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Le Village

La critique d'Excessif

4/5
Affiche du film Le Village L'HISTOIRE : En 1897, les habitants d'un village sont persuadés d'être cernés par des créatures mythiques. Personne n'a encore osé s'aventurer dans les bois où elles vivraient. Le jeune Lucius Hunt veut voir ce qui se cache par delà les limites du village et son audace aura des terribles répercussions.





Possédant une approche marketing encore plus alléchante (comprenez bankable) que ses trois derniers films, Le Village de M. Night Shyamalan constitue son entreprise la moins commerciale. Et c’est là que réside l’énorme faille de ce projet bancal.

Pourtant, l’histoire derrière l’histoire est plutôt intelligente et dénonce habilement politique et religion tout en expliquant pourquoi celles-ci sont un mal nécessaire. Mais la trame narrative qui se prend les pieds dans tous les râteaux et le traitement graphique de l’entreprise plombent ce film en beauté. Shyamalan n’arrive à aucun moment à retranscrire le sentiment de peur des habitants de ce village.


Les trois règles servant de teasing sont ici bien moins évidentes à l’écran que celles de Gremlins et l’absence d’atmosphère se fait cruellement ressentir dès la seconde bobine. C’est bien beau d’avoir un casting en béton, il ne sert à rien si l’univers qui est sensé les abriter s’écroule à la moindre brise. Et le village et sa petite forêt environnante ne constitue pas à ce titre le décor le plus solide que l’on ait pu voir au cinéma…loin de là.

Mais la plus grande surprise du film provient de sa réalisation. Transcendant son propre style, M. Night Shyamalan a épuré son cinéma de tout artifice graphique. On baigne ici dans le refus de l’effet visuel, on se noie au fond d’une sobriété de tous les instants. Mais ce minimalisme permanent procure souvent l’inverse de l’effet escompté. De classieuse, sa réalisation devient vulgaire, voire paresseuse. Certes la photo est par moment assez soignée mais ne tient pas la distance sur tout le métrage. Face à cette pauvreté visuelle omniprésente, la bande son a été hypertrophiée et sombre dans l’excès pour essayer de recoller des morceaux qui n’existent pas. La musique guide grossièrement l’action et crée des tensions absentes de l’écran. Efficace par moment, ce subterfuge sonique avoue ouvertement les énormes carences en tous genres du film.

Les rebondissements sont mous et la révélation finale prend plutôt la forme d’une confirmation, celle du manque d’ambition total du film. Dommage car cette love story atypique, nerf scénaristique de l'histoire, avait de quoi séduire...sur le papier. Il faut avouer que même si l’on avait appris que les habitants de ce fameux village étaient tous des extra-terrestres, déjà morts sans le savoir, amateurs de Comics et super-héros à leurs heures, cela n’aurait pas sauvé l’interminable cheminement nécessaire à cette conclusion.

Les films de M. Night Shyamalan reposent souvent (uniquement) sur leur effet final. Celui du Village n’est pas seulement prévisible, il est insensible : il ne nous touche simplement pas. Les pénibles 107 minutes ingérées de petite maison dans la prairie sur grand écran ne se voient donc pas embellies par un climax localement anesthésiant. On reste donc sur l’impression qui nous a titillée tout le long du film : l’ennui le plus total.

Signe de changement, la machine M. Night Shyamalan, Incassable au box office tout du moins jusque là, semble avoir pris avec son Sixième film un nouveau sens qui nous déplait fortement d'avance...

Philip Dowland



Depuis maintenant plusieurs films (Le sixième sens, Incassable, Signes) M. Night Shyamalan sait mieux que quiconque nous tenir en haleine avec à la fois un scénario soigné sous toutes les coutures (malheureusement un peu moins de film en film), une distribution qui fait mouche à chaque fois et une réalisation appliquée et limpide.

Avec son petit dernier, Le Village, le réalisateur prouve une nouvelle fois son habileté en matière de direction d’acteurs, car ici rien n’est laissé au hasard en la matière. Chacun de ses comédiens s’aligne avec soin sur la partition (Bryce Dallas Howard, la fille de Ron Howard, qui fait ici ses (presque) débuts est époustouflante, malgré un côté Marie Ingalls parfois un peu trop poussé) et adopte le registre de la sobriété avec beaucoup de classe (chapeau bas Monsieur Brody !).

Mais, comme Signes tendait à le laisser prédire, c’est au niveau du scénario que le bas blesse. Car même si la règle est de laisser filtrer le minimum d’informations en terme d’intrigue, on voit mal ce qu’il y aurait à raconter pour gâcher le plaisir tant le scénario est mince et les (trop rares) rebondissements peu emballants. Si les principaux thèmes du films demeurent la peur et l’isolement, il faut malheureusement reconnaître que la première ne nous habite guère tout au long du métrage et la seconde, bien trop timide, fait que l’on fini par se sentir très vite seul et oublié par un réalisateur qui nous avait habitué à bien mieux jusque-là. On se retrouve en fait devant une version (trop) longue d’un épisode de La quatrième dimension.

Loin de dire que le film est mauvais car ce n’est pas (vraiment) le cas, mais il est juste trop long compte tenu de son faible contenu et décevant face à l’attente qu’il pouvait susciter (la bande annonce était tellement alléchante). Néanmoins, un fait reste acquit : M. Night Shyamalan demeure un petit prodige de 34 ans en matière de réalisation malgré son obsession à jouer les Hitchcock. Mais ce dernier devrait peut être commencer à confier l’écriture de ses scénarios à quelqu’un d’autre afin de laisser respirer son imagination et renouveler un style qui devient de plus en plus prévisible, car si l’on se rappelle la fin du Sixième Sens, on a depuis bien longtemps oublié celle de Signes et celle d’aujourd’hui ne restera pas gravée dans les annales des fins d’anthologie, c’est le moins que l’on puisse dire.

Demeure néanmoins une amusante métaphore sous forme de message que M. Night Shyamalan tente de faire passer. Un message à la mode reliant le film à la politique de Georges W.Bush et allant dans le sens de Michael Moore : "Les peurs sont un magnifique élément de manipulation". En cette période proche des élections présidentielles américaines, voilà qui devrait mettre de l’eau dans le moulin des démocrates.

Au-delà de la déception, reste donc une très belle photo de Roger Deakins (O Brother, Where Art Thou ?, Les évadés…), habile magicien des ombres, ainsi que des acteurs en très grande forme qui se prennent au jeu de la "love story" bien plus que nous. Dommage que nous nous soyons perdu dans les bois et que le loup n’y était pas...

Pascal Faber



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Incontestable vainqueur des bande-annonces les plus alléchantes des derniers mois, Le Village de M. Night Shyamalan était attendu comme "le" film fantastique de l'été 2004, l'élu qui nous ferait sursauter de plaisir et frayeur, du label Shyamalan dans toute sa splendeur.

On reconnaît tout de suite la patte de Shyamalan dès les premières images : Le Village arbore une mise en scène profondément classique, ne cédant jamais à la facilité de quelconques effets gratuits. Mais même si l'un des buts évident est de créer quelques moments de tensions, notamment par des cadrages astucieux, nous sommes très loin du "film de terreur" annoncé : Le Village ne fait (presque) pas peur. La place laissée serait donc propice à une ambiance inquiétante, une beauté plastique renversante ou des thèmes inédits, profonds, et/ou touchants, personnels et surprenants, originaux et nous interpellant, comme Shyamalan nous y a habitué. Mais cette place restera libre pendant 1h47.


Bryce Dallas Howard dans LE VILLAGE


Rien de tout cela en effet : malgré une ou deux scènes gardant une bonne efficacité, Le Village accumule tellement les défauts que l'on se demande si le génie du réalisateur de Sixième Sens et Incassable ne se serait pas perdu en route dans une forêt. Si ses précédents films proposaient une lenteur contribuant à la création d'une ambiance fantastique prenante, Le Village oblige au spectateur de faire preuve d'une énorme patience et une volonté sur-humaine de tenir jusqu'au bout. "Romance un peu tordue" comme définit le réalisateur son film, Le Village propose un concept aussi passionnant sur le papier que relativement mal exploité à l'écran, et que l'on ne peut expliquer ici sans gâcher l'histoire (très mince). La quasi absence physique des fameuses créatures procure une forme d'inquiétude devant un élément imperceptible et inconnu, mais insuffisante pour maintenir en éveil. Après une heure de bout à bout de scènes relativement plates, et, hélas, bien moins belles esthétiquement que la bande-annonce ne le laissait présager, vient une énorme surprise de la part du réalisateur du Sixième Sens : non pas un twist, mais deux ! Nous ne vous les révérons pas ici (quoique cela pourrait vous convaincre de ne pas aller voir le film), mais le premier n'a aucun intérêt, et le second se devine facilement très longtemps à l'avance. Ce dernier, le moteur même de l'histoire au fond, part d'une excellente idée de métaphore sur notre monde et notre cloisonnement face aux puissances "étrangères" et extérieures, mais reste mal exploité, principalement de par son manque de finesse..

Que reste-t-il de la recette du Village ? Des acteurs prestigieux mis dans la peau de personnages peu approfondis, donnant l'impression d'avoir été crées pour donner à nos oscarisés l'occasion de défiler les uns après les autres pour "jouer leur scène". Joaquin Phoenix en quasi-muet (il n'aime pas parler) et Bryce Dallas Howard en quasi-aveugle (elle court dans les bois sans se prendre un arbre), tirent quelque peu leur épingle du jeu, mais leur présence à l'écran ne donne pas les émotions escomptés. Adrian Brody hérite du difficile rôle de l'handicapé mental du village, cédant parfois au cabotinage, se rattrapant souvent dans un peu de finesse.


Sigourney Weaver et William Hurt dans LE VILLAGE


Dialogues consensuels et énervants, scénario intéressant mais mal exploité, acteurs prestigieux mais sans envergure (mention spéciale à Sigourney Weaver, rarement aussi peu charismatique), ambiance lente, soignée mais emmerdante, fin ambitieuse mais sans surprises ni finesse, Le Village se rattrape à la rigueur par le charme et la naïveté de son histoire d'amour, les violons de la partition sonore (James Newton Howard), et la beauté plastique de ses monstres. A force d'épurer son cinéma pour une efficacité et une beauté renforcée, M. Night Shyamalan tombe dans le piège de l'excès : filmer du vide.

Kevin Prin

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