En partant aux Etats-Unis poursuivre sa brillante carrière, Alejandro Amenabar prenait le risque de décevoir ses plus fidèles adeptes, ceux qui depuis la claque prise à la vision de
Tesis et le choc visuel d’
Ouvre les yeux (Cameron Crowe s’étant vainement essayé à la remaker dans le prochain
Vanilla Sky, sur nos écrans fin janvier) estiment que le jeune cinéaste espagnol (il n’a pas encore 30 ans !) est l’un des plus grands talents cinématographiques en activité. On avait effectivement peur qu’Amenabar se soit trop vite lancé dans le grand bain, aveuglé par les paillettes et le star système made in Hollywood, sentiment renforcé quand on connaît le nom de son producteur : Tom Cruise. Et bien, c’était mal connaître le bonhomme qui en l’espace de deux films (qui déjà effectivement possédaient une qualité technique et une roublardise dans l’agencement du récit très américaine) avait déjà su se préparer à ce projet ambitieux qu’est
Les autres. Ambitieux car Amenabar nous propose ni plus ni moins que de nous terroriser comme rarement le cinéma a été capable de le faire au cours du siècle précédent. Pari osé et pari gagné haut la main :
Les autres fait peur,
TERRIBLEMENT PEUR.
AUTRES (LES)Année : 2001
Réalisateur : Alejandro Amenabar
Acteurs : Nicole Kidman, Fionnula Flanagan, Alakina Mann, James Bentley, Eric Sykes, Christopher Eccleston
Durée : 1h40
Sortie : 26 décembre 2001
A la fin de la seconde guerre mondiale, Grace vit avec ses deux enfants dans un manoir sur l’île de Jersey, attendant en vain le retour de son mari parti au front. Elle est obligée de cloîtrer ses enfants à l’intérieur de la demeure car ces derniers sont atteints d’une maladie rare qui les rend allergique sous peine d’en mourir à la lumière. Grace vit donc dans le respect fondamental des règles qui protègent ses enfants du moindre contact avec la lumière. L’arrivée de nouveaux serviteurs vient perturber l’ordre établi et des manifestations étranges apparaissent.Si Amenabar marque de tout son génie
Les autres allant même jusqu’à signer le scénario et la musique (on pense forcement à un autre immense cinéaste précoce, véritable touche à tout de génie, Orson Welles), son film fait irrémédiablement penser à un classique du cinéma fantastique,
Les innocents (on se gardera d’évoquer les similitudes avec
Sixième sens tant le traitement de Amenabar diffère de celui de Shyamalan). Référence flatteuse tant le film de Jack Clayton a impressionné les cinéphiles du monde entier qui ne sont pas prêts d’oublier une Deborah Kerr, fiévreuse, aux prises avec deux enfants terrifiants, le tout dans un cinémascope noir et blanc somptueux. On retrouve ainsi dans
Les autres le même binôme, femme (ici, la mère) face à deux enfants le tout dans un manoir on ne peut plus anglais, c’est à dire baigné par la brume.
L’élément qui dérange ici, qui emporte d’entrée l’adhésion et l’implication du spectateur, c’est la maladie étrange et rare qui frappe les enfants : une allergie totale au moindre rayon de lumière. Alors que dans tout film de terreur qui se respecte, le noir est synonyme de peur, de danger , Amenabar choisit d’en faire l’allié de ses jeunes héros. Un paradoxe gonflé à l’image de ce que le cinéaste nous propose en terme d’effroi tout au long d’un récit lancinent (ne vous y trompez pas, le rythme très lent du film est tout sauf innocent).
Car, si il est difficile d’évoquer les thèmes pourtant incroyablement matures et profonds abordés par Amenabar (tout ce qui tourne autour de la mort est d’une richesse inouïe) sans déflorer l’intrigue et ses rebondissements, on peut toutefois clairement proclamer que
Les autres fait partie de cet infime poignée de films qui glace le sang, celle qui fait naître des rires forcés pour tenter vainement de détendre l’atmosphère. Pour vous situer l’étendu des « dégâts », le film d’Amenabar n’a absolument pas à rougir de la comparaison avec des films aussi prestigieux que
Shinning ou encore
L’exorciste pour ne citer que deux œuvres qui reviennent souvent dans la bouche des amateurs du genre.
Pour en arriver à un tel résultat d’excellence, le cinéaste espagnol a tout simplement fait appel à ses propres souvenirs d’enfance, les mêmes qui hantent chaque enfant et ce quelque soit son pays d’origine : la peur du noir, le craquement d’une porte, une ombre furtive, un bruit indéfinissable,…Ainsi dans
Les autres, et pour stigmatiser la méthode infaillible du réalisateur, il suffit de quelques notes jouées sur un piano alors que personne ne se trouve dans la pièce pour que l’effroi du spectateur soit à son comble.
Techniquement stupéfiant de maîtrise (la gestion du cadre et l’utilisation en terme de décor du manoir renvoie directement aux plus grands films de la Hammer, le côté baroque en moins),
Les autres doit aussi beaucoup à son interprète principal, Nicole Kidman. Dans la grande tradition des héroïnes hitchockienne (ce n’est pas un hasard si son prénom, Grace, est également celui de l’une des actrices fétiches du maître du suspense), l’actrice, magnifiquement photographiée (sa beauté et sa fragilité n’ont jamais parues aussi touchantes) est au centre de toutes les émotions du film. Présente dès le premier (et fulgurant) plan, elle est le parfait baromètre du spectateur. Tel un miroir, l’écran de cinéma ne fait que refléter au travers de Nicole Kidman nos propres réactions.
Les autres vous propose ainsi l’occasion unique de dévoiler votre véritable visage sous les stigmates de la peur !
Pour tous ceux qui iront voir
Les autres, le plus beau film de terreur du monde, ils auront désormais un métre-étalon en terme de peur cinématographique pour les années à venir. Bref, il y aura désormais
Les autres et les autres...
PS : Profitez-en pour aller voir les deux premiers films d’Amenabar comme vous le permet une programmation fort judicieuse.