Après des années d'attente, véritable torture pour les fans, le Malick nouveau est enfin arrivé. Chaque nouveau film du réalisateur devenu une sorte de messie, de sauveur du septième art est attendu avec une fiévreuse impatience. Un mysticisme autant excessif qu'exigeant pour un cinéaste qui demeure avant tout un homme, donc faillible.
LE NOUVEAU MONDEDe Terrence Malick
Avec Colin Farrell, Christian Bale, Christopher Plummer, David Thewlis, Wes Studi, Q'orianka Kilcher...
Durée :
Sortie : 15 février 2006 Une nouvelle adaptation de la légende de Pocahontas. Que dire de ce
Nouveau monde, relecture de la célébrissime légende de Pocahontas. En surface, Terrence Malick traite une histoire connue sur le choc des civilisations à travers la romance entre Pocahontas l'Indienne et John Smith l'Anglais. Rien de bien original de prime abord. Sauf qu'il ne s'agit ici que d'un prétexte pour s'immiscer dans les méandres de la métaphysique. Il fallait s'y attendre, un érudit tel que Malick ne pouvait se contenter d'une simple passion sur fond de découverte des Amériques.

Le réalisateur distille ainsi tout au long du film une réflexion globale sur le sens de la vie. Paradoxalement, les personnages semblent s'interroger beaucoup plus sur la mort. Preuve d'un pessimisme assumé ou prière pour accéder à un autre état, synonyme d'espoir ? Comme à son habitude, Malick apporte pour unique réponse l'omnipotence de la Nature. Une mère Nature filmée dans tous ses états, sous toutes ses coutures. Le goût, voire la fascination, du cinéaste pour la faune et la flore ne sont plus à démontrer et le sujet, le cadre surtout du film, représentaient une occasion rêvée pour Malick de se lâcher totalement et de s'attarder à souhait sur les rivières, végétaux et autres bienfaits de la création.
Evidemment, les tics du maître se retrouvent aisément dans ces plans contemplatifs, tout de même moins longs que dans
Les Moissons du ciel, où l'herbe caressée par la brise et les rayons du soleil transperçant les feuilles jouent des rôles aussi importants que les acteurs. Ce cinéma si particulier, si caractéristique de Terrence Malick, s'embellit encore, une fois raccroché au propos. Ici, comment ne pas ressentir l'analogie entre l'amour pour les Hommes, évoqué par la relation entre Pocahontas et John Smith, et l'amour du réalisateur pour la nature. Jusqu'à se demander parfois si la véritable histoire d'amour du film n'est pas celle du metteur en scène pour ces terres sauvages. Là, réside à la fois la force et la faiblesse du
Nouveau monde. Ses multiples niveaux de lecture permettent à l'oeuvre de posséder une richesse peu commune, mais risquent dans le même temps d'en égarer certains. Au même titre que les précédents films de Terrence Malick,
Le Nouveau monde se mérite plus qu'il ne s'apprécie.
Malick l'atypique ne prend pas par la main et refuse le didactisme, malgré sa formation de professeur. En revanche il reste dans son sillon et les habitués n'auront aucune surprise. Qui mieux que Malick pourrait faire du Malick ? Le seul vrai regret réside dans le choix des acteurs, ou plutôt d'un acteur. Colin Farrell, qui, sans être mauvais, ne parvient malheureusement pas à transcender son rôle, à la manière d'un Richard Gere ou d'un Jim Caviezel en leurs temps. Même Christian Bale déçoit quelque peu, mais, à sa décharge, son personnage ne bénéficie pas d'un traitement très fouillé. Par bonheur, l'interprète de Pocahontas, Q'orianka Kilcher, illumine l'écran à chaque apparition par sa beauté et par sa grâce. Voilà une carrière à suivre...
Où se situe donc
Le Nouveau monde ? Entre une ballade très sauvage et des moissons bien terrestres, le dernier film de Terrence Malick ne franchit pas comme espéré la ligne rouge des oeuvres de génie, mais demeure néanmoins fort appréciable. Un film que le passage du temps jugera sans doute mieux que les critiques éphémères.