délicate, des bourgeois odieux, de nombreux chats, sans oublier un joli petit poisson rouge. Et si Renée la concierge donne son « surnom » au titre du film, elle n'en est pas pour autant l'héroïne principale. Du moins, pas au début.
Car très vite, sa personnalité prend le dessus et l'on ne peut plus, dès lors, se passer d'elle. « A 54 ans, veuve, petite, laide, grassouillette, et malgré ses oignons aux pieds ainsi qu'une haleine de mammouth » (et ce, selon ses propres termes), elle continue de lire du Proust clandestinement et à emprunter des livres de philosophie à la bibliothèque universitaire du quartier. De la même façon, si son chat s'appelle Léon, ce n'est pas le fruit du hasard, mais plutôt à cause de Tolstoï. D'apparence anodine donc, cet étrange personnage est en fait féru de culture, cachant au plus profond de son être un Amour sans faille envers l'Humanité (pour peu qu'Elle le lui rende bien), et une multitude d'émotions diverses qui ne demandent qu'à être partagées. Ses rencontres successives avec la jeune Paloma, puis Monsieur Ozu ( qui n'a aucun lien avec le célèbre cinéaste) lui apporteront donc beaucoup. Pour notre plus grand bonheur, la comédienne Josiane Balasko prête ses traits à cette « mère Michel » avec pudeur et simplicité, sans tomber dans l'excès de maquillage, ni même le ridicule. Pour preuve, son jeu, tout en retenue, accentué par de longs cheveux grisonnants et mal coiffés, ainsi qu'un léger épaississement des sourcils, suffisent à la rendre touchante quelle que soit la situation, à tel point que l'on ne craint pas de dire qu'elle a trouvé ici l'un de ses meilleurs rôles. Rejetée du fait de sa laideur et de sa fonction, une seule envie nous envahit, celle de l'aimer. Simplement, mais surement.
Si l'on se doit de citer également Wladimir Yordanoff, Gisèle Casadesus ou bien encore Ariane Ascaride, toujours aussi remarquables, une autre partenaire, plutôt inattendue, réussit à tirer son épingle du jeu. Du haut de ses 11 ans, Garance Le Guillermic a d'abord fait preuve d'un très grand courage en acceptant d'interpréter cette jeune fille mal dans sa peau, dotée d'une forte intelligence, et aux tendances suicidaires. Extrêmement bavard, le personnage n'a de cesse de débiter de longues tirades. Toujours juste, elle tient donc le rôle avec vigueur et n'a d'ailleurs pas hésité à changer de « look » pour s'en rapprocher encore davantage.

Pour son premier long métrage, Mona Achache a donc placé la barre très haut, entre l'adaptation d'un roman adulé de toute part, et le choix d'un casting hautement prestigieux. Avec de telles exigences, on pensait avoir droit à une mise en scène véritablement digne de ce nom. Hélas, de ce point de vue, le film manque cruellement d'ambition. Si le spectacle demeure agréable à regarder, on ne dépasse que très rarement le niveau esthétique d'un téléfilm. Correct, donc, mais pas transcendant, malgré une fin bouleversante. Une aussi belle histoire aurait pourtant mérité plus.
Dans son ensemble, Le hérisson se regarde finalement aussi agréablement qu'il se lit. Inconditionnels du roman ou novices, chacun devrait y trouver son compte.
Il y a quelque temps, consacrant un portrait à Josiane Balasko, une chose me frappait: c'était cette tendresse qu'elle apporte à ses personnages alliée à son regard lucide sur notre société (que l'on ...