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Le Miroir magique

La critique d'Excessif

3/5
le_miroir_magique L'HISTOIRE : Libéré de prison, après avoir purgé une peine pour un crime qu'il n'a pas commis, Luciano trouve un emploi auprès d'Alfreda. Il se lie d'amitié avec cette dame fortunée, qui vit dans une spacieuse demeure et apprécie le luxe, tout en exprimant le voeu de voir apparaître la Vierge Marie ...
Un cinéma atypique en perpétuel renouvellement

Manoel de Oliveira fête son centenaire en enchaînant coup sur coup trois longs métrages, dont Le Miroir Magique. Le vénérable cinéaste réussit à se renouveler en proposant un mélodrame pittoresque où il questionne le sens de la vie et la place que peut prendre l'obsession de la révélation religieuse. A contrario de Christophe Colomb, l'Enigme, il reprend le chemin d'une narration purement fictive en proposant une oeuvre torturée loin d'être facile d'accès.


 

 

Le Miroir Magique nous conte l'histoire de Luciano qui vient d'être libéré de prison pour un crime qu'il n'a pas commis. Il réussit à se réinsérer en trouvant du travail dans la riche propriété d'Alfreda. Se liant d'affection avec elle, il est stupéfait d'apprendre que le souhait le plus cher de son employeuse est d'assister à une apparition de la vierge Marie. Malgré une vie qui la met à l'abri du besoin, l'insatisfaction d'Alfreda est essentiellement d'ordre spirituel. Totalement obnubilée par ce désir irraisonné, Alfeda sombre dans une lente dépression. Et ce n'est pas Bahia, son mari, qui va y changer quelque chose, préférant s'adonner davantage à la musique qu'a sa douce et tendre moitié.

Assurément, Manoel de Oliveira cherche à se renouveler en proposant un cinéma atypique qui se veut original tout en s'inscrivant dans les canons du genre. En adaptant le roman Aalma Dos Ricos d'Agustina Bessa-Luis, Oliveira met à nu les troubles obsessionnels d'un couple issu de la classe aisée portugaise. Le réalisateur s'amuse constamment avec le spectateur en le forçant à se questionner sur ce qui est représenté à l'écran. À la fois un symbole et une surface réfléchissante, le miroir est au coeur de la mise en scène, focalisant l'instance de l'ensemble des regards. Chaque protagoniste est irrémédiablement attiré par cette surface singulière comme s'il attendait une réponse qui se fait terriblement attendre au point d'en devenir obsessionnelle. Le monde du Miroir Magique n'est qu'un pâle reflet dont les limites semblent être représentées par les bords du miroir, qui pour le spectateur deviennent celles de l'écran. Le réalisateur nous perd au point de ne plus savoir si l'image est un pur reflet ou bien l'image d’origine. Derrière cette approche qui peut paraître austère, il faut faire confiance à Oliveira et se laisser aller en pénétrant l'image et traverser le miroir, sous peine de passer totalement à côté du film.

 

Le plus troublant dans ce film est la banalité avec laquelle sont dépeints les différents protagonistes, si bien qu'on a singulièrement du mal à s'attacher à eux. Oliveira ancre son histoire dans un quotidien abrupt, servi par une mise en scène dont la sobriété déconcerte. Poursuivant la monstration qu'il avait déjà opérée depuis quelque temps, il déploie des cadrages théâtraux d'une grande fixité, exception faite, lorsque les protagonistes traversent les pièces de la riche demeure d'Alfreda. De manière lancinante, le réalisateur met en image la hantise de cette femme qui bascule dans la névrose et qui au final devient totalement prisonnière de son obsession. Cette affliction est de l'ordre de l'intime, Alfreda ne faisant jamais part de son troublant mal-être mis à part une poignée de ses proches. Le plus insupportable pour elle, est de savoir que même si la vierge lui apparaît un jour, l'essentiel ne sera pas la vision de celle-ci, mais le parcours qui l'y a mené.

Oliveira continue donc de proposer un cinéma atypique en perpétuel renouvellement. Même s'il peut désarçonner une partie du public, on ne peut que s'incliner devant l'audace et la maîtrise du doyen des cinéastes. Il met avant tout à contribution le regard spectatoriel comme rarement cela a été le cas dernièrement au cinéma, demandant un investissement de la part du spectateur qui n'est pas négligeable.

Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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    Réalisation
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