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Le Royaume interdit

La critique d'Excessif

3/5
forbiddenkingdomprevokok L'HISTOIRE : Passionné par le cinéma de Hong Kong et les classiques de Kung-fu, un adolescent américain découvre dans une boutique de Chinatown, l'arme du Roi Singe, un combattant légendaire. Le jeune homme se retrouve plongé dans l'ancienne Chine, en compagnie d'un groupe d'experts en arts martiaux, tous partis pour libérer le Roi Singe ...
Jackie Chan. Jet Li. Dans le même film ! Pour tout amateur, même lointain, du cinéma asiatique, l’association de ces deux noms en haut d’une même affiche a longtemps tenu du fantasme pur et simple, les egos de stars étant aussi difficiles à gérer que la comptabilité du Crédit Lyonnais. Finalement, c’est sur un simple coup de fil (passé par le producteur Casey Silver) que l’alliance magique a été scellée pour le grand écran. Le royaume interdit est le nom de ce fantasme devenu réalité, et si le retour sur terre devant l’écran est parfois brutal, le simple plaisir de voir ces deux immenses artistes partager l’écran surpasse toute autre considération. Pour les autres ? Mmm…

Le Royaume Interdit
Un film de Rob Minkoff
Avec Jackie Chan, Jet Li, Michael Angarano, Collin Chou, Yifei Liou
Durée : 1h53
Sortie le 24 septembre 2008



Alors que l’affiche laisse présager un film en costumes épique et aérien, de ceux qui ont finalement fait la gloire de ces deux stars, Le Royaume Interdit débute comme un remake inavoué et bancal de Karaté Kid et Gremlins, après un prologue gentiment nawakesque où Jet Li, déguisé en Roi singe, refait Legend of Zu au sommet d’une montagne, mais en moins beau. Le vrai héros de l’histoire n’est pourtant qu’un jeune idiot américain, fan d’arts martiaux et de vieux films de kung-fu, qui part régulièrement à la découverte de films rares dans une échoppe de Chinatown : ça c’est pour le côté Gremlins, avec le vieux sage chinois tenant une boutique recelant mille trésors, et le morveux ahuri qui ne va pas comprendre ce qui lui arrive. Ce même corniaud, que nous appellerons Jason, est également brimé par les petites frappes de son quartier, et leur leader, qui lève plutôt haut la jambe : ça c’est bien sûr pour le côté Karaté Kid. Tout ce petit monde se retrouve pour un hold-up improvisé et sanglant, qui se termine par la chute dans le vide de Jason, seulement armé d’un bâton magique. Un bâton qui va le propulser dans un monde magique (non, pas Narnia !), le fameux royaume interdit, en gros la Chine ancestrale des wu xia pian. On m’apprend dans l’oreillette que cet argument sert également de prologue pour la déjà bien vieille Histoire sans fin de Wolfgang Petersen.



Pourquoi citer tant de références ? Parce que le Royaume interdit en compte beaucoup : En rassemblant via son casting tout un pan de culture cinématographique chinoise, le scénario de John Fusco (Hidalgo, mais aussi Cœur de tonnerre) se nourrit de tous les classiques de cette dite culture, et de les faire découvrir à un public mondial (comprendre : américain) via un personnage de candide un peu benêt, mais déjà connaisseur en la matière.


Ces considérations commerciales ne gênent en aucune manière le show de Jackie Chan et Jet Li : les deux stars ont été castées dans des rôles qu’ils connaissent bien, pour les avoir déjà interprétées à plusieurs reprises avant. Jackie, qui cabotine comme à la glorieuse époque de ses comédies martiales, reprend la défroque du vagabond maître de la boxe ivre, qu’il tenait dans les Drunken Master. Jet, tout en droiture pince-sans-rire, endosse bien sûr les habits du moine Shaolin, avec lesquels il débuta sa carrière dans les années 80. Tous deux se coltinent bien malheureusement une face d’artichaut comme on en avait pas vu depuis longtemps, en l’occurrence l’hébété Michael Angarano, qui ne fait rien d’autre qu’avoir la bouche bée et une tignasse impossible tout au long du film. Pour le coup, Shia LaBeouf aurait presque été meilleur à sa place, même si l’acteur, vu dans Les seigneurs de Dogtown, assure plutôt dans les nombreuses scènes de combat auxquelles il prend part. Dans le rôle du grand méchant empereur de Jade, Collin Chou, encore traumatisé par son duel avec Jet Li dans le Maître d’armes, fait dans le minimum syndical. Quant à la jeune Yifei Liu, elle n’a de révélation que le nom.



Doté d’effets spéciaux spectaculaires, parsemé de clins d’oeils à un genre chéri par de nombreux cinéphiles (en vrac, sont cités quasi-littéralement Les griffes de Jade, Jiang Hu, L’hirondelle d’or, Le roi singe, Fearless, La 36e chambre de Shaolin…), le film peut faire sourire et passer un bon moment (Jet Li qui pisse sur Jackie Chan, grand moment de mo lei tau, autrement dit de gag non-sensique). Modeste artisan de l’écurie Disney, passé au panthéon après le carton cosmique du Roi Lion, Rob Minkoff sert en bon pro la soupe au chorégraphe vedette Yuen Wo Ping, et à ses deux têtes d’affiche, qui, si elles se révèlent alliées plutôt qu’ennemies dans l’histoire, ont tout de même l’occasion de se battre en duel. C’est bien évidemment la meilleure séquence du film, un moment rare dans la vie d’un cinéphile où les heures passées à imaginer la rencontre entre deux mondes a priori étrangers (comme Robocop versus Terminator… Allez, personne n’y a jamais pensé ?) prennent vie durant quelques minutes. Une poignée de secondes virtuoses, ultra-précises, où Jackie et Jet, plus de 80 films à eux deux, se bastonnent à coups de prises aux noms exotiques, dans un déluge de clés de bras et de baffes millimétrées, au cœur d’une caverne ancestrale.



Rien que pour ce moment de bravoure, Le royaume interdit vaut la peine d’être visité. Dommage tout de même que la rencontre de ces deux géants n’ait pas eu lieu dans leur pays natal, plutôt que sous le prisme déformant et uniforme d’une production américaine. On est encore bon pour rêver quelques années...

b>














































































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