L'HISTOIRE : L'histoire d'un homme solitaire nommé Eli, qui doit se frayer un chemin à travers les terres dévastées d'une Amérique post-apocalyptique afin de protéger un mystérieux livre sacré détenant la clé pour sauver l'avenir de l'humanité. Sa mission se complique néanmoins lorsque, en plus des hordes de sauvages, il attire sur lui l'attention de Carnegie, le leader d'une nouvelle cité qui ferait n'importe quoi pour s'emparer du livre d'Eli... Un somptueux conte post-apocalyptique
Pour donner vie aux contrées désolées à l'écran, les réalisateurs s'appuient sur une photographie éclatante de Don Burgess et une utilisation judicieuse des effets numériques. Avec ces efforts mêlés, il ne reste plus qu'à se laisser entraîner dans le voyage d'Eli à travers les derniers vestiges d'une civilisation disparue. Les rares survivants se sont entassés dans des villes de fortune où les bas-instincts priment. Soumis aux vices, les gangs rencontrés ne dépareilleraient pas face aux barbares de Mad Max. Les réglements de compte sont monnaie courante, alors que Carnegie (Gary Oldman) tente d'ordonner sa misérable cité.
La rencontre entre Eli et lui oppose deux visions singulières. La mystérieuse quête de liberté de l'un et la recherche d'ordre, de pouvoir d'un Gary Oldman, impeccable en roi sans royaume. Autour d'eux, nous retrouvons une galerie de personnages atypiques. Jennifer Beals en aveugle aimante et dévouée, Mila Kunis (Solara) en jeune femme avide de découvertes, chacun jouant un rôle dans une histoire à l'intrigue simple et entraînante. L'une des forces du film est de pouvoir immerger durablement notre regard au coeur de l'action sans jamais perdre de vue son sujet. Le chaos de ce monde s'orchestre autour de la vénéneuse partition musicale de Atticus Ross. Sachant installer des atmosphères lourdes et ténébreuses, varier avec des cordes contenant péniblement la terreur d'un monde en ruine, la composition fait corps avec la matière filmique. Cette sensualité se retrouve aussi dans les rares et intenses scènes de combat où la précision des cadres, les travelings latéraux, le sens du découpage, feraient presque penser au cinéma de Park Chan-Wook.
Si Le Livre d'Eli cède à quelques sirènes hollywoodiennes (comme la destinée de Solara ?), il serait injuste de bouder l'intelligence d'un script qui évite soigneusement les pièges d'une morale biblique vaine. les Frères Hugues délivrent un message bien plus universel. Les religions ne guident jamais les pas des hommes, seuls dominent la confiance au sens de foi et la volonté. Le vrai pouvoir réside dans la connaissance.
Vincent Martini
A l'affiche du Livre d'Eli, Gary Oldman réendosse son costume de méchant et passe au crible de notre rubrique Classe / Pas classe.