En Corée au XVIè siècle, le roi Yon-San, de la dynastie Chosun (1392-1910), fait régner la terreur. Jang-Seng et Gong-Gil, deux comédiens ambulants se produisent dans les villages et les routes du pays dans des spectacles qui font hurler de rire les gens du peuple. Fort du succès de leurs satires sociales, Jang-Seng rêve de fortune et persuade Gong-Gil de se rendre dans la capitale dans l'espoir de devenir riche. Très vite arrêtés lors d'une représentation pour avoir moqué et insulté la personne du roi, Jang-Seng propose un pari insensé pour obtenir la grâce de sa majesté. Si sa troupe arrive à faire rire le souverain ils seront libérés. Echappant de peu à la mort en provocant le fou rire royal, la troupe est assignée à résidence pour le plaisir de Yon-San. Peu à peu les représentations satiriques, très critiques envers les ministres et la cour, vont faire basculer les fondements du gouvernement.
LE ROI ET LE CLOWNUn film de Lee Jun-ik
Avec Karm Woo-sung
Durée : 2h
Date de sortie : 23 janvier 2008 Prix du jury au 9ème Festival du Film Asiatique de Deauville,
Le roi et le clown a eu un succès phénoménale en Corée du Sud lors de sa sortie en 2005 avec plus de douze millions de spectateurs, record historique du box office national. Le film de Lee Jun-ik est un projet ambitieux qui mène avec brio le drame historique, la satire sociale et la tragédie humaine. Essentiellement composé de longues scènes théâtrales de style satirique, le film risque de sembler austère aux yeux des profanes de la culture coréenne. Supporté par des acteurs au talents indéniables, mais peu ou pas connus dans nos contrées, le film s'éloigne notablement des derniers succès que les films coréens ont pu connaître en France tels que
Memories of Murder ou
The Host de Bong Joon-bo, et la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook. Plus proche du
Chant de la fidèle Chun-Yuang d'Im Kwon-taek, avec néanmoins un côté plus populaire, le film s'attarde sur le quotidien misérable des acteurs de l'époque.
En effet, après ces succès internationaux incontestables, il est heureux de constater que certains distributeurs français accordent toujours à des films jugés plus difficiles une chance de sortir sur nos écrans. Qu'il s'agisse de
Je suis un cyborg (qui compte bien entendu sur la popularité particulière dont jouit le réalisateur Park Chan-wook en ce moment en France), tout comme des deux derniers films de Kim Ki-duk,
Time puis
Souffle, ou
Secret Sunshine de Lee Chang-dong il y a peu, force est de constater que la palette des films coréens distribués en France s'élargit encore pour notre plus grand plaisir. Mais au contraire des drames historiques chinois, sortis ces derniers temps, qui se veulent universalistes et plus aisés à comprendre pour un public non asiatique, donc plus facile à distribuer à l'étranger (dont
La Cité interdite ou
Le Secret des poignards volants de Zhang Yimou sont les exemples le plus criant), le film de Lee Jun-ik ne s'abaisse pas à la simplification ni aux gommages des traits culturels spécifiques, ici merveilleusement mis en scène dans les représentations des arts du spectacles traditionnels coréens. Satires bouffonnes, numéros d'équilibristes, spectacles de marionnettes, la troupe des troubadours déploît ses compétences pour impressionner et faire rire les gens du peuple. Méprisés pour leur statut social de saltimbanques, de vagabonds, d'acteurs, ces troubadours sont auréolés pour leurs prouesses physiques et actorales.
Dans la confrontation de deux mondes sociaux totalement opposés, celui de la famille royale et des nobles face à l'univers marginal et instable des acteurs ambulants, se joue le coeur du film. Complètement coupé du monde extérieur par les codes restrictifs et les lois pesantes de la cour controlée par les ministres, le roi ne peut avoir connaissance des réalités du monde quotidien ni avoir conscience de la raillerie dont le gouvernement est le sujet de la part de la plèbe. Filtrée par tout un système ministériel nobiliaire, aucune communication n'est possible entre la personne du roi et le peuple qu'il gouverne. La troupe va ici jouer le rôle de perturbateur et remettre en question cette incommunicabilité, notamment à travers le personnage de Gong-Gil (Lee Joon-gi), acteur aux traits androgynes, spécialisé dans les rôles féminins. Séduit par son talent et son charme, une relation ambigüe va naître entre le souverain et le comédien. Paradoxalement c'est à travers des représentations théâtrales que le roi goûtera à une vision différente de son gouvernement, de ses proches, de sa fonction et du passé familial, passé qui ressurgira par la révélation d'une pièce maudite interdite dont les ressorts dramatiques ébranleront les bases du pouvoir.

Les représentations théâtrales, essentiellement sous la forme de la satire, offrent un reflet bien moins déformé que l'on ne pense de la décadence de la noblesse et du gouvernement. La vie de cour, les complots et le passé de la famille royale y sont dévoilés, décortiqués, analysés, révélés, critiqués et dénoncés sans détours. Si la toute puissance du roi lui permet d'exercer ses moindres désirs en tyran, les responsabilités écrasantes de sa charge lui interdisent de se sentir libre. Au contraire, le statut de paria qu'éprouve Jang-Seng (Karm Woo-sung), le leader de la troupe, lui offre la chance de goûter quotidiennement aux délices de la liberté. Liberté éloquente dont Jang-Seng aura a payer le prix.
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