La critique d'Excessif

4/5
le_verdict L'HISTOIRE : Frank Galvin, avocat, a sombré dans l'alcool après une accusation injuste. Son ancien associé, Morrissey, pour le sortir de là, lui propose de s'occuper d'une affaire. Une jeune femme est dans le coma depuis quatre ans à la suite d'une erreur medicale ...
Quand l’un des plus grands acteurs de sa génération croise l’un des cinéastes les plus habités par les questions de morale et de justice, on obtient le Verdict, un film absolument éblouissant de maîtrise où le trio Lumet-Newman-Rampling étonne et repousse les limites du thriller politico-judiciaire.

LE VERDICT
Un film de Sidney Lumet
Avec Charlotte Rampling, Paul Newman, James Mason
Durée : 2h09
Date de sortie : 06 février 1983, reprise le 09 juillet 2008

Dans les méandres de la société américaine, il est une profession que tous honnissent, les chausseurs d’ambulance, ces avocats payés à la commission qui s’enrichissent du malheur des autres. Frank Galvin est de ceux là. Membre dévasté de la confrérie des profiteurs et alcoolique notoire, il racole ses clients à la porte des services d’urgence ou plus sûrement encore durant les offices où tous pleurent leurs morts. Sombre destinée pour un homme autrefois brillant qu’un deuil a lui-même meurtri et pour lequel l’avenir sonne plus comme un renoncement sans fin. Jusqu’au jour où sur les conseils d’un de ses rares amis, un couple vient le trouver pour réparer une erreur médicale. La dernière occasion de sa vie, celle de briller et de retrouver le lustre d’une carrière tombée dans l’impasse. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ce dernier va faire la rencontre d’une belle jeune femme aussi éperdue que vénale…Hélas, comme tout chemin qui mène à une reprise de soi, la trajectoire sera semée d’embûches et l’argent, nerf de la guerre, déflorera les apparences et révèlera aussi bien la moralité d’un Frank Galvin prêt à tout pour se reprendre que celle plus contestable de ceux qui l’attaquent, décidés à tout faire pour défendre une réputation acquise et maintenue dans la tromperie. Quitte à acheter ses proches et à faire pression de manière inacceptable…

Un film de Sidney Lumet au scénario moral remarquable

Sur la trame pourtant habituelle du thriller judiciaire sur fond de rédemption personnelle, Sidney Lumet signe un film extrêmement maîtrisé et confirme à l’époque si besoin était, l’immense talent qui est le sien. Faisant suite à trois films réussis, Network, Equus et surtout Le Prince à New York, Le Verdict creuse plus encore le sillon des préoccupations du cinéaste et témoigne d’une habileté sans commune mesure à soigner la forme mais aussi la teneur morale de son propos. Ainsi, Frank Galvin a succombé à ses vices par excès de moralité et c’est justement cette chose enfouie en lui qui va le sauver au moment où ses adversaires feront tout pour d’abord l’acheter puis ensuite le percer à jour avant de tenter de lui nuire. De la même manière, la jeune femme qu’interprète Charlotte Rampling incarne la tentation de la beauté et la vénalité des gens sans scrupules prêts à tout sacrifier pour réussir ou penser le faire. A leur grand tort.


Fresque sans fard sur le fonctionnement des institutions judiciaires et médicales, Le Verdict dresse le portrait d’un establishment prêt à tout pour que sa respectabilité ne soit en rien menacée, faisant sans mal l’éloge du tout argent, de la manipulation et recherchant par tous les moyens à utiliser le malheur d’autrui pour mieux s’en défaire.

Mais le Verdict dépeint également outre les états d’âme des uns et l’absence de scrupules des autres, le sordide délitement d’une société américaine gangrenée par l’amoralisme de ses élites, l’effondrement de ses prétendues valeurs fondatrices en plus de souligner l’extrême faiblesse de ceux qui sont en son sein les plus faibles.

Ainsi, brossé, le tableau loin d’être encourageant trouve néanmoins une issue favorable grâce à l’activisme d’un homme seul et qui se dépasse, solution de l’unique face à la multitude qui caractérise souvent les destinées scénaristiques des protagonistes des films de Sidney Lumet. Dès lors, emblématique du meilleur de ce que peut et sait faire le cinéaste, Le Verdict mérite une exposition plus évidente et une réévaluation nécessaire à l’instar du méconnu Deadly Affairs du maître. Parce qu’il est l’irréfutable preuve d’un talent d’auteur unique mais aussi parce qu’il justifie la réputation d’incroyable directeur d’acteur du cinéaste à qui l’on doit 7h58 ce samedi-là. En effet, Paul Newman obtient ici l’un des plus grands rôles de sa carrière à l’égal de ce qu’il sut faire dans l’Arnaqueur alors que l’on découvre la splendide Charlotte Rampling dans une composition aussi trouble et saisissante que profondément malsaine, elle qui sortait justement de l’excellent et méconnu Stardust Memories de Woody Allen. Mais évoquer ce si beau duo ne doit pas nous empêcher de saluer la prestation absolument remarquable d’un James Mason éblouissant dans ce qui sera l’un de ses derniers rôles à l’écran. Acteur immense dont l’apparition est depuis les années 1960 signe d’enchantement cinématographique et de tension contenue, l’homme de Lolita trouve ici un rôle d’avocat avide et brillant qui lui sied à merveille.

Par conséquent, pour toutes ses raisons, Le Verdict appelle à l’enthousiasme et incitera – espérons-le – le plus de personnes possibles à se rendre en salles pour découvrir, revoir et surtout apprécier l’un des meilleurs films de Sidney Lumet jusqu’alors, l’un des repères évidents d’une carrière pourtant riche d’une quantité de films devenus incontournables.

Jean-Baptiste Guégan






Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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