L'HISTOIRE : Un braqueur de banques, le Vilain, revient après vingt ans d'absence se cacher chez sa mère Maniette. Elle est naïve et bigote, c'est la planque parfaite. Mais celle-ci découvre à cette occasion la vraie nature de son fils et décide de le remettre dans le "droit chemin". S'ensuit un duel aussi burlesque qu'impitoyable entre mère et fils. Une comédie populaire honorée par Dupontel.
Dans Enfermés dehors, qu’il a mis cinq ans à réaliser, Albert Dupontel proposait un «cartoon social» en utilisant une technique burlesque déjà à l’épreuve dans les films muets de Buster Keaton : faire rire avec des sujets tragiques. Le Vilain creuse cette veine afin de (ré)concilier l’artistique et le commercial.
Réalisé trois ans après Enfermés dehors, qui était inspiré de Fisher King (un clochard trouvait des habits de policier et tombait amoureux), Le Vilain ressemble moins à une petite comédie inoffensive – comme on aurait tendance à le penser en voyant les premières images – qu’à un «film-somme» où Dupontel rend accessible au plus grand nombre son univers singulier. C’est un peu comme si on visitait sa petite boutique des horreurs avec lui comme guide. Et ça, on le comprend rien qu'au sujet (un vilain garnement, en pleine rédemption, tente de rentrer dans le droit chemin) qui traduit ironiquement la démarche de Dupontel naguère trash, aujourd'hui plus policée. La manière dont son personnage s’exprime renvoie à ses sketchs sur scène, la relation tordue entre la mère et le fils rappelle Bernie, le point de vue subjectif d’une tortue ramène à celui du chat dans Le Créateur et les débordements à la Tex Avery évoquent Enfermés dehors. C’est tout Dupontel condensé en une heure trente et en plus soft, jusque dans l’intrigue secondaire opposant de vieux résistants nostalgiques et des agents immobiliers véreux voulant démolir le quartier pour construire des banques. Avec d’un côté la naïveté sincère et de l’autre le cynisme vénal, Dupontel approfondit la dimension sociale de Enfermés Dehors en se plaçant du côté des plus faibles. Ce premier degré hérité des fables de Capra, que certains pourront trouver obsolète, manichéen ou candide – un peu comme dans Soyez sympas, rembobinez, de Gondry – sert parfois de subterfuge pour Dupontel qui, lorsqu’il en a la possibilité, se montre plus méchant, notamment lorsque son personnage échafaude l’assassinat de sa mère. Ces idées sont exploitées dans la tradition de la comédie française des années 70 (on pense à Le Viager, de Pierre Tchernia).
Ce qui est rassurant, c’est que malgré la volonté d’élargir la cible, Le Vilain appartient de bout en bout à son auteur, ne serait-ce que dans le plaisir du déguisement et de la farce. Catherine Frot, avec laquelle il a tourné Odette Toulemonde en tant que comédien, a été vieillie pour l’occasion (une perruque, des prothèses, des lunettes). Face à elle, Dupontel assure le show en modifiant son apparence physique aussi bien pour des nécessités comiques que dramatiques (son personnage ne doit pas être reconnu). Relooké, il ressemble à Richard Gotainer, jusque dans l’intonation de sa voix. Comme toujours avec lui, les autres comédiens sont gratifiés de bonnes répliques, de son acteur fétiche Nicolas Marié – que l’on ne voit pas assez souvent – à Bouli Lanners dont les apparitions désopilantes valent à elles seules le déplacement. Pour ne pas tomber dans l’illustration (le principal défaut des comédies françaises), Dupontel propose quelques trouvailles visuelles comme le split-screen dans la salle de bain. Au-delà de ces plaisirs coupables, les rebondissements du scénario s’enchaînent à une cadence hystérique si bien que l’on n’a jamais le temps de respirer ni même de remettre en cause la vraisemblance des situations. Tout ceci démontre une grande efficacité. Mais, si on ne s'ennuie pas, on n'a pas grand-chose à rapporter à la maison.
Romain LE VERN
Un braqueur de banques, le Vilain, revient après 20 ans d'absence se cacher chez sa mère Maniette. Elle est naïve et bigote, c'est la planque parfaite. Mais celle-ci découvre à cette occasion la ...