L'HISTOIRE : La vie de Marie, jeune athlète introvertie, bascule lorsqu’elle est contrainte de cesser ses activités sportives à cause d’une infection. Forcée au repos, elle découvre ce que le sport ne lui avait jamais offert : du temps libre. Elle décide d’emménager chez son nouveau petit ami Bobby, dans un appartement du Linkerover. Leur relation lui apporte beaucoup de réconfort. Mais Marie commence de s’interroger sur Bobby lorsqu’elle découvre que la précédente locataire de l’appartement a disparu quelques semaines auparavant. Alors que sa confiance s’ébranle, elle éprouve des sentiments cauchemardesques envers le quartier de Linkerover. Son propre corps semble en subir les conséquences…
Un film noir à la clarté immaculée, qui séduit par son approche originale et sa capacité à mélanger l’horreur, le romantisme et le social.

Le climat fantastique est instillé sans utiliser les clichés, sans doute parce qu'il ne s’agit pas du registre de prédilection de son auteur. Certaines séquences établissent si fortement un lien visuel entre la crainte et le désir, l'envie de connaître le mal et celle de l'éviter, que l'équilibre entre le fond et la forme se rétablit toujours. Si on y croit, c’est aussi parce que Van Hees cherche une certaine vérité émotionnelle dans ce qu’il montre, en maîtrisant aussi bien les mouvements de caméra que la direction des acteurs. Le scénario joue avec les pulsions du spectateur en se laissant lui-même prendre par le vertige de son héroïne jusqu’au final paroxystique. On en sort éprouvé et heureux d'avoir subi une telle intensité, mais le choix du sublime morceau Mysteries de Beth Gibbons pour le générique de fin (utilisé une seconde fois au cinéma après Les poupées russes) rappelle la mélancolie de tout ce qui a précédé. Ce premier film rigoureusement écrit, qui s'amuse de choses horribles et n'a pas honte de montrer du style, assure qu’il se passe quelque chose dans le cinéma flamand. S’il présente des faiblesses, elles sont liées à la nature un peu frivole de ce genre d'exercice. Mais il procure un plaisir devenu si rare qu'on aurait eu tort de s'en priver.
Romain LE VERN
Auteur d'une trilogie très bizarre (Left Bank, Dirty Mind et The Waste Land, le seul qui ne soit pas encore sorti), Pieter Van Hees s'impose comme une révélation. Ses deux premiers longs-métrages ...