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Le Plaisir de chanter

La critique d'Excessif

0/5
plaisir_de_chanter L'HISTOIRE : Agents des services secrets, Muriel et Philippe forment un improbable duo amoureux. Dans leur nouvelle mission, ils sont chargés de mettre la main sur une clé usb cachée par Constance, la veuve d'un trafiquant d'uranium fraîchement assassiné. Cette jeune bourgeoise étrangement ingénue conduira le duo dans un cours de chant lyrique où s'entremêlent d'autres espions aux voix ensorcelantes. Dans cette comédie d'espionnage, les cordes vocales se libèrent, les corps se débrident et les âmes se poursuivent.
Réalisateur inclassable, Ilan Duran Cohen signa son premier long métrage en 1991, sous le titre Lola Zipper, avant de revenir sur le devant de la scène, neuf ans plus tard, avec La confusion des genres, puis Les petits fils en 2004. Aujourd'hui, le cinéaste nous propose l'un de ses films les plus réussis, une comédie d'espionnage intitulée Le plaisir de chanter, où il met en scène Marina Foïs, Lorànt Deutsch et Jeanne Balibar.

LE PLAISIR DE CHANTER
Un film de Ilan Duran Cohen
Avec Marina Foïs, Lorànt Deutsch, Jeanne Balibar, Nathalie Richard, Julien Baumgartner
Durée : 1h38
Date de sortie : 26 Novembre 2008

Muriel et Philippe sont deux agents des services secrets français. Leur nouvelle mission consiste à retrouver une clef USB, détenue, selon eux, par une certaine Constance, veuve d'un trafiquant d'uranium, musicien mélomane à ses heures perdues, récemment assassiné. Mais d'autres espions sont également sur le coup. Tous ces personnages vont donc se retrouver régulièrement au sein d'un cours de chant lyrique et vivre d'étranges relations les uns avec les autres...

L'année 2008 restera définitivement celle du cinéma français. Certains auteurs se révèlent, et d'autres se confirment. C'est le cas d'Ilan Duran Cohen, offrant ici un véritable ovni. Si son scénario reste assez simple et promet peu de rebondissements, il réussit néanmoins à mélanger les genres avec une facilité déconcertante. On passe ainsi allègrement de la comédie au drame, tout en flirtant avec le policier mais aussi l'érotique. Ainsi, le réalisateur filme les corps nus de ses comédiens avec une esthétique d'une rare beauté. Chacun se livre donc sans aucune pudeur, et apporte un peu plus de son charme au long métrage. La mise en scène d'Ilan Duran Cohen reste toujours sobre, sans aucun artifice gratuit, et se contente d'une caméra épaule constante, au plus près des comédiens, de leur physique et de leur émotions. Le réalisateur acquiert alors ici un style particulièrement fort, et donne naissance à un film « tristement drôle ».

L'histoire se concentre sur une poignée de personnages perdus d'un point de vue émotionnel voire sentimental, dont la profession les amène à se croiser autour d'un seul et même objectif. L'intrigue les pousse à vivre des aventures particulièrement délirantes, et les comédiens se montrent bien souvent irrésistibles, par une prestance légèrement en sur-jeu et des répliques de qualité.


Au centre de l'intrigue, Jeanne Balibar excelle littéralement dans le rôle d'une femme « simple », à la limite de l'autisme, vivant dans un monde où « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil ». Elle démontre une fois de plus l'étendu de son talent et nous fait profiter de ses merveilleuses cordes vocales, notamment lors d'une reprise de la célèbre chanson C'est beau l'Amour. A l'image de certains personnages, son charme nous atteint de la même façon et l'on aimerait un jour connaître une telle personne. A ses côtés, Marina Foïs casse une fois de plus son image de Robins des Bois, et prouve définitivement qu'elle est l'une de nos plus grandes comédiennes. Entre humour et tendresse, elle tient sans aucune difficulté le haut de l'affiche, face à un nouveau Lorànt Deutsh, bien loin de ses précédentes interprétations, généralement cantonné aux rôles de jeune effronté. Beaucoup plus sobre qu'à l'accoutumée, il se révèle ici particulièrement convaincant voire touchant par son innocence et son romantisme. On retiendra enfin la performance du jeune Julien Baumgartner. Le cinéaste lui a écrit l'un des rôles les plus difficiles du film, et il s'en sort majestueusement. Il se met littéralement à nu, dans tous les sens du terme, et crève l'écran de par son physique et son incroyable voix.

Si l'intrigue se boucle beaucoup trop rapidement, Le plaisir de chanter réussit néanmoins le pari de nous distraire mais aussi de nous émouvoir, en nous offrant différents portraits de personnages définitivement humains, dans un univers totalement surréaliste. Véritable hommage à la musique et au chant, le film se révèle d'une incroyable richesse en partant dans de nombreuses directions, et réveille en nous des émotions insoupçonnées. On en ressort avec l'envie de chanter et d'aimer, une véritable prouesse de la part d'un cinéaste ayant fait le choix d'une « comédie anti-romantique ».

Gilles Botineau

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