On se souvient encore de la bonne tranche de rigolade que représentait
Le transporteur ! Une machine gentiment débile écrite par Luc Besson qui narrait les folles aventures de Franck, le taxi de ces voyous campé par un Jason Statham en grande forme. Ben mince alors, Franck en a marre de la castagne et est parti s'exiler à Miami faire le chauffeur pour un fils à papa, loin des cartels niçois. On risque de bien s'ennuyer ! Heureusement que Alessandro Gassman est très méchant et qu'il décide de décimer la moitié de la ville. Ca permettra à Franck de se lâcher comme jamais et de nous offrir 90 minutes de délire à côté desquelles la poursuite finale du premier film ne fait office que de mise en bouche. Crétin ? Bien entendu. Mauvais ? Certainement pas !
Le transporteur 2De Louis Leterrier
Avec : Jason Statham, Alessandro Gassman, Amber Valetta, Kate Nauta, François Berleand, Jason Flemyng
Durée : 1h27
Sortie le 3 août 2005 " Jason Statham aime les enfants. Un enfant se fait kidnapper. Jason Statham est énervé" (Luc Besson).Il existe deux types de films d'action : Celui qui se prend très au sérieux, qui voit grand mais qui se ridiculise totalement en cas d'échec, et celui qui préfère baigner dans un esprit cartoon et jouer la carte de la déconne. Le premier film de Louis Leterrier avait cela de bancal puisqu'il ne savait pas sur quel pied danser. L'évident besoin de surréalisme émanait de la séquence finale avec ses bonds, ses accidents et combats démesurés sur des camions lancés à pleine vitesse. Mais la main lourde du producteur, cherchant plus l'effet de frime que l'on a toujours pu déceler dans ses productions précédentes, parvint à plomber l'aspect général du film à base de "j'ai des règles à respecter", un semblant de scénario et de dialogues qui juraient avec le cinéma en règle générale et surtout une horripilante bande son hip-hop crétine censée cibler le jeune public. Ca puait le
Taxi à plein nez, et forcément on boudait sans difficulté.
Seulement la donne semble avoir changé en à peine trois ans. Voilà la nature profonde de ce
Transporteur 2 qui choisit délibérément la politique du "toujours plus exagéré" où chaque scène spectaculaire écrase la précédente jusqu'à l'excès. Hasard ou coïncidence, Besson ne s'est ici chargé que du script gardant un certain recul (c'est loin Miami) et préférant laisser les financiers américains signer les chèques de tout ce qui devra être bousillé devant la caméra. Les faits sont là, et certains devraient définitivement en tirer des leçons plutôt que de chercher ce qui rendra le disque d'une BO plus vendeur : lorsque l'on s'engage à vouloir proposer au public du spectaculaire, il faut y mettre les moyens et ENFIN nous y voilà !
Soudainement la franchise change de visage. Dans son fond premièrement puisque plutôt que de tenter de faire un sous Spielberg ou un sous McTiernan et (feu) sa crédibilité que trop peu de réalisateurs actuels pesant lourd n'auront jamais, Leterrier contourne tout ce qui serait vain et ne cherche même pas à rendre son Franck attachant ou humain puisque de toute façon personne n'y aurait cru. On lui pardonnera par ailleurs les quelques séquences intimistes avec une Amber Valetta et son mouflet qui ne servent ici que de prétexte pour relancer l'histoire. La solution s'impose ensuite d'elle-même : aller toujours plus loin, toujours plus fort, ne plus s'imposer aucune limite vis-à-vis de la logique, de l'humainement possible ou même sur les lois de la gravité et conserver un esprit burlesque plus proche de Tex Avery que de n'importe quel représentant du genre. Le moins que l'on puisse dire c'est que la recette fonctionne plutôt deux fois qu'une.

Réussite dans la mentalité du projet mais surtout une réussite dans sa forme, puisque l'argent se voit à l'écran et l'on a enfin droit à de vraies poursuites digne de ce nom où les voitures se retournent en pagailles lorsqu'elles ne volent pas, où les coups de feu détruisent les pans entiers d'un hôpital et où les impressionnants combats nous renvoient à Jet Li dans sa période heureuse. Adieu les caméras au ras du sol et à deux mètres du capot – qu'on ne revoie plus ce genre de chose sur un écran ! – et adieu les bandes sons à base de samples abrutissants qui laissent ici place à des choses comme
Cells de The Servant (cf. la bande annonce de
Sin City) ou du traditionnel Bruckheimerien pour accompagner des séquences bien plus homériques et délirantes à l'image d'un
Charlie's angels, comme des plongeons démesurés, des cascades en jet ski, l'escalade d'un train d'atterrissage en plein envol (malgré des trucages relativement foireux), ou le décrochage d'une bombe comme vous n'en avez jamais contemplé. C'est bien simple, on n'a plus rien vu d'aussi bourrin depuis les années de gloire de Schwarzenegger.
Bien entendu on pourra lui reprocher de ne jamais faire dans la finesse, de verser trop rapidement dans du James Bond sous ecstasy, ou tout simplement d'être volontairement idiot. Mais ce serait cracher sur des films comme
Commando (au vu de leurs nombreuses similitudes), mal comprendre ce qui n'est surtout qu'une qualité et bouder tout simplement le genre de plaisir que l'on peut prendre entre potes après s'être empiffrés de pizza.
Le transporteur 2 est un pur vidage de cerveau qui dépote un max sans se regarder le nombril, s'assumant pleinement et qui remplit presque trop le cahier des charges du cinéma d'action non stop. En tout cas il le fait mieux que les autres cet été.