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Le Refuge

La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Le Refuge L'HISTOIRE : Mousse et Louis sont jeunes, beaux et riches, ils s'aiment. Mais la drogue a envahi toute leur vie. Un jour, c'est l'overdose et Louis meurt. Mousse survit, mais elle apprend qu'elle est enceinte. Perdue, elle s'enfuit dans une maison loin de Paris. Quelques mois plus tard, le frère de Louis la rejoint dans son refuge.
Quelque part entre Rohmer et Fassbinder

En apparence, Le Refuge ressemble à un autre film de François Ozon : Le temps qui reste, qui pouvait déjà se voir comme une version longue de son court-métrage, La petite mort. Entre les trois, il y a une transmission de thèmes qui parcourt tout son cinéma. Une seconde fois, Melvil Poupaud incarne jusqu'à la destruction le double maléfique de ses personnages rêveurs chez Eric Rohmer et disparaît en abandonnant son corps overdosé de toxico qui suinte la mort. Il faut compter sur Isabelle Carré, enceinte pendant le tournage, pour combler le vide. Ozon poursuit le travail de Fassbinder en lui confiant le rôle d'une femme en marge, déconnectée du monde (Romola Garai dans Angel, Charlotte Rampling dans Sous le sable et Swimming Pool), observant les garçons s'aimer entre eux sans jouir de leurs étreintes (Marina de Van dans Sitcom, Natacha Régnier dans Les amants criminels, Anna Thomson dans Gouttes d'eau sur pierres brûlantes, Sacha Hails dans Regarde la mer, Valeria Bruni-Tedeschi dans 5X2). Enfin, il part de l'obscurité vers la lumière, de la mort vers la naissance, à travers une construction scénaristique déjà en vigueur dans 5X2 et Ricky.

 

Le Refuge de François Ozon


 
Les vingt premières minutes qui dépeignent un univers bourgeois sclérosé se caractérisent par une absence totale d'implication émotionnelle. Mais, une fois qu'Ozon change d'environnement et resserre l'intrigue sur l'héroïne enceinte et le frère du défunt, il convainc. Ce qu'il raconte au fond, c'est la même histoire de fantôme que Sous le sable. Ici, la femme endeuillée voit la réincarnation de son mari mort dans les yeux d'un proche. La figure du double et donc du manque hurle à chaque plan, dans des miroirs ou à travers l'acteur Louis-Renan Choisy qui se métamorphose en Poupaud des jours heureux et emprunte le phrasé désincarné des acteurs de la Nouvelle Vague. Au détour d'une séquence, Marie Rivière, égérie du cinéma de Rohmer et mère de Poupaud dans Le temps qui reste, surgit au bord de la plage, comme si elle sortait d'une vague de souvenirs. Ozon révèle l'envers du décor pourri et mortifère des films de Rohmer. Chez lui, on meurt sur la plage de Pauline (l'épilogue dans Le temps qui reste) et il n'y a pas d'amour heureux (celui de 5X2). 
 
D'ailleurs, comme toujours avec ce réalisateur, il faut faire attention aux conclusions de ses films qui jouent sur la confusion mentale (Sous le sable) et prennent au dépourvu (Swimming Pool et sa pirouette inattendue). Dans Ricky, son précédent long, déjà axé sur une maternité sans homme, Ozon donnait la clef du mystère dans la toute dernière scène, ramenant tout ce qui avait précédé au fantasme d'une petite fille malheureuse. Dans Le Refuge, il accentue l'ambivalence à la fois apaisante et terrifiante d'une femme enceinte. Qui voit ce qui sort d'elle, ce qui demeure inconnu et qu'elle préfère laisser s'échapper. Eloy de la Iglesia, cinéaste de la Movida avec lequel Ozon partage de nombreux points communs, avait déjà expérimenté le même trouble organique de donner naissance à un monstre d'amour dans La Créature (1977). Cette fois-ci, il ne reste qu'un fantôme d'amour.  
 

                                                                                                                                                                                 

                                                                                                                                                                                     Romain LE VERN

Mag : plus d'actu sur Le Refuge

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    News Thématique
    François Ozon en 10 films25 janvier 2010 - 0 commentaires

    François Ozon est une énigme à lui-seul. À l'image de ses films qui se suivent avec cohérence, en parsemant une somme d'indices. La preuve par dix (soit 5 X 2).

Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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