La critique d'Excessif

2/5
Affiche Le Siffleur L'HISTOIRE :

Armand Teillard profite de sa riche pré-retraite sur le littoral de la Côte d'Azur avec sa jolie compagne. Lorsqu'il apprend que son petit restaurant quotidien est menacé de rachat par une bande de malfrats menés plus par l'appât du gain que par un cerveau, il ne voit pas tellement ce qu'il peut faire en dehors de prévenir la police... Cependant, après s'être fait quitter sans ménagement par son amie, lassée de sa mollesse, Armand prend les choses en main et fait appel à son frère jumeau surnommé Maurice le Siffleur.

Le Siffleur frôle parfois la caricature mais il aime ça

Le Siffleur, premier film de l'acteur Philippe Lefebvre, offre une configuration plutôt étonnante. D'un côté, le scénario a des relents de téléfilm français goût petit commerce contre multinationale véreuse ; de l'autre, le casting joue le mélange de talents rôdés (Berléand, Lhermitte...) et de jeunes comiques assidument applaudis sur petit écran, donc terriblement in. Après un passage dans le shaker de Philippe Lefebvre, le cocktail se laisse apprécier. Sans vraiment éviter toutes les lourdeurs que la comédie française « jeuniste » a trop souvent donné en modèle, Le Siffleur est un divertissement assez réussi, avec un parti pris de réalisation louable.
 
Du rythme, des dialogues...de la comédie.
 
La réussite d'une comédie, c'est un lieu commun, dépend beaucoup du rythme qu'on lui impose. Ordinairement, si le spectateur a l'occasion de réfléchir à l'heure qu'il sera en fin de séance et s'il aura le temps de faire un tour dans la petite boutique repérée en venant, le décrochage peut être définitif. En l'occurrence, Philippe Lefebvre gère assez bien ses armes de séduction. D'abord, il adopte à l'image la fausse nonchalance et le clinquant de la Côte d'Azur, traduction des fiertés locales : les yachts et le soleil. Le tout est agrémenté de la petite musique composée par Sinclair (la troisième valeur télé avec Virginie Efira et Fred Testot) ; si elle a parfois du mal à  ne pas empiéter sur le reste du récit, cette mélodie souligne la dynamique du film tout en lui donnant des airs légèrement surannés, assez plaisants. Au-delà de ce charmant habillage, on constate que le réalisateur parvient à adapter le roman de Laurent Chalumeau sans qu'on ressente cette ascendance écrite mais en profitant au mieux du dialogisme. La première scène, où apparaît Alain Chabat en excellent guest, instaure le jeu de rebonds qui se déroulera tout au long du film entre les différents acteurs de la galerie. C'est presque une chorégraphie qui se développe alors qu'Armand Teillard rend visite à son contrôleur des impôts en compagnie d'une avocate. L'échange mesuré de regards, de gestes parlants et de dialogues piquants lancés finement est surprenant et de bon augure. Comme l'aspect polar de l'intrigue est plutôt bien ficelé, les enjeux de la comédie ne sont pas déplacés vers un quelconque engagement de roman noir, le spectateur peut se laisser aller à la dimension comique et légère du film.

 

Le Siffleur

 
Fred, François, Sami et les autres...
 
Le Siffleur n'a pas des ambitions impressionnantes, on ne peut pas dire qu'il renouvelle la comédie ni même qu'il offre un point de vue très différent de ce qu'on a pu voir jusqu'à présent. Mais dans l'ensemble d'une production annuelle assez terne, il a clairement l'atout d'une comédie dialoguée et de personnages construits incarnés par de très bons acteurs. Nous n'irons pas jusqu'à comparer les dialogues à ceux de Michel Audiard comme aime à le faire le réalisateur -peut-être par excès de sacralisation dudit Audiard, mais quand même. Reste que ce qui pêche bien souvent est ici maîtrisé, presque toujours crédible, régulièrement bien lancé.
Le talent de Berléand n'a rien d'une révélation mais il faut le souligner car il est pour beaucoup dans la tenue du film. C'est Fred Testot qu'il faut particulièrement saluer, parce qu'incarner ce jeune freluquet, malfrat lecteur de Bovary, démangé du coup de boule, adepte de la muscu, capable d'acheter Le guide du routard de la Roumanie pour mieux faire croire à une fausse identité, c'est forcément pas mal de composition. Le personnage est drôle parce que le comédien y met de la conviction. On imagine les nombreux fous rires retenus par lui et son acolyte, le parfait Sami Bouajila, et on ne boude pas le plaisir qu'il nous offre.
 
Le Siffleur frôle parfois la caricature mais il aime ça ; c'est en ne décalant que légèrement ses personnages et ses situations par rapport aux (mauvais) clichés que le film, même s'il prend le risque de quelques ratés, s'éloigne un peu des sentiers battus. Philippe Lefebvre offre un mélange sympathique de comédie française désuète agrémentée d'un humour décalé parfois ridicule à souhait. On en ressort le sourire aux lèvres en sifflotant la mélodie de Sinclair. Essayez ! Les deux en même temps, ce n'est pas facile.

Mag : plus d'actu sur Le Siffleur

Le verdict des internautes

Total des votes : 144

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience