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Le Nouveau protocole

La critique d'Excessif

3/5
nouveau_protocole_cine L'HISTOIRE :

Raoul Kraft vit seul dans son exploitation forestière. Un matin, il apprend la mort de son fils de 18 ans dans un accident de voiture. Un drame banal, conclut la gendarmerie. Mais une jeune femme, Diane, arrive de Paris, pour lui révéler des informations troublantes. Cet accident n'en est peut-être pas un. Elle parle de laboratoires pharmaceutiques, de médicaments expérimentaux. Son fils participait à un protocole médical. Il testait un nouveau médicament, les effets secondaires pourraient être à l'origine de sa mort.
Kraft a du mal à y croire, mais décide de monter à Paris pour en savoir plus. La suite des événements semble donner raison à la jeune altermondialiste. Poursuites, agressions physiques, coups de feu, ils doivent prendre la fuite... sans pour autant abandonner leur enquête. Avec l'aide de Diane, Kraft va quitter le monde simple qui est le sien pour celui du "Nouveau protocole". Un monde où la vérité n'est jamais là où on l'attend.

Un bûcheron apprend que son fils est mort dans un accident de voiture, mais refuse cette fatalité. Il s’avère rapidement que le disparu servait de cobaye volontaire à une société pharmaceutique et que celle-ci n’est visiblement pas étrangère à cette mort suspecte. On le voit, le troisième film de Thomas Vincent fonctionne selon le schéma bien connu qui consiste à opposer le pot de fer au pot de terre, en l’occurrence une multinationale opaque et un citoyen en quête de vérité. Par sa thématique, Le nouveau protocole n’est pas sans évoquer dans son propos l’adaptation par Fernando Meirelles de The Constant Gardener de John Le Carré. Mais les bons sentiments ne font pas nécessairement des grands films, même si Costa-Gavras ou Yves Boisset ont engendré trop peu d’émules dans un cinéma français qui ne cesse aujourd’hui de se débattre entre grosses productions désincarnées et films d’auteur fauchés, sans jamais établir de pont réel entre cinéma de divertissement et œuvres à thèse, comme c’est régulièrement le cas à Hollywood.

LE NOUVEAU PROTOCOLE
Un film de Thomas Vincent
Avec Clovis Cornillac, Marie-Josée Croze, Dominique Reymond…
Durée : 1h30
Date de sortie : 19 mars 2008


On s’en voudrait de critiquer la démarche qui consiste à utiliser un genre, en l'occurrence le thriller, pour dénoncer des pratiques douteuses. Elle est trop rarement pratiquée. Sur le plan cinématographique, toutefois, Thomas Vincent opte en faveur d’une forme simple et rapide en établissant d’entrée de jeu une empathie immédiate entre le spectateur et le personnage incarné par Clovis Cornillac, dont l’omniprésence commence à lasser, même si ses qualités de comédien ne sont pas en jeu. Lui-même ne tarde d’ailleurs pas à trouver une partenaire dans son combat en la personne d’une militante prête à tout pour faire éclater la vérité. Le film atteint toutefois ses limites au cours d’une séquence dans un café où un homme explique à nos deux moutons enragés le fonctionnement de l’industrie pharmaceutique et l’interaction permanente entre maux et remèdes. On assiste alors à un cours magistral, certes étayé, mais bien peu glamour du point de vue de la mise en scène. D’un seul coup, c’est comme si le réalisateur rendait les armes et renonçait à traduire les mots en images. Comme s’il s’avouait incapable de mettre ses idées en pratique. On réalise alors combien ce cinéma-là marche sur des œufs quand il lui faut s’engager dans une cause. Autre preuve : le point de vue apporté par la directrice du laboratoire qu’incarne l’excellente Dominique Reymond avec le cynisme de circonstance, mais sans la moindre nuance.


On mesurera plus tard combien le cinéma français a tort de se montrer aussi frileux lorsqu’il s’agit d’aborder de grands problèmes de société, là où l’Anglais Ken Loach ou l’Italien Nanni Moretti persistent à allumer des contre-feux sans tourner pour autant le dos au grand public. Le nouveau protocole a le mérite d’exister et de s’adresser à un large auditoire par sa facture. Il n’est toutefois pas besoin d’être particulièrement vétilleux pour constater que son scénario reste pour une bonne part à l’état de projet et qu’il aurait mérité d’être creusé davantage, quitte à en éliminer certaines scories. On s’en rend compte notamment à travers la description des personnages, et plus particulièrement celui de la Jeanne d’Arc anti-mondialisation que campe la comédienne québécoise Marie-Josée Croze dans une composition pour le moins sommaire. Faute de nourrir suffisamment ses principaux protagonistes, Thomas Vincent semble parfois s’en remettre aux multiples rebondissements de cette ténébreuse histoire pour masquer leurs lacunes et prend le risque de la caricature sur un sujet pourtant fort délicat qui ne devrait pas souffrir la moindre approximation, sous peine d’apporter de l’eau au moulin de ceux qu’il stigmatise et qui ne risquent pas de voir leur image de marque en être sérieusement affectée, comme ce devrait être le cas. C’est là la limite de cet exercice périlleux qui nous offre une bonne cure d’adrénaline au détriment d’une argumentation sans failles, plus propice à l’administration de ce traitement de choc, mais tout aussi démonstrative.

Jean-Philippe Guerand



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