On aurait pu croire à une grosse blague du producteur Jerry Bruckheimer : "Tenez . Après Top Gun, Jour de Tonnerre, Armageddon et Pirates des Caraïbes, je vais vous raconter l'histoire du Roi Arthur. Attention, pas la légende, mais la vraie histoire ! Ca va être sérieux, documenté, on va tout vous révéler.". Mais bien sûr. Sans doute un peu embêté qu'on l'accuse à gauche et à droite d'avoir modifié à sa manière les évènements historiques de la seconde guerre mondiale, voici qu'il s'attaque à l'histoire d'un héros ayant réellement existé mais dont on ne sait pratiquement rien. Ou comment miser sur l'inculture des spectateurs, qui au mieux connaîssent le dessin animé de Disney et, à la rigueur, le Zelda de Nintendo (mais si, l'épée d'Excalibur). Avec Antoine Fuqua à la réalisation, le monsieur finesse responsable des
Larmes du Soleil et
Training Day et une bande-annonce un brin ridicule,
Le Roi Arthur s'attendait avec un sourire masochiste...
La surprise n'en est que plus grande.
LE ROI ARTHUR (King Arthur)
Un film d'Antoine Fuqua
Produit par Jerry Bruckheimer
Avec Clive Owen, Stellan Skarsgard, Ray Winstone, Keira Knightley
Durée : 2h05
Sortie : 04 Août 2004
Arthur et ses chevaliers sont au service de Rome depuis quinze années en Grande Bretagne. Alors que leurs obligations envers cet empire touchent à leurs fins, une ultime mission leur est confiée par l'église : aller sauver dans le nord de l'Angleterre une famille dont le jeune fils pourrait plus tard devenir pape. A contrecœur car pressés de retrouver leur liberté, les 6 chevaliers suivent Arthur, seul d'entre tous à croire en Dieu et l'Eglise. Pourtant leurs chances de survie sont maigres : l'armée des redoutables Saxons est en train d'envahir l'Angleterre et croisera forcément leur chemin.
Effectivement, il est inutile de chercher un soupçon de ressemblance dans cette histoire à celle(s) que nous connaissons déjà. Les libertés prisent sont énormes, reprenant certes des personnages et une époque connue, mais appliquant sa propre recette inédite. L'époque, les cultures, le triangle amoureux entre Guenièvre, Lancelot et Arthur, l'origine d'Excalibur, ou même le rôle de Merlin vont faire hurler les puristes. Mais force est de constater que le résultat est plus qu'euphorisant.
Certes cette histoire originale est une nouvelle fois totalement manichéenne : les gentils et beaux d'un côté avec à leur tête un mannequin droit comme un i et valeureux aux cœur pur ; les méchants sales et poilus de l'autre avec un chef cruel se tenant toujours dans une posture tordue avec des petits yeux d'assassins et une voix de brute. L'être de mauvaise augure responsable de la perte du héros répond aussi présent en la personne d'un évêque de l'église, qui enverra les chevaliers en mission et les manipulera habilement : pourtant son sourire carnassier et son nez crochu indiquaient qu'il fallait se méfier non ? Bref, l'iconographie hollywoodienne de la confrontation caricaturale entre le bien et le mal dans toute sa splendeur. Mais tout cela est bien fait, agréable, et donc acceptable. Reste un troisième clan, celui emmené par Merlin. Autant dire que ce Merlin n'a rien à voir avec l'enchanteur rigolo de Disney qui poussait la chansonnette à travers sa grande barbe blanche tout en enchaînant les tours de magies tout mignons. Non, ici Merlin est le responsable de la mort des parents d'Arthur, et est à la tête d'une armée de "gens du pays" vivant dans la forêt. Des hippies en somme, mais qui ont prit les armes et mis un allumé baba-cool pas cool du tout (mais en fait si) à leur tête. L'intelligence de la chose est d'avoir assumé cet état jusqu'au bout : Merlin ne lance pas des sorts, mais est véritablement un leader spirituel charismatique et crédible malgré son exotisme.
Autre inquiétude vite écartée : la réalisation en elle-même. Là où la vision des images de la bande-annonce annonçait une caméra prise d'assaut par un éléphant cadreur, le résultat final fait preuve d'une certaine élégance, un raffinement et une efficacité parfois bien surprenante. Les combats ne sont pas si nombreux que cela en somme, mais la stratégie développée dans chacun d'entre eux garantie un suspense vraiment prenant, une montée en tension communicative et excitante aux lourds moyens utilisés à bon escient. On ne vous en dira pas plus, mais le passage intégral sous la neige et surtout sur la glace où Arthur et ses chevaliers font face à une armée de 200 soldats, reste dans les mémoires longtemps après le film. Seul le combat final se démarque avec un affrontement homérique entre les deux représentants du bien et du mal.
Caméra fluide, découpage parfois très ingénieux (l'ouverture d'une énorme porte de forteresse n'a jamais paru aussi compliqué), et photographie renversante de beauté : Le Roi Arthur est une réussite artistique indéniable.

L'histoire apporte quant à elle son lot de surprises. Certes une nouvelle fois celle-ci n'est pas du tout fidèle au mythe que nous connaissons, mais sa volonté affichée de prendre une direction bien personnelle et son jusqu'au boutisme dans ses thèmes la rende sympathique, d'autant que le scénario se montre (relativement) fin et bien mené. Si dès le départ le thème de la religion est abordé, les quelques petit piques de certains personnages à l'encontre du catholicisme font craindre une apologie de ses qualités par la suite. Qui plus est Arthur est le seul chrétien des chevaliers, tous férocement athées, et son statut de héros devrait en faire un modèle. Rien de cela, au contraire la religion s'en prend littéralement plein la poire pendant deux heures, au point d'en arriver à un encensement de l'athéisme. Prières, autorités religieuse, déviances fanatiques, interventionnisme absent ou aberrant de Dieu,... tout y est pour se convaincre de la nuisance des religions, même si celle-ci amènera tout de même à la création de la légende d'Arthur.
Bien sûr le tableau est loin d'être parfait, à commencer par une belle mais envahissante musique signée Hans Zimmer. Certaines images se retrouvent noyées alors qu'elles se seraient suffit à elles seules et auraient dégagé une plus grande intensité.