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Le Roi Scorpion

La critique d'Excessif

0/5
roiscorpioncine L'HISTOIRE :
Barbare bodybuildé dans un monde couillu, catcheur au regard bovin, bimbos ultra-carossées sans une ligne de dialogue, grosses épées qui font des étincelles : le nouveau film de Charles Russell, réalisateur de l'Effaceur (et pour l'occasion redevenu Chuck Russell, comme du temps de The Blob, c'est un signe) ne propose rien de plus, et on avait oublié à quel point ça pouvait faire du bien de manger léger : les bons p'tits films bien emballés qui n'insultent pas leur public sans pour autant chercher à lui faire vivre l'expérience ultime, ça existe. En tous cas ça existait. Et si le Roi Scorpion, divertissement très honnête qui offre un rôle principal à l'un des méchants du retour de la Momie, était aussi une bonne nouvelle pour un certain cinéma de genre hollywoodien ?

LE ROI SCORPION
Année : 2001
réalisateur : Chuck Russell
Acteurs : The Rock, Steven Brand, Michael Clarke Duncan, Kelly Hu, Bernard Hill
Durée : 1h30
Sortie : 30 Avril 2002

Les opposants à Memnon, qui asservit l'antique cité de Gomorrhe, engagent un assassin impitoyable, le barbare Mathayus, pour supprimer le sorcier qui guide, par ses visions prémonitoires, le tyran dans ses conquêtes. Lorsqu'il découvre que le sorcier est en fait une femme, Mathayus renonce à la tuer et préfère l'enlever pour priver Memnon de son atout majeur. Il devient l'homme à abattre...

Bien que n'adaptant pas un roman en particulier, Le Roi Scorpion retrouve sans trop de peines l'esprit feuilletonnesque et décomplexé de l'héroic-fantasy. Il propose une alternative en mode mineur à Conan le Barbare, esthétique inspirée de Frazetta et John Buscema à l'appui (jusqu'à quelques délices kitchs comme la longue chevelure cachant pudiquement les seins de l'héroïne). Sans tenir à aucun moment la comparaison sur le plan qualitatif avec le film légendaire de Milius, c'est certain.

Pourtant, il faut bien l'admettre, Chuck Russell distille cet exotisme, cette narration concise, ces caractères trempés et ces silhouettes icôniques qui faisaient tout le sel des nouvelles de Robert E. Howard. On dit bien : les nouvelles, et non la saga dans son ensemble. La distinction est d'importance : Milius s'attachait à retrouver le souffle d'épopée qui liait chronologiquement les péripéties du fameux barbare; Russell, pour sa part, raconte une simple aventure sans conséquences, un parcours classique menant son héros du point A au point B où les seuls objectifs sont : sauver l'héroïne et latter le bad guy. Mais le soin et la modestie qu'il apporte à cette tâche lui permettent d'éviter les écueils qui ont eu raison d'entreprises similaires (Conan le destructeur, évidemment) et de livrer au final une oeuvre sympathique, doucement anachronique.



Le film ne pâtit jamais de sa propre logique, un peu étriquée, que l'on croyait obsolète depuis la fin des années 80 (en gros, c'est un sous-Conan joué par une montagne de muscles mono-expressive). Il assume sa nature primitivement bourrine (les corps qui tombent, depuis des hauteurs variables, deviennent le leitmotiv du film et servent fréquemment de transition), propose un héros rigoureusement antipathique car traité jusqu'au bout comme l'assassin qu'il est (il accumule les attaques en traître et les ruses déloyales), enchaîne les combats (pas très imaginatifs, il est vrai), assure un rythme soutenu, se corse de quelques moments d'humour sadique et repose sur un scénario simple mais bien écrit à la progression logique et parfois même un peu subtile (!). Surtout, il ne joue pas cette carte du second degré qui a sonné le glas de la vraie série B (on parle ici moins de budget que de style). Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Le Roi Scorpion est produit par Stephen Sommers, un vrai amoureux du cinéma de "drive-in" (il est aujourd'hui rejoint par Guillermo Del toro et son Blade II carré et puissantissime), même si le film s'éloigne de la politique de surenchère et de mélange des genres qui fait la marque de fabrique du réalisateur de Un cri dans l'océan.



Dès lors, on a beau chercher, pas l'ombre d'un réel mauvais goût ou d'une maladresse grave dans ce produit ne surfant sur aucune mode (l'opportunisme est peut-être plus flagrant aux States où The Rock est une méga-star) et s'évertuant à varier les plaisirs. A l'exception d'une ou deux séquences pouvant évoquer un téléfilm de luxe (quelques figurants qui s'ennuient dans un décor réduit à deux piliers et un brasero), la sortie du Roi Scorpion sur les grands écrans (plutôt qu'en direct-to-video) est parfaitement justifiée. Et on peut espérer qu'il s'agisse du coup d'envoi d'un nouveau courant pouvant re-banaliser à moyen terme des genres moribonds. A quand le western ou le péplum du mois dans tous les UGC ?

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