Après
Le Baiser Mortel du Dragon, Luc Besson et Corey Yuen Kwai (devenu en France Cory Yuen) collaborent à nouveau sur un film tourné en langue anglaise, et donc calibré pour un public international avide d’action :
Le Transporteur. Si l’expert martial Jet Li n’est pas de la partie (il a néanmoins un autre projet en cours avec Besson), l’anglais Jason Statham découvert dans
Arnaques, Crimes et Botanique et
Snatch surprend agréablement dans un registre nouveau pour lui (si on excepte son rôle de gardien de but karatéka dans
Mean Machine, remake du
Plein La Gueule d’Aldrich) où ses talents physiques sont fortement mis à contributions aux cotés d’une Shu Qi un peu potiche (on est plus près de
Skyline Cruisers que de
Millenium Mambo) qui a depuis retournée sous la (vraie) direction de Corey Yuen (il n’a réalisé ici que certaines scènes d’action du film) dans
So Close.
LE TRANSPORTEUR (The Transporter)Réalisateur : Louis Leterrier
Interprètes : Jason Statham, Shu Qi, François Berléand, Matt Schulze
Coordinateur des combats : Corey Yuen Kwai
Durée : 1h34
Sortie française le :23 octobre 2002
Franck (Jason Statham), un ancien militaire vivant soit disant de sa pension, exerce de façon illégale la profession à haut risque de « Transporteur ». Quand certaines personnes (pas toujours recommandables) veulent aller ou faire aller quelque chose d’un point A à un point B, ils font appel à ce mercenaire au professionnalisme très carré qui s’impose des règles strictes concernant son job. Règle n°1 : ne jamais changer le contrat d’origine quoi qu’il arrive. Règle n°2 : Ne jamais donner de nom (valable pour ses employeurs). Règle n°3 : Ne jamais ouvrir le paquet à transporter. Lors d’une crevaison malchanceuse durant un transport, Franck découvre que le paquet dans son coffre est en fait une jolie jeune fille (Shu Qi). Il décide de faire une petite entorse à son règlement…S’inspirant ouvertement du personnage de
Driver - le film s’ouvre sur une séquence similaire à celle du film de Walter Hill, avec l’humour en plus et la qualité de mise en scène en moins - tenu à l’époque par Ryan O'Neal,
Le Transporteur possède les qualités et les défauts du
Baiser Mortel du Dragon (ceux qui n’ont pas aimé peuvent passer leurs chemins). Ce qui caractérise le plus ce film, c’est son coté bâtard. On a une fois de plus l’impression de voir deux films mixés en un.
En effet, comme pour
Le Baiser…, on retrouve deux personnes derrière la caméra. La première est Louis Leterrier, réalisateur officiel dont c’est le premier film, qui ne possède pas de style particulier (il n’est même pas crédité sur IMDB, et apparaît souvent en seconde position sur la majorité des sites parlant du film, c’est dire). Un yes-man (il fût assistant sur
Jeanne d’Arc notamment) aussi interchangeable que peut l’être Chris Nahon. Le style que l’on reconnaît par contre, c’est celui des productions – commerciales - Besson : des scènes montées au hachoir à viandes qui gâchent un peu les performances des acteurs (l’impressionnant Jason Statham, devenu pour l’occasion une véritable montagne de muscles, n’est quasiment jamais doublé), l’omniprésence d’une musique tonitruante «in » pour plaire aux jeunes (du R’N’B pendant une poursuite en bagnole. Help !) qui additionnée aux effets sonores (gunshots ou bastons) devient assez peu supportable. Et pour finir quelques touches – pas trop heureusement - d’humour franchouillard un peu lourdingue façon
Taxi ou les flics en uniformes sont une fois de plus montrés comme de gros beaufs.
Les moyens conséquents du film permettent quelques moments bourrins totalement gratos (et allez, on fait péter une villa au lance-roquettes !) qui voudraient égaler l’esprit destroy des productions Joel Silver. D’ailleurs, le physique du héros – qui grâce à l’ingéniosité des chorégraphies de Corey Yuen tombe la chemise sans donner l’impression de racoler – nous fait irrésistiblement penser au Schwarzenegger de
Commando, LE film bourrin par excellence.
Crédité en temps que coordinateur des combats, Corey Yuen est le véritable metteur en scène de la partie baston, qui se démarque singulièrement du reste du film. Les 20 dernières minutes possèdent aux moins deux moments d’anthologies (la poursuite en camion et le combat dans l’huile) ou la méchanceté – plantage de membres divers au couteau - et le coté fun des affrontements - pour ne pas glisser pendant le combat, le héros se met aux pieds des pédales de vélos, qui atterriront avec force dans la tronche de ses adversaires - devraient ravir les amateurs du genre.
La star féminine du film, Shu Qi, est une taiwanaise d’origine qui débuta à Hong Kong dans le cinéma érotique (
Sex & Zen II) avant de tourner dans des blockbusters locaux (
Gorgeous avec Jackie Chan) et des productions modestes plus intéressantes (
Portland Street Blues aux cotés de Sandra Ng). Elle se contente ici de nous livrer le minimum en matière d’interprétation (la victime tantôt pleureuse, tantôt rigolote), la faute sûrement à un scénario basique - ils ont voulu niquer le Transporteur, le Transporteur va tous les niquer - qui donne le beau rôle à l’Homme. Précisons une fois de plus que Jason Statham est ultra-convainquant dans les scènes de bastons – double coups de pieds en grand écarts et tout ! – et s’impose comme l’une des rares stars occidentales digne des productions HK (A quand un duo avec Wesley Snipes?).