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Le Petit Fugitif

La critique d'Excessif

4/5
lepetitfugitif135 L'HISTOIRE : A Brooklyn dans les années 50, la mère de Lennie lui confie la garde de son petit frère Joey, âgé de 7 ans, car elle doit se rendre au chevet de la grand-mère, malade. Mais Lennie avait prévu de passer le week-end avec ses amis. Irrité de devoir emmener son petit frère partout avec lui, il décide de lui jouer un tour en simulant un accident de carabine sur un terrain vague. Persuadé d'avoir causé la mort de son frère, Joey s'enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l'amusement. Il va passer une journée et une nuit d'errance au milieu de la foule et des attractions foraines ...
Une vraie merveille à découvrir ou à revoir absolument !
En faisant œuvre de mémoire, Carlotta nous offre avec Le Petit Fugitif, l’un des plus beaux films d’enfant qui soit et surtout l’une des références explicites de la Nouvelle Vague française. En effet, avec cette ressortie en salles des plus attendue, c’est une merveille de liberté et de jouissance simple qui nous est donnée à voir. Dès lors, se priver de découvrir ou de revoir les aventures du petit Joey Norton entre Brooklyn et Coney Island serait plus que dommage.



 

 

Un récit d’enfance et de liberté

Le Petit Fugitif nous conte l’histoire d’un petit bonhomme prénommé Joey, jeune garçon que sa mère confie à son frère Lennie, obligée qu’elle est de se rendre au chevet de sa mère. Or, Lennie n’a que faire de cette embarrassante demi-portion et tout sera bon pour qu’il le laisse en paix. Ainsi, alors qu’il s’amuse à tirer à la carabine avec ses amis dans un terrain vague, ce dernier imagine qu’il peut faire croire l’impossible à son petit frère. En effet, en lui donnant l’arme à air comprimé, les compères décident de lui jouer un tour en faisant croire au garçonnet qu’il a tué son frère par accident. Et le stratagème va fonctionner à merveille, au point que ne sachant plus quoi faire, Joey va s’enfuir et tout faire pour échapper à la police qu’il croit déjà à sa recherche. Dès lors, va commencer la folle escapade du jeune garçon qui le mènera jusqu’à Coney Island, l’immense plage new-yorkaise où entre insouciance et plaisir d’enfance, il goûtera aux manèges et aux sucreries de la fête foraine.

 

Ecrit et filmé en 1953 par trois amis issus de la photographie ou du journalisme, Le Petit Fugitif impose d’emblée la simplicité de son histoire comme une condition de notre pleine et empathique adhésion. Ainsi, le sujet du métrage s’avère être une des clefs de sa réussite, en plaçant en son centre, le récit poignant et insoucieux d’un tout jeune garçon partagé entre la culpabilité d’avoir tué son frère et le bonheur de vivre ses rêves de cow-boy.

 

 

 

S’inscrivant aux côté des grands films d’enfant qui ont marqué l’histoire du cinéma et notre jeunesse, Le Petit Fugitif s’inscrit sans conteste à la suite du film de Chaplin, Le Kid, des premiers métrages d’Abbas Kiarostami ou plus récemment des réussites que furent Cria Cuervos, Ponette, L’Eté de Kikujiro ou encore Nobody knows, malgré l’abord de genres très différents. Et tout autant, est-il considérer en rapport avec le film de François Truffaut qu’est Les 400 coups, dont il est une référence avouée.



Un jalon de l’Histoire du cinéma moderne

Outre son sujet et l’exceptionnelle hardiesse du jeune Richie Andrusco, ce qui retient également l’attention dans Le Petit Fugitif, c’est indéniablement la qualité cinématographique de son traitement, qualité qui s’exprime par une formidable simplicité formelle et une liberté de filmage surprenante pour l’époque. En effet, filmé en équipe réduite avec une caméra de petite taille qui empêche qu’on la remarque vraiment, le spectateur est embarqué par le dispositif mis en place, inclus dans le tourbillon d’une ville et de sa fête sans que n’apparaisse visiblement la dimension artificielle de l’ensemble. Et l’impression de goûter aux prémisses de la Nouvelle Vague, avant d’y être, n’est pas anodine.

 

 

 

En effet, à la suite du réalisateur de Le Dernier Métro qui affirmait que sans Le Petit Fugitif, il n’y aurait eu ni Les 400 coups ni A bout de souffle, il faut reconnaître à ce film une importance historique manifeste dans l’Histoire du cinéma. Ainsi, comme a pu l’écrire Alain Bergala, le film de Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley impose inspiration biographique, visée naturaliste et enchantement à son propos, tout en composant avec son garnement de héros, un personnage aussi attachant qu’insouciant et gouailleur. S’avérant déterminant de fait pour François Truffaut, Le Petit Fugitif le fut au moins autant pour Jean-Luc Godard puisqu’il ouvre la voie d’un cinéma libéré de ses contraintes habituelles et animé par une liberté et une ardeur incroyables lors du tournage. Dès lors, l’un des manifestes de la Nouvelle Vague n’est plus loin et ce ne sera pas le hasard qui conduira le cinéaste helvète à chercher à racheter quelques années plus tard le prototype qui servit au tournage du film mais plutôt le souvenir ancré et fort d’un visionnage qui laissa des traces.

 

De même, l’économie de moyens et de production dont Le Petit Fugitif fait preuve, n’est pas sans rappeler le meilleur du cinéma indépendant de l’époque. Ainsi, précédant les films de John Cassavetes et dans la continuité désargentée du néoréalisme, ce superbe métrage se caractérise par un mode de financement original (souscription) et l’intense implication de chacun de ses membres, bien au-delà des seules contraintes professionnelles courantes. Par conséquent, ne pas considérer Le Petit Fugitif comme l’un des repères du cinéma occidental de la seconde moitié du XXe siècle serait d’autant plus regrettable que ce métrage a été récompensé par ailleurs par un Lion d’argent à Venise l’année de sa sortie et choisi par la vénérable Bibliothèque du Congrès américain, comme une œuvre devant être préservée en raison de son importance culturelle, historique et esthétique.

 

 

 

En somme, film remarquable et mémorable à tous points de vue, Le Petit Fugitif est de ceux qui vous marquent et laissent en vous une trace à jamais. De plus, si l’extraordinaire avance de son traitement et sa profonde liberté n’ont d’égales que la juste peinture de l’Amérique de l’époque, il n’en dispense pas moins l’une des histoires les plus sensibles et touchantes que le cinéma d’alors ait pu filmer et donner à voir. Dès lors, il ne reste plus qu’une chose à faire, courir en salles lors de sa sortie et goûter à cet extraordinaire moment de cinéma que nous offre une nouvelle fois, Carlotta.

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