Une lumière blanche aveuglante, les murs d’un hôpital, un homme respire difficilement, tout est flou autour de lui, il ne reconnaît pas la tonalité de ces voix qui lui parlent, il ne sait pas où il se trouve, il ne se souvient pas de ce qui lui est arrivé, puis, peu à peu, il comprend, réalise que, s’il a conscience de ce qui se passe autour de lui, s’il comprend, s’il cherche à communiquer, s’il leur répond, personne ne semble l’entendre, il est paralysé. Cet homme, c’est Jean-Dominique Baudy, rédacteur en chef du magazine
Elle, qui vient d’être victime d’un accident vasculaire cérébral qui l’a laissé handicapé. Un homme s’approche, imposant, il lui parle sans détours, lui explique qu’il a été plongé dans un profond coma durant plusieurs jours, que le tronc cérébral est touché, c'est-à-dire la partie reliant le cerveau aux terminaisons nerveuses et qu’il est atteint d’un syndrome extrêmement rare mais particulièrement intéressant « le locked in syndrome ».
LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLONUn film de Julian Schnabel
Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze
Durée : 1h52
Date de sortie : 23 mai 2007> BANDE-ANNONCE
Particulièrement intéressant, Jean-Dominique, Jean-Do pour les intimes, rebondit sur ces mots, avec cynisme, pour lui-même, et dès cette première scène, sa personnalité s’impose, le ton du roman, comme du film, porté par la volonté de cet homme. Si le sujet est douloureux, l’émotion reste toujours discrète, pudique, ne sombre jamais dans le pathos et, dans sa mise en scène, Julian Schnabel a su retrouver cette justesse, cette profondeur humaine qui nous transperce délicatement.
Le scaphandre et le papillon est en effet la fidèle adaptation du roman de Jean-Dominique Baudy qui en s’exerçant avec une spécialiste a appris à communiquer en battant des cils. Lorsqu’il lui affirme en s’exprimant pour la première fois de cette manière, vouloir mourir, elle s’emporte, ne se laisse nullement attendrir et cette soudaine violence lui a probablement donné envie de se battre, d’affronter une nouvelle vie. Il commence par s’évader, différemment, navigue dans sa mémoire, laisse courir son imagination, existe par la pensée, se pose sur son passé, sur le sens de l’existence et ses réflexions deviennent des mots qu’il pose en compagnie d’une jeune femme qui l’aide à traduire ses pensées, à écrire un livre poignant où la maladie et la mort se conjuguent avec la vie, une vie dont il dissèque les écueils, se remettant souvent en question sans s’apitoyer sur son sort.

» Et il a réussi à capter le sens des mots, à le rendre par les images. La sobriété lumineuse de sa mise en scène touche profondément, il a su rendre profond son propos vibrant en restant d’une grande simplicité dans ses choix esthétiques et narratifs. S’il n’apparaît qu’assez peu à l’écran, Mathieu Almaric est également bouleversant de vérité et les intonations de sa voix qui transpercent chaque scène apportent au film une rare intensité. Un deuxième concurrent pour le prix d’interprétation masculine. Les comédiens qui l’entourent se sont également emparés avec force et pudeur de leurs rôles et l’ensemble est bouleversant.