Sur le papier et compte tenu des prouesses du premier film, il n'y avait rien de particulier à attendre de ce nouvel et étrange portrait de famille. Un premier film qui s'apparenterait à un napperon sur lequel on aurait présenté un verre à pied, un tendeur, un gros caillou et un zippo. C'était un peu ça
Les Quatre Fantastiques. Néanmoins, le premier opus passait à côté du bûcher des vanités qu'aurait allumé l'homme torche pour s'assumer en simple déclinaison au cinéma de n'importe quel cartoon télévisé, même si le résultat souffrait d'une pauvreté visuelle effarante pour un spectacle quelque peu mou du genou.
Le second film s'octroie des enjeux un poil plus ambitieux que le sauvetage de chats coincés dans un arbre (le monde est ici tout de même en danger) et conserve son improbable qualité : celle de ne jamais prétendre être du cinéma pompeux tissant des toiles d'araignées prétentieuses et se contentant d'exister timidement. Un peu comme Tim Story, son réalisateur, qui signe ici non seulement un épisode nettement meilleur que le précédent, mais surtout un film pour enfants qui assume sa cible et l'atteint avec un certain sens du fun. Sympathique.
LES 4 FANTASTIQUES ET LE SURFEUR D'ARGENTUn film de Tim Story
Avec Ioan Gruffudd, Michael Chiklis, Jessica Alba, Chris Evans, Julian McMahon, Doug Jones, Andre Braugher, et Laurence Fishburne
Durée : 1h32
Date de sortie : 8 Août 2007 Le véritable affront du premier opus, c'était de proposer pour un budget excessif un film d'action pour grands-mères. Et de ne surtout jamais totalement exploiter l'énorme potentiel des personnages en matière d'effets spéciaux. On nous proposait une sorte de sauvetage d'un camion de pompier assez amusant mais indigne des prouesses, devenues académiques, des autres adaptations Marvel et DC Comics. Sur le coup, la pilule passe moyennement et l'on met un certain temps avant de comprendre que
Les Quatre Fantastiques, le film, reprend pourtant fidèlement le cœur de cible des bandes dessinées et des séries télévisées éponymes : le jeune, voire très jeune public. Une machine qui se fond par conséquent dans un spectacle formellement propre sur lui et aux approfondissements quasi inexistants. Le message de base étant que "C'est super cool d'être un super héros !". Rigolo, mais pas folichon.
Deux ans et quelques séances de brainstorming plus tard, on passe de "rigolo" à "sympa". C'est déjà pas mal et la recette repose essentiellement sur une intrigue déjà bien plus propice à l'univers des comics book au cinéma, le déferlement visuel répondant un peu plus aux promesses. Exactement comme le signalait le premier teaser qui – on le confirme – reprenait l'intégralité d'une poursuite du film.

On restera dans la sempiternelle commémoration à Jack Kirby et Stan Lee (qui se paye encore un caméo où il se fait purement et simplement refouler du mariage de Mr et Mme Fantastic) puisque le scénario de ce métrage de 90 minutes – générique compris – est un quasi copié collé de la première aventure du Surfer D'argent sur des illustrés de quelques pages seulement. En tout cas, les Quatre Sympathiques ont désormais du pain sur la planche puisque le gouvernement (un général et trois assistants) leur demande d'intercepter ce mystérieux météore qui s'amuse à dérégler le climat de notre bonne vieille Terre, et qui s'amuse surtout à creuser des gros trous un peu partout. Pas cool le Surfeur. Pourtant on se mouille moyen puisque le film mettra un certain temps avant d'expliquer ce qu'une grande majorité du public sait sur l'intrigue, à savoir l'utilisation du Surfeur par Galactus pour lui ouvrir des passages vers le noyau et ainsi dévorer la planète.
Le méchant Surfeur n'est donc qu'une victime parmi les victimes et le pivot de cette histoire, qui le fera ensuite s'associer avec les quatre héros titre pour affronter tour à tour Fatalis et le Dévoreur, arrivera bien tard. Un dévoreur de mondes qui, pour son passage du papier au grand écran, change habilement de forme. Une hérésie pour quelques fans sans doute, mais les faits sont là : ce tentaculaire nuage cosmique englobant tout sur son passage à la façon d'une sangsue sera toujours moins grotesque qu'un grand type dans un costume, comme à la fin d'un épisode de Bioman. Sur ce coup là, Tim Story et sa bande ont eu du nez. En revanche Fatalis, qui ne doit son retour qu'à quelques outils récupérés dans un bouiboui, prouve définitivement que le pauvre McMahon (et sa nouvelle coupe de cheveux en crête) n'est pas fait pour le rôle. Mais comme, là encore, nous sommes dans une mentalité très calibrée pour la télévision, les héros ne seraient pas des héros sans leur ennemi récurent. Ce qui permet ainsi au charme d'opérer ! Il est en tout cas dommage que l'histoire ne transforme l'essai que tardivement puisque Tim Story arrive un peu à surprendre dans sa dernière bobine en livrant un spectacle particulièrement déchaîné. Ca finit par péter dans tous les sens et tant mieux…

Ce qui est effectivement sûr, c'est que si la franchise conserve quelques uns de ses imbitables défauts comme un humour méchamment lourdingue dès qu'il s'agit de jouer avec les aléas des supers pouvoirs (La Chose qui n'arrive pas à trouver une place dans un avion de ligne, par exemple), elle se montre enfin généreuse en terme d'empoignades et séquences mouvementées tout en conservant un ton encore très "sitcom" pour ses quiproquos débiles, voire Looney Tunes pour quelques gags visuels assez amusants. Par quelques raccourcis scénaristiques qu'on ne prendra pas le temps d'évoquer, on change ainsi de décors à toute vitesse, pour que tout ce beau monde virevoltant passe ainsi de forêts de pins, à la grande muraille de Chine tout en détruisant cette dernière lorsqu'ils ne s'envoient carrément pas des tronçons entiers de montagne à travers la figure. Jamais vraiment original, mais assez généreux pour nous laisser au moins le temps de contempler longuement le fameux Surfeur. C'est bien simple, la qualité des effets spéciaux pour lui donner vie demeure tout bonnement hallucinante. Si sous sa forme brillante, on ne pourra y voir qu'un plagiat du célèbre T-1000 (les débats sont ouverts), dès lors que le personnage quitte sa planche pour arborer un teint plus mat grisé sans le moindre reflet, on atteint un humanoïde en images de synthèse frôlant la perfection.

Ce serait une erreur de ne pas prendre
Les Quatre Fantastiques et le Surfeur d'argent pour ce qu'il est pourtant. Un dessin animé qui prend vie, avec ses qualités (enfantines) et ses défauts (enfantins aussi) qu'on pourra bouder pour l'abrutissement qu'il peut représenter à l'égard d'autres célèbres adaptations, mais pourtant représentatif d'une certaine légèreté dont le genre a parfois besoin. Parce qu'il n'est justement pas un grand réalisateur, Tim Story s'impose pour la seconde fois comme le petit yes-man que le film nécessitait pour ne pas tomber dans un grand cinéma surfait mais maladroit (certaines arachnides s'y sont essayées cette année et se sont plantées), se contentant d'offrir un très honnête tour de manège. Exactement ce qu'on attendait.
Arnaud Mangin