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Le Voyage du ballon rouge

La critique d'Excessif

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voyage_du_ballon_rouge L'HISTOIRE : Simon a sept ans. Sa maman Susanne est débordée. Entre ses spectacles de marionettes,ses cours à l'université et ses deux enfants qu'elle élève seule, elle n'a pas une minute à elle. La baby-sitter de Simon est taïwanaise, elle étudie le cinéma à Paris. Simon passe beaucoup de temps avec Song Fang. En revenant de l'école, il l'entraîne à travers les rues et les cafés de son quartier, lui apprend à jouer au flipper... Simon a aussi un étrange ami qui le suit partout et qu'il est le seul à voir : un ballon rouge qui flotte au-dessus des toits de Paris...
Après Café Lumière et Three Times, Hou Hsiao Hsien nous revient avec Le voyage du ballon rouge, tourné grâce à une initiative du Musée d’Orsay visant à promouvoir l’institution à l’occasion de ses vingt ans. Suivant le jeune Simon et sa mère marionnettiste dans leur vie parisienne, le cinéaste à l’occasion de son deuxième film réalisé hors de Taiwan, nous livre une œuvre sensible et enthousiasmante sur l’enfance, la création et la difficulté d’être mère tout en restant femme.


LE VOYAGE DU BALLON ROUGE
Un film de Hou Hsiao Hsien
Avec Juliette Binoche, Hippolyte Girardot, Simon Iteanu, Song Fang
Durée : 1h53
Sortie le 30 janvier 2008

Avec Le voyage du ballon rouge, le cinéaste de Goodbye south, goodbye s’empare de l’opportunité que lui offre un cahier des charges très réduit pour filmer l’enfance et la famille de manière inattendue. Ainsi, décide-t-il pour mieux nous surprendre, de nous faire découvrir à la suite de son jeune garçon de sept ans, la vie de Suzanne, sa mère, trentenaire célibataire et artiste, dans le tumulte des existences parisiennes.

Marionnettiste, cette dernière vient de recruter Song Fang, une jeune étudiante chinoise en cinéma pour s’occuper de son jeune fils pendant qu’elle finit d’achever son dernier spectacle – spectacle qui met en scène une des pièces fondatrices du théâtre traditionnel chinois, celle de Zhang Yu, jeune lettré qui veut assécher l’océan pour récupérer sa bien aimée. A son énoncé, le récit du Voyage du ballon rouge semble donc promettre une histoire familiale comme on aurait tendance à trop en voir. Et pourtant, malgré un sujet fort commun, Hou Hsiao Hsien dépasse la simplicité de la situation de départ et réalise un film étonnant. Et disons-le éminemment touchant.
En effet, Le jeune garçon que joue Simon Iteanu s’impose en enfant espiègle et rieur, attachant et profondément authentique. En plus d’être particulièrement original puisqu’il est suivi continûment par un ballon rouge qui n’est pas sans rappeler le film d’Albert Lamorisse auquel il rend hommage. Cependant, l’histoire ne succombe pas malgré cela à l’attrait du fantasque et reste fortement ancrée autour d’activités simples et quotidiennes : devoirs, amusements, leçons de piano et autres viennoiseries dévorées après l’école. Et l’on se prend à goûter avec un plaisir inespéré le parcours de ce petit gars craquant dans les rues de Paris, entre malice et partie endiablée de flipper.


Pour sa part, l’immense Juliette Binoche qui incarne sa mère, est son contrepoint fou et perdu. Sorte de pendant de l’Angie du dernier Ken Loach, la jeune marionnettiste qu’elle interprète avec talent est perpétuellement en retard, déphasée, égarée dans les formalités qu’elle doit résoudre. Le récit repose par conséquent autant sur ses difficultés de mère et de femme – notamment se défaire d’un des amis mauvais payeurs de son mari parti écrire à Montréal… - que sur le cheminement décontracté du prodigieux Simon.


L’ensemble dès lors refuse tout dramatisation excessive et la moindre envie de fable sociale. Seule, l’émotion passe et doit sourdre avec allégresse entraînant avec elle, nombre de sourires. L’actrice de Chocolat dispense ainsi son exaltation dans une bonne humeur contagieuse en dépit des tensions, péripéties et autres soucis quotidiens. Et l’on se plaît à penser que le cinéma Français pourrait peut-être recourir plus souvent à ce genre de modestie pour signer des films qui ne soient pas tous pris dans une gangue misérabiliste et nombriliste.
Chronique familiale intimiste et rieuse à des années de tout drame où domineraient pathos et tragédie, Le Voyage du ballon rouge peut donc s’apprécier comme le portrait réussi d’une famille monoparentale, enjouée et bohème malgré tout.


Mais, ce voyage impénitent et céleste n’est pas que cela. En effet, comme tout film dû aux grands cinéastes, ce métrage comme en contrebande, dispense une réflexion sur les arts de la représentation et de l’image. Rayon de soleil du film, Simon le petit homme est en effet à la fois le héros du film du cinéaste taiwanais et celui du court-métrage d’étude de sa nouvelle baby-sitter. Reprenant et illustrant toutes les formes de recréation du monde, du dessin en passant par la photographie et la vidéo, l’auteur de Millenium Mambo fait de cet univers, le lieu de tous les possibles et surtout celui d’une reprise du monde par les arts. Ici, art et vie sont indissociables, l’engagement créatif est un engagement quotidien et festif, sensible et incorporé, notamment lorsque s’entremêlent dans une subtile mise en abîme, les niveaux de réalité. Qui filme Simon ? Que vient faire ce ballon rouge semblant pourvu d’une vie propre ? Quelles sont les différences entre le film que fait HHH, celui de l’étudiante et Le ballon rouge d’Albert Lamorisse ? Autant de questions qui interrogent et soulignent la capacité d’un grand réalisateur à se saisir de sujets mineurs et à les transcender.


Le Voyage du ballon rouge est de fait une oeuvre riche et précieuse par sa sensibilité et sa capacité à détendre et enjouer le réel. De plus, sublime raffinement, il se double d’une réflexion sur l’art qui fait de la création, le socle quotidien de toute vie tout en refusant la pesanteur des académismes et de tout intellectualisme germanopratin. Alors ne nous privons pas de ce Paris ensoleillé et des instants de grâce que Hou Hsiao Hsien a su capter et courrons voir son dernier film. Parce qu’au milieu de nos jours et au sortir de nos salles, il est encore trop rare de se sentir léger et si serein. Apaisé comme un ballon flottant au gré du vent et se perdant dans un sourire d’enfant.

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