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Le Voile Des Illusions

La critique d'Excessif

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le_voile_des_illusions_cine L'HISTOIRE : Londres, 1920. Kitty subit les pressions de sa famille car elle n'est toujours pas mariée. Sur un coup de tête, elle accepte la demande en mariage de Walter Fane, un médecin bactériologiste qui lui déclare sa flamme. Installée à Shanghai avec son époux pour les recherches menées par ce dernier, la jeune femme se sent rapidement délaissée. Elle finit par tomber dans les bras d'un autre homme. Découvrant l'adultère, Walter propose un marché à son épouse : il acceptera un divorce sans mentionner son infidélité si elle parvient à convaincre son amant de divorcer lui aussi et de l'épouser. D'abord pleine d'espoir, Kitty s'aperçoit bien vite que son amant place sa réputation au-dessus de tout. Elle n'a d'autre choix que de suivre son mari dans une campagne chinoise reculée et ravagée par le choléra.
Coproduction sino-américaine, Le Voile des Illusions s'inspire d'un roman de William Somerset Maugham qui a déjà fait l'objet en 1934 d'une adaptation par Richard Boleslawski, avec Greta Garbo et Herbert Marshall dans les rôles principaux. Très impliqué dans le projet, dont il a participé à réécrire le scénario, l'acteur Edward Norton est aussi producteur du film. A ses côtés, on retrouve Naomi Watts, qu'il a su convaincre de partager l'affiche avec lui en tant qu'actrice et productrice. C'est le réalisateur John Curran qui est aux commandes et qui dirige ici Naomi Watts pour la seconde fois après We Don't Live Here Anymore. Le Voile des Illusions nous plonge dans la Chine des années 20, dans une province minée par le choléra, pour conter avec finesse une histoire d'amour émouvante qui débute pourtant par un adultère. Entièrement tourné en Chine et servi par un décor saisissant, Le Voile des Illusions est une œuvre pleine de charme qui offre un face-à-face superbe entre deux comédiens habités.

LE VOILE DES ILLUSIONS
Un film de John Curran
Avec Naomi Watts, Edward Norton, Toby Jones, Anthony Wong, Liev Schreiber
Durée : 2h04
Date de sortie : 7 mars

Londres, 1920. Kitty subit les pressions de sa famille car elle n'est toujours pas mariée. Sur un coup de tête, elle accepte la demande en mariage de Walter Fane, un médecin bactériologiste qui lui déclare sa flamme. Installée à Shanghai avec son époux pour les recherches menées par ce dernier, la jeune femme se sent rapidement délaissée. Elle finit par tomber dans les bras d'un autre homme. Découvrant l'adultère, Walter propose un marché à son épouse : il acceptera un divorce sans mentionner son infidélité si elle parvient à convaincre son amant de divorcer lui aussi et de l'épouser. D'abord pleine d'espoir, Kitty s'aperçoit bien vite que son amant place sa réputation au-dessus de tout. Elle n'a d'autre choix que de suivre son mari dans une campagne chinoise reculée et ravagée par le choléra.


Le Voile des Illusions prend à revers le schéma classique des histoires d'amour les plus romanesques en cassant très vite l'enchantement qu'aurait pu susciter la rencontre entre les deux protagonistes principaux. Walter (Edward Norton) tombe amoureux d'une image fantasmée, Kitty (Naomi Watts) épouse sciemment un homme qu'elle n'aime pas. La tension qui prend naissance dès lors que Kitty trompe Walter avec le vice-consul britannique Charlie Townsend (Liev Schreiber), un homme superficiel et cynique, se solde par une scène de confrontation particulièrement forte : la femme frivole et snobinarde n'est plus si sûre d'elle, le mari nunuche et ennuyeux devient rancunier voire cruel. Obligée de se rendre avec son époux dans une petite ville chinoise plongée dans la tourmente, Kitty va découvrir un tout autre univers, s'ouvrir aux autres et voir sa vision du monde être définitivement bouleversée. Pour elle comme pour son époux, le voyage physique vers une contrée envahie par la mort et traversée par la crise s'accompagne d'un véritable voyage spirituel. Découverte de l'autre et découverte de soi sont au coeur de cette histoire d'amour en terre étrangère.


En adoptant le point de vue de la femme fautive, John Curran désamorce immédiatement toute incitation à porter des jugements définitifs sur les personnages. Qu'il s'agisse de Kitty, de Walter ou des rôles secondaires tels que le Colonel Yu (Anthony Wong) ou encore l'administrateur Waddington (Toby Jones), le regard porté sur les différents protagonistes reste toujours nuancé et suggère que la réalité des êtres est toujours plus complexe que ce dont laissent présager les premières impressions. Ainsi, dans Le Voile des Illusions, les plus belles histoires d'amour ne sont pas celles qui débutent dans la passion mais celles qui se construisent sur la durée, une vision mature qui a le mérite de prôner le pardon mais aussi la connaissance profonde de l'autre comme gage d'un amour vrai.


Si la mise en scène de John Curran peut parfois paraître un tantinet classique, on ne peut qu'être séduit par la délicatesse avec laquelle le réalisateur s'attarde sur les regards de Walter et Kitty pour suggérer l'évolution de leur perception mutuelle. La force de leur histoire tient aussi à la constante mise en relation de celle-ci avec le contexte politique, social et culturel qui les environne. Sans prétendre dresser un panorama complet de la Chine des années 20, Le Voile des Illusions laisse entrevoir la crise identitaire que traverse le pays alors en proie au colonialisme. Là encore, John Curran propose une vision critique des tentatives occidentales d'imposer un nouveau système de valeurs à la population locale, sans pour autant prêter des intentions simplistes à ceux qui ont le courage d'œuvrer contre la misère. Le Voile des Illusions reste toutefois résolument centré sur son sujet, à savoir la rencontre des deux personnages principaux, au contraire d'Indochine de Régis Wargnier, fresque qui parlait aussi d'amour sur fond de colonialisme mais qui se dispersait quelque peu en cherchant à brasser un trop grand nombre de sujets à la fois.


La destinée de Walter et Kitty semble être animée par des pressions exerçant des influences contraires, à l'image du Yin et du Yang dans la philosophie taoïste à laquelle le film fait d'ailleurs allusion à travers les propos de l'excentrique Waddington. Au choc culturel et aux conflits qui envahissent la Chine s'oppose ainsi le rapprochement qui s'opère entre Walter et Kitty, dont la soif de vie semble grandir à mesure que la mort se fait plus menaçante. De même, la noirceur insidieuse de la maladie vient contraster avec l'immensité et la fraîcheur des paysages brumeux qui surplombent la ville, un décor saisissant qui confère au film une vraie puissance visuelle, presque sensorielle, soutenue par la superbe direction de la photographie de Stuart Dryburgh (La Leçon de Piano).


La rencontre entre Edward Norton, attachant en médecin idéaliste et introverti, et Naomi Watts, toujours juste et sensible dans son interprétation, fait des merveilles et justifie à elle seule de voir le film. A leurs côtés, on retrouve l'incontournable Anthony Wong (Infernal Affairs, Election), plus réservé qu'à son habitude mais non moins charismatique, ainsi que Toby Jones (Scandaleusement Célèbre), sympathique en administrateur philosophe qui prône l'hédonisme en pleine tourmente.

Avec Le Voile des Illusions, John Curran tire pleinement parti du cadre narratif et physique et délivre une œuvre toute en nuance qui dégage une émotion subtile et diffuse pour hanter longtemps après la vision. Une belle réussite servie par une très belle partition musicale signée Alexandre Desplat.

Elodie Leroy

Retrouvez en pages suivantes la galerie de photos du film.

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