L'HISTOIRE : Nicolas mène une existence paisible. Il a des parents qui l'aiment, une bande de chouettes copains avec lesquels il s'amuse bien, et il n'a pas du tout envie que cela change... Mais un jour, Nicolas surprend une conversation entre ses parents qui lui laisse penser que sa mère est enceinte. Il panique alors et imagine le pire : bientôt un petit frère sera là, qui prendra tellement de place que ses parents ne s'occuperont plus de lui, et qu'ils finiront même par l'abandonner dans la forêt comme le Petit Poucet...
Une œuvre cinématographique attachante et drôle.
Le réalisateur Laurent Tirard réussit un véritable tour de force en adaptant la formidable œuvre du tandem Goscinny - Sempé, se l'appropriant et lui procurant une dimension cinématographique inédite. L'univers visuel s'impose comme un croisement merveilleux entre Jean-Pierre Jeunet, Jacques Tati et Wes Anderson, déployant une imagerie carte postale d'une France des années 50. La richesse des textes s'inspire grandement des écrits originaux qui ont été remaniés et adaptés à la sauce Chabat, leur conférant une drôlerie communicative. Le film est mené tambour battant par une bande de comédiens "en herbe" hauts comme trois pommes donnant vie aux illustrations de l'œuvre d'origine. Le casting des adultes est tout aussi délicieux et infiniment drôle avec notamment le couple Lemercier - Merad terriblement attachant dans le rôle des parents du petit Nicolas. Leurs échanges passionnels sont réglés comme du papier à musique et font mouche à chaque instant. En somme, Le Petit Nicolas possède tous les ingrédients d'un succès populaire qui, pour une fois, risque fort de rencontrer le plébiscite d'une grande partie des critiques, tant on a affaire à une œuvre cinématographique attachante et drôle.
D'emblée, on est bluffé par la transposition brillante de l'univers de l'œuvre originale sur grand écran. Visuellement, comme évoqué plus haut, on se retrouve à la croisée des mondes de Tati, Jeunet et Anderson créant un univers visuel extrêmement soigné. La production design est remarquable, tant par ses costumes que par la reconstitution des lieux qui a bénéficié d'un soutien précieux d'effets spéciaux numériques invisibles qui permettent d'accroître l'immersion et d'obtenir une maîtrise du cadre remarquable. Si l'on excepte les teintes très réalistes de la photographie de Le Petit Nicolas qui remplace la dominance ocre des films de Jean-Pierre Jeunet, on retrouve le charme suranné d'une Amélie Poulain en culotte courte, avec ses cadrages en longues focales, ses plans irréels de la ville de Paris, sa voix off qui nous ouvre des parenthèses scénaristiques où l'imaginaire du Petit Nicolas prend vie à l'écran. Ainsi, lorsqu'il évoque que son camarade de classe Agnan est un cafteur en le traitant de cafard, l'enfant se voit revêtu d'un costume répugnant et ridicule de cafard. Un gag récurant qui est assez jouissif et un brin mièvre et désenchanté sans être lourdingue.
Outre le soin apporté aux costumes, c'est avant tout la galerie d'acteurs qui emporte l'adhésion du public. Même si Laurent Tirard a dû sacrifier plusieurs personnages des livres, dont notamment celui de la grand-mère de Nicolas, on retrouve avec émotion la brochette de joyeux drilles qui forment ses plus proches amis. Fruit d'un travail de casting intense, les très jeunes acteurs qu'ils ont dénichés incarnent à la perfection leurs rôles respectifs, Agnan, la tête à claques intello qui ne vit que par et pour les études, Clotaire, le dernier de la classe qui dort tout le temps et bien entendu Nicolas le héros du film. Paradoxalement, tout comme de nombreux films mettant en scène un héros positif, celui-ci manque de caractère et de profondeur. Un personnage principal assez lisse et homogène pour que le plus grand nombre de spectateurs puisse s'identifier à lui. Or, pendant la première demi-heure, on a du mal à s'attacher à lui, l'ensemble des enfants qui l'entourent étant bien plus marquants. Mais, petit à petit, le charme agit, car il ne faut pas oublier la famille de Nicolas et le monde des adultes avec Kad Merad et Valérie Lemercier qui interprètent les parents du petit Nicolas à merveille. Ils leur donnent vie en nous offrant de nombreuses scènes drôles et proches du vaudeville.
C'est là qu'intervient le superbe travail d'écriture afin de rendre le plus fluide et le plus drôle possible les gags mis en scène. La griffe d'Alain Chabat se ressent nettement, son humour se rapprochant un tantinet de celui de l'univers du Petit Nicolas. Avec Laurent Tirard et Grégoire Vigneron, ils composent des dialogues sans le moindre temps mort, réglés comme du papier à musique, jouant sur les quiproquos, gags de situation, polysémies du langage, clins d'œil, références, etc. Un éventail vaste et complet qui rend véritablement hommage à l'œuvre d'origine, tout en l'adaptant au format cinématographique. On peut découvrir amusé, dans un court passage où les enfants s'improvisent chanteurs pour la chorale de l'école, un Gérard Jugnot en professeur de chant en référence à son rôle dans Les Choristes. En plus de cet humour omniprésent, la grande force du film est d'avoir su retranscrire le double niveau de lecture inhérent aux histoires du Petit Nicolas, du point de vue des enfants au travers du regard de Nicolas, et du point de vue des adultes avec celui de ses parents, mais aussi de l'institutrice. La peur de l'abandon de Nicolas et les préparatifs du dîner avec le patron de son père vont ainsi offrir différents degrés de lecture où petits et grands s'y retrouveront sans mal. In fine, Le Petit Nicolas possède tous les ingrédients pour devenir une grande réussite populaire qui peut, au même titre qu'Amélie Poulain en son temps, prétendre à une exploitation en dehors des frontières de l'hexagone tant le film propose une vision d'une certaine France, entre nostalgie et mélancolie teintée d'une sérieuse dose d'humour.
A peine remis des grandes émotions de 2008, notre rédaction héroïque partait à l'assaut de l'année suivante en espérant qu'elle lui réserve autant de belles surprises...